•  

     

    Peuple Lambayèque

    Les pyramides sacrées du Pérou

     

    A l’ombre de la cordillère des Andes, en Amérique du Sud, la vallée de Lambayèque a été le théâtre de la naissance et du déclin d’un peuple baptisé Lambayèque (également connu sous le nom de Sicàn). Cette civilisation pré-inca est beaucoup moins connue que celle des Mayas ou des Incas.
    Les Lambayèques étaient obsédés par la construction des pyramides. Aujourd’hui, seuls quelques vestiges témoignent du nombre impressionnant de monuments qu’abritait cette vallée.
    Pourquoi cette civilisation était-elle obsédée par la construction de ces pyramides ? Pourquoi ont-ils abandonnés les trois sites ? Pourquoi il y a-t-il tant de squelettes ensevelis à côté des temples ?
    Et enfin, que s’est-il passé de si tragique pour qu’une telle civilisation s’effondre en si peu de temps ?
    C’est à toutes ces questions que l’équipe internationale d’archéologues a pu répondre ces dernières années.
    Archéologues, climatologues et experts en médecine légale ont uni leurs efforts pour résoudre les mystères du peuple Lambayèque.

    Cette véritable enquête policière nous est retracée dans l’excellent documentaire « Les grandes cités disparues : Les pyramides sacrées du Pérou », produit par la BBC et diffusé sur France 5.

     

    Une véritable obsession pour les pyramides

    De nombreuses civilisations, à travers le monde, ont construit des pyramides mais aucune n’était à ce point obsédée par ce type de constructions.
    On a dénombré environ 250 monuments dans la vallée. Erodées au fil du temps, ces pyramides ont fini par se fondre dans le paysage sous forme de collines.

    Dans la vallée de Lambayèque, trois grands sites se détachent :

    • Lampa Grande avec une immense pyramide de plus de 50 m de haut sur 200 m de large
    • Batan Grande avec une bonne douzaine de pyramides
    • Túcume avec ses 26 pyramides

    Túcume est le plus grand complexe archéologique du peuple Lambayèque.

     

    Túcume. By Bruno Girin

     

    Grands bâtisseurs, ce peuple ne connaissait pas l’écriture. Leur nom leur a été donné par les archéologues en référence à la vallée.
    Les Lambayèques ont prospéré dans cette région à partir de 700 de notre ère.

    Au moins 12 autres civilisations ont construit des pyramides mais aucune ne ressemble à celles de cet étrange peuple.

    Les datations au carbone 14 montrent que la première pyramide de Túcume a été construite autour de 1100 de notre ère.
    Pendant 400 ans, ce peuple en a construit d’autres et ajouter des extensions à celles existantes.

     

    Túcume. By Bruno Girin

     

    Pourquoi les Lambayèques ont-ils construit autant de pyramides et à quoi servaient tous ces monuments ?

     

    La fonction des pyramides Lambayèques

    Quand on pense aux pyramides, le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des pyramides d’Egypte.
    Ces tombeaux pointus étaient destinés à accueillir les souverains après leur mort.
    Les pyramides aztèques ou mayas pouvaient éventuellement abriter un tombeau mais leur principale fonction était d’être le siège de rituels bien précis.

     

    Guizeh (Paul Mannix) et Chichen Itza (Jimg944)

     

    Les pyramides construites par les Lambayèques sont totalement différentes. A Túcume, les 26 monuments sont de tailles différentes et construites en cercle autour d’une montagne, le Cerro la Raya.

    Le site couvre plus de 1 500 km². Une construction se détache des autres : une gigantesque plate-forme rectangulaire, la Huaca Larga.
    C’est la plus grande pyramide du monde avec ses 700 m de long sur plus de 20 m de haut. La terrasse est aussi grande que 7 terrains de football.

    L’intérieur des pyramides est dépourvu de salles. Aplanie au sommet, une rampe permettait d’y accéder. Des couloirs et des espaces ouverts s’enchevêtrent en haut du monument.

    Des milliers de personnes ont travaillé jour après jour à l’édification de ces gigantesques pyramides. Les briques étaient confectionnées à partir de boue séchée puis cuites au soleil.

     

    Hueca-pueblo à Batan Grande. By Bruno Girin

     

    C’est le sommet des pyramides qui a permis aux chercheurs d’en comprendre la fonction. Contrairement aux Egyptiens, il ne s’agissait nullement de tombeaux.
    En fait, le sommet était habité par un seigneur. On a mis au jour de nombreux vestiges dont des salles richement décorées, des fours ou des restes alimentaires.
    Les pyramides étaient donc des lieux de résidence permanentes aux seigneurs qui gouvernaient la région.

    Le devant des pyramides, constitué d’un immense espace à ciel ouvert, était réservé aux grandes cérémonies publiques.

     

    Image de synthèse des pyramides lambayèques (capture d'écran du documentaire)

     

    Mais, à Túcume, il y a 26 pyramides ce qui signifie que 26 seigneurs étaient rassemblés au même endroit.
    Pourquoi un tel rassemblement ? Et pourquoi construire de tels monuments simplement pour héberger un seigneur ?

     

    Pyramides et montagnes sacrées

    Dans l’ancien Pérou, les montagnes sont sensées abriter des pouvoirs religieux et magiques.
    Les dieux, vraiment puissants, vivent dans les montagnes. Quand ils étaient en colère, ils terrorisaient la population.
    Un dieu avait le pouvoir de vie ou de mort. C’est lui qui donnait la vie grâce à l’eau qu’il faisait descendre des Andes. Sans cette eau, la vallée n’aurait été qu’un immense désert.

    Ce n’est pas un hasard si les 26 pyramides de Túcume sont construites autour d’une montagne. D’après les scientifiques, quand les Lambayèques construisaient une pyramide, ils construisaient en fait une réplique de la montagne, dotée des mêmes pouvoirs surnaturels et capable de contrôler les forces de la nature.

     

    Túcume. By Bruno Girin

     

    C’est pourquoi les Lambayèques se sont tués à la tâche pour construire des monuments qu’ils croyaient investis des pouvoirs magiques des montagnes.

    Et tout comme les dieux vivaient au sommet des montagnes, les seigneurs vivaient au sommet des pyramides pour protéger le peuple.

    Mais qu’est ce qui les effrayait tant dans cette vallée ? Et pourquoi avaient-ils besoin d’autant de pyramides pour se protéger ?

     

    De mystérieux abandons

    Les datations au carbone 14 révèlent quelque chose de surprenant. Les trois principaux sites n’ont jamais été habités en même temps.
    Chaque ville a été bâtie après que la précédente a été abandonnée :

    • Pampa Grande (600-750 de notre ère)
    • Batan Grande (750-1100 de notre ère)
    • Túcume (1100-1500 de notre ère)

    L’abandon de Túcume sonna le glas du peuple Lambayèque.

    Il existe cependant un lien commun dans ces trois villes. Un incendie a ravagé le sommet des monuments juste avant l’abandon de la ville.
    Ces monuments en portent encore la trace. En effet, la couleur rouge des murs est due à un feu très intense.
    On n’a retrouvé aucune trace d’invasion, ni de combats. Ce sont donc les habitants eux-mêmes qui ont mis le feu aux pyramides, détruisant ce qu’ils avaient mis des centaines d’années à construire.

    Pour comprendre un tel comportement, il faut savoir que dans les croyances d’Amérique du Sud, le feu était utilisé pour purifier les endroits maudits.

     

    Túcume. By Teen Wolf

     

    Cette vallée était-elle maudite ? D’une certaine manière, on peut répondre « oui » car les catastrophes naturelles s’y sont succédées.
    Les strates archéologiques de Batan Grande révèlent que la ville a été frappée de plein fouet par un mur d’eau.
    Le site proche de Moche a été enseveli par une gigantesque et fulgurante tempête de sable.

    On sait aujourd’hui que ces catastrophes climatiques sont provoquées par le phénomène appelé El Nino.
    Cette région en est d’ailleurs toujours la cible.

    Mais, pour les gens, ces catastrophes ne pouvaient être que l’expression de la colère des dieux.
    Donc, si ces phénomènes se produisaient, c’est que les seigneurs et les pyramides n’avaient pas su les protéger.

     

    Masque funéraire Lambayèque (Metropolitain Museum of Art of New York). Túcume. By May Harrsch

     

    A chaque nouvelle catastrophe qui provoquait de nombreux morts, des famines et des épidémies, la population quittait la ville pour trouver protection ailleurs.
    Devenue maudite, la pyramide était incendiée.

    C’est ce qui explique qu’autant de pyramides émaillent la vallée.

    Cependant, à Túcume, les choses sont bien différentes.

     

    Les sacrifices rituels de Túcume

    A Túcume, il n’existe aucune trace de catastrophe naturelle. C’est durant l’été 2005 que les archéologues ont découvert pourquoi cette cité a été abandonnée et surtout pourquoi ce peuple a brutalement disparu.

    Tout a commencé par la découverte des vestiges d’un passage à deux voies bordé de murs qui menait autrefois à la ville.
    Cette ruelle en forme de labyrinthe tournait plusieurs fois autour de la cité pour déboucher devant un endroit précis : un temple de taille modeste, le temple de la Piedra Sagrada.
    La population de Túcume y faisait ses offrandes pour les dieux.

     

    La Piedra Sagrada (capture d'écran du documentaire)

     

    Mais, dans les dernières semaines, ce temple est devenu le théâtre d’offrandes beaucoup plus sinistres.

    Ce sont les nombreux corps découverts à l’extérieur du temple qui ont fourni les réponses. 119 corps ont été découverts, ensevelis sur cinq niveaux.
    La plupart de ces gens ont été décapités. Parmi eux, il y avait quelques femmes et des enfants.
    Le dernier niveau correspond aux derniers jours avant l’abandon de la ville. Les corps sont beaucoup plus nombreux à ce dernier niveau ce qui montre que les sacrifices se sont multipliés.

     

    Captures d'écran du documentaire

    Grâce au travail des archéologues et aux récits d’anciens chroniqueurs espagnols, on sait comment les rituels se déroulaient.

    L’élite des seigneurs Lambayèque et le gouverneur inca se rassemblaient autour du temple. Le grand prêtre soufflait des poudres colorées sur la pierre sacrée, symbolisant le dieu de la montagne.
    En se parant d’un masque, il montrait qu’il endossait le rôle d’un dieu.

    Les victimes étaient droguées. La drogue administrée paralysait le corps mais laissait la victime consciente.
    Elle savait qu’elle allait mourir mais était incapable d’opposer la moindre résistance. Elle s’agenouillait et le prêtre se tenait derrière elle.
    Une fois la gorge tranchée et la tête coupée, le prêtre retirait le cœur pour l’offrir aux dieux.

    Un couteau sacrificiel, le tumi, a été découvert sur le site.

    On sait que les peuples amérindiens pratiquaient le sacrifice humain mais pourquoi les Lambayèques ont-ils autant intensifié ces sacrifices ?

     

    Du sang pour les dieux

    L’effarante histoire des Lambayèques trouve sa source dans l’arrivée des conquistadors en 1532. Ils ont débarqué au Pérou, très loin de la vallée.
    .
    Vénérés à leur arrivée car assimilés à des dieux, ils ont très vite été craints, d’autant plus qu’ils arrivaient sur des chevaux, un animal inconnu en Amérique du Sud.

    Les éléments retrouvés sur le site montrent que lorsque les Espagnols sont arrivés au Pérou, les Incas avaient déjà pris le contrôle de la vallée. Or, les Lambayèques partageaient avec les Incas une même croyance, à savoir que les envahisseurs étaient le signe de la colère des dieux. Il fallait donc les apaiser.

    Un an après l’arrivée des envahisseurs, Les Lambayèques ont appris qu’ils avaient tué leur chef suprême, le demi-dieu incas.
    Cette mort déclencha une vague de panique. Les habitants de la vallée devaient offrir aux dieux ce qu’ils avaient de plus précieux : des êtres humains.

    Il fallait nourrir les dieux avec du sang humain pour les apaiser et repousser l’invasion.

    Mais, les sacrifices n’ont pas stoppé les Espagnols. Plus la peur grandissait, plus cette peur devenait incontrôlable.
    Vers la fin, les corps s’empilaient devant le temple.

    Pour ce peuple, les pyramides avaient perdu leur pouvoir surnaturel. Elles n’avaient pu les protéger.
    Ils y mirent donc le feu pour purifier la ville.

    Puis, les Lambayèques quittèrent Túcume. Nul ne sait encore où toute cette population se rendit.

    Peut-être avaient-ils envisagé de reconstruire d’autres pyramides mais les Espagnols avaient déjà pris le pouvoir au Pérou.

    V.Battaglia (27.08.2007)

    SourcesCrédit photographique

    « Les grandes cités disparues : les pyramides sacrées du Pérou », produit par la BBC et diffusé sur France 5.
    Civilisations disparues, Nov’Edit

    Toutes les photos, sauf mention contraire, étaient sous Licence creative commons Attribution-Non Commercial-No Derivs 3.0 Unported au moment de la mise en ligne de ce dossier et proviennent du site FlickR

    Archéologie 2:  Peuple Lambayèque - Les pyramides sacrées du Pérou

     

    Pin It

  •  

    Civilisation Inca

     

    Machu Picchu. Tiahuanaco et les Mystères

    des Cités incas

     

    À l’arrivée des conquistadors espagnols au 16e siècle, l’Empire Inca s’étendait le long de la côte pacifique et de la cordillère andine, de la frontière nord de l’actuel Équateur jusque dans le Chili central, englobant l’ensemble du Pérou et la quasi-totalité de la Bolivie.

    Les différentes parties de ce vaste empire étaient reliées entre elles par un réseau de routes. Les forces espagnoles surent d’ailleurs tirer profit de ces routes pour avancer jusqu’au cœur de l’Empire inca.

    Extermination et destructions ont malheureusement fait perdre à jamais à l’humanité une grande partie des richesses de cette civilisation. Les sites archéologiques qui sont parvenus jusqu’à nous restent pour la plupart des énigmes.


    Machu Picchu ou Tiahuanaco nous transmettent un savoir et nous délivrent des messages importants pour l’avenir de l’humanité.


    Je suis intimement persuadée que les légendes ne sont pas le fruit de l’imagination de quelques peuplades primitives. Héritage oral pour la plupart, elles sont là pour nous rappeler que, malgré toute notre technique sophistiquée, il nous reste le plus important à apprendre.


    Saurons-nous les déchiffrer à temps ?

     

    Machu Picchu : la cité perdue des Incas

    Machu Picchu, en Bolivie, n’a jamais été découvert par les conquistadors et les missionnaires espagnols. Elle a ainsi pu échapper aux pillages.

     

    Machu Picchu

    Vue d'ensemble de Machu Picchu. By robennals

     

    Ce n’est qu’en 1911 que Hiram Bingham, jeune explorateur américain, découvrit cette cité.

    De tous les grands sites archéologiques qui témoignent de la puissance de l’empire Inca, le plus surprenant est Machu Picchu.
    Cette cité se dresse à un endroit presque inaccessible. Elle demeure une énigme et on ne sait toujours pas à quand remonte sa construction.

     

    Machu Picchu

    Murs et maisons qui relient les différents niveaux des terrasses. By Amy Allcock

     

    Les ruines se situent à 2 800 m d’altitude, entre deux pics andins appelés Huayna Picchu (jeune pic) et Machu Picchu (vieux pic).

    C’est un lieu d’une beauté inouïe et unique dans le monde.

     

    Machu Picchu

    "Secteur agricole" situé en dehors de la cité. By Carnaval King 08

     

    Quand a été bâti Machu Picchu ?

    Les archéologues traditionalistes s’accordent à dire que la construction ne peut remonter avant le début du 15e siècle.
    Mais d’autres archéologues ont contesté cette hypothèse.

     

    Machu Picchu

    Machu Picchu est un lieu unique. By 00dann

     

    Rolf Müller, professeur d’astronomie, qui a étudié le site a affirmé dans les années trente que les vestiges comportaient des alignements astronomiques significatifs.
    En appliquant des calculs complexes, il en arriva à la conclusion que la cité avait été construite entre 4 000 et 2 000 avant notre ère.

     

    Observatoire. Machu Picchu

    Construction circulaire qui serait un observatoire astronomique. By auntjojo

     

    Bien évidemment, cette théorie est considérée comme une hérésie. En effet, cela voudrait dire que Machu Picchu est plus ancienne que la pyramide de Kheops.

     

    Le lac Titicaca

    La Paz, capitale de la Bolivie, est nichée au creux d’un cirque situé à plus de 3 000 m au dessus du niveau de la mer.
    Le lac Titicaca se situe aujourd’hui à près de 4 000 m au dessus du niveau de la mer.
    Les alentours du lac sont jonchés de coquillages fossilisés.
    Bien que vivant à plusieurs centaines de kilomètres de l’océan Pacifique, les poissons et crustacés du lac appartiennent en majorité à des espèces océaniques.

     

    Lac Titicaca

    Lac Titicaca . By Julia Manzerova

     

    Sa faune marine démontre que le lac était autrefois plus salé. En fait, il est évident que les eaux étaient marines.
    Donc, à une certaine époque, l’ensemble de l’Altiplano a été soulevé. Les eaux marines ainsi que sa faune se sont retrouvées emprisonnées dans les Andes.

    Cette précision géologique est importante pour comprendre les contradictions manifestes entre ce que nous livrent les sédiments et les roches et la théorie officielle sur la construction de Tiahuanaco.

     

    Lac Titicaca

    Lac Titicaca . By quinet

     

    A moins de 20 km du lac et plus de 30 m au dessus des côtes actuelles, se dressent les vestiges monumentaux de Tiahuanaco.

     

    Tiahuanaco : la cité du mystère

    Dès le 16e siècle, les conquistadors entendirent parler de légendes entourant cette cité. Ils y découvrirent des ruines abandonnées depuis déjà longtemps.
    Depuis, plusieurs chercheurs entreprirent des études archéologiques pour dater l’origine de la cité.

    Arthur Posnanski conclut que les origines de cette cité remonteraient à plus de 10 000 ans. Les archéologues plus orthodoxes exprimèrent leur désaccord et avancèrent comme date la plus ancienne 100 ans avant notre ère.

    Nous allons essayer de mettre en avant les preuves qui permettent de dater cette cité.

     

    Tiahuanaco

    Monolithes dressés au centre de l'enceinte du temple. By So_P

     

    Le point le plus déroutant est que la cité avait autrefois un port, les vestiges sont là pour en attester. Ce port était situé sur le rivage du lac Titicaca.

    Donc ces vestiges que nul ne peut nier posent le problème suivant :

    Les grandes transformations géologiques s’effectuent sur de très longues périodes. L’ensemble de l’Altiplano a été soulevé, sans doute à l’occasion des bouleversements géologiques qui présidèrent à la formation de l’Amérique du Sud.

    Il est prouvé que Tiahuanaco était autrefois au bord du lac. Partant de ce fait, soit depuis sa construction, le niveau du lac a considérablement baissé ; soit, le terrain sur lequel se situe la cité s’est surélevé.

    Le problème c’est que le soulèvement de l’Altiplano s’est produit avant l’apparition de l’homme.

     

    El Fraile. Tiahuanaco

    Le Fraile, une des sculptures les plus importantes de Tiahuanaco. On ignore le rôle et l'identité de ce personnage. By So_P

     

    Alors quand Tiahuanaco a-t-il été construit ?

    Le Professeur A.Posnansky a consacré 50 ans à étudier la cité. Il a livré ses conclusions dans un ouvrage intitulé Tiahuanacu : The Cradle of American Man.

    Il y expose ses calculs archéo-astronomiques qui ont été corroborés par plusieurs savants dont le Docteur Hans Ludendorff (Directeur de l’observatoire astronomique de Postdam à l’époque), plusieurs astronomes et astrophysiciens.

    Sa conclusion est la suivante :

    Les alignements solaires des diverses structures ont été déterminés en fonction d’observations des cieux.
    Les astronomes confirment que cette observation est largement antérieure à 500 avant notre ère.
    La date de – 15 000 ans avancée par Posnansky est beaucoup plus vraisemblable.

    Tiahuanaco a donc été édifié bien avant l’aube des temps préhistoriques.

    Des espèces disparues

    Le monument le plus spectaculaire de Tiahuanaco est sans conteste la Porte du soleil. Pesant 10 tonnes, elle est célèbre pour les frises de son linteau.

     

    Porte du Soleil de Tiahuanaco

    La porte du soleil. La frise du grand linteau représente des personnages ailés, dominés au centre par le dieu aux Sceptres, baptisé Viracocha. By So_P

     

    On peut distinguer sur la base de cette frise une tête d’éléphant. Le dessin est inattendu car les proboscidiens ont disparu d’Amérique du Sud à la fin du Pléistocène c’est-à-dire il y a 10 000 ans.

     

    Tete d'elephant à Tiahuanaco

    © A.Posnansky . Tiahuanacu : The Cradle of American Man

     

    Une autre espèce identifiée qui apparaît est le Toxodon, un mammifère amphibien qui a prospéré en Amérique du Sud à la fin du Pliocène (1,6 million d’années) et s’est éteint à la fin du Pléistocène (vers – 12 000 ans).
    On trouve pas moins de 46 têtes de toxodontes ciselées dans la frise.

     

    Tiahuanaco

    Les narines proéminentes de cette représentation sont celles d'un animal semi-aquatique. © A.Posnansky . Tiahuanacu : The Cradle of American Man

     

    L’animal apparaît également sur des poteries.

    D’autres représentations d’espèces disparues ont été découvertes sur le site : le Shelidoterium et le Macrauchenia.

    Le Macrauchenia était un ongulé sud-américain qui a disparu il y a 10 000 ans.

     

    Macrauchenia

    Macrauchenia. "Sur la Terre des Monstres Disparus". © BBC 1996.2002

     

    Il est à noter que la fin du Pléistocène a marqué une extinction de nombreuses espèces à travers le monde.
    En effet, à la fin de cette période, tous les animaux porteurs de trompe, les éléphantidés, les félins aux dents de sabre, les chalicothères et bien d ‘autres espèces sur tous les continents se sont éteints.

    Pourtant, les représentations sont bien là et par définition, on ne peut dessiner ou sculpter que ce que l’on connaît.
    Ces animaux ont bien été représentés d’après nature.

    Cela confirme sans aucun doute quoiqu’en disent les archéologues « traditionalistes » que Tiahuanaco a bien été construit avant la fin du Pléistocène.

    Un site inachevé

    Tiahuanaco n’a jamais été achevé. Les travaux et représentations ont été arrêtés comme si la civilisation qui avait érigé ces bâtiments s’était brusquement éteinte.

    Il semble probable qu’un évènement brutal soit survenu. Un cataclysme semble avoir frappé la cité au onzième millénaire avant notre ère.

     

    Tiahuanaco

    Statue mesurant 2,8 mètres de haut, appelée monolithe Ponce. By Theodore Scott

     

    La découverte d’une flore lacustre mêlée à des ossements humains tendrait à prouver qu’il s’agit d’une inondation.

    Une chose est sure et les géologues le confirment, des tremblements de terre ont ravagé la région. Ils eurent pour conséquence de faire monter le niveau des eaux.
    Le climat devint beaucoup plus froid.

    Ce qui est encore plus surprenant c’est que la population n’a pas quitté Tiahuanaco immédiatement. En effet, on a retrouvé des preuves d’expériences agricoles sophistiquées.
    Ces expériences semblaient avoir pour objectif de compenser la détérioration du climat.
    Notamment, des analyses chimiques de plantes ont été effectuées.
    Mais par qui ? A une époque où nos ancêtres vivaient encore dans des grottes.

    Selon des articles parus dans le magazine Nature, la dernière inversion géomagnétique a eu lieu il y a 12 400 ans.
    Cette date coïncide étrangement avec la disparition de la civilisation de Tiahuanico et de nombreuses espèces animales sur Terre.
    A quand la prochaine catastrophe planétaire ? La réponse est peut-être dans l’alignement des structures.
    Nous ne le saurons sans doute jamais, de même que cette civilisation restera probablement une légende aux yeux de la communauté scientifique traditionaliste.

    V.Battaglia (02.2005)

     

    Références principales et crédit photographique

    A.Posnansky. Tiahuanacu : The Cradle of American Man. J.J. Agustin 1945
    Splendeurs des civilisations perdues. Les plus beaux sites archéologiques. Gründ 1998
    Les sites archéologiques : Le patrimoine mondial de l'UNESCO. Gründ 2004
    Biographie de A.Posnansky. Wikipedia

    Toutes les photos, sauf mention contraire, étaient sous Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé au moment de la mise en ligne de ce dossier et proviennent du site FlickR

     

    Archéologie 2:

     

    Pin It




    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique