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    Loup-garou

     

    Méconnu et craint, le loup a pendant longtemps terrorisé nos ancêtres, et notamment au Moyen Âge. Quand ce loup devenait un homme loup, baptisé loup-garou, l’effroi redoublait. Des légendes concernant des hommes qui se transforment en loups sont connues dès l’Antiquité. Le terme même de « lycanthropie » vient du nom d’un roi grec, Lycaon, souverain d’Arcadie, transformé par Zeus en loup parce qu’il avait osé servir, lors d’un banquet, de la chair humaine.
    Ce que le vampire est à la Transylvanie, le loup-garou l’est à l’Europe du Nord et de l’Ouest.
    Des dizaines d’hommes ont été condamnés parce qu’ils avaient été reconnus comme loups-garous par leurs contemporains.
    Mais, quelles sont les origines de cette croyance toujours d’actualité dans certains pays ? Le loup-garou n’est-il qu’un mythe ?

     

     

    Les origines du mythe du loup-garou

    Beaucoup de récits liés au loup-garou prennent leurs racines dans la réalité. La difficulté est surtout de faire la part entre les faits réels et les affabulations.
    Histoire et légende se mêlent étroitement.

    Le mythe du loup-garou est fort ancien et commun à de nombreux peuples. Déjà au Ve siècle avant notre ère, Hérodote relate que les Grecs qui s’établirent sur les bords de la mer Noire considéraient les habitants de ces contrées comme des magiciens capables de se métamorphoser en loups.

    Lithographie de la Légende rustique de George Sand

    Lithographie de la Légende rustique de George Sand, 1858, ( Paris, bibli.des Arts décoratifs). © dinosoria.com

    Les Romains attribuaient, eux aussi, ces métamorphoses à la magie.

    A partir du XVe siècle, le mythe se transforma en superstition religieuse. On fit état de philtres et d’onguents magiques ainsi que de pactes avec le Diable.

    La rigueur des hivers à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne , la crainte du loup, encore très présent dans les forêts d’Europe au XVe et au XVIe siècle, peuvent expliquer l’ »épidémie » de loups-garous qui se produit à cette époque.

    La peur du loup-garou

    La peur du loup-garou (Bois gravé de L. Cranach, XVIe siècle).(DP)

    Mais, la conviction qu’un homme peut se métamorphoser en un animal prédateur n’est pas propre au monde occidental.
    L’homme-tigre, l’homme-léopard ou l’homme-crocodile jouent un rôle analogue dans les légendes indiennes ou africaines.

    Dans la mythologie scandinave, des êtres humains, pour chasser, prenaient l’aspect d’un ours. L’origine du mythe vient d’ailleurs peut-être de la mythologie nordique, avec ses dieux, qui se métamorphosent en ours ou en loup.

    La lycanthropie

    Un homme ne peut en aucun cas se transformer en loup, pas plus qu’en tout autre animal. Par contre, certains malades se croient capables d’une telle métamorphose.
    Le terme lycanthropie désigne en psychanalyse une affection dans laquelle le patient s’imagine être un loup.
    Ce n’est qu’une hallucination car le malade ne présente bien sûr aucune métamorphose. Mais cette maladie explique les aveux dans certains procès.

    La peur du loup-garou

    Un loup-garou dévore un homme (Image du bestiaire médiéval). (DP)

    La croyance dans la lycanthropie peut également tirer son origine d’une maladie génétique qui se manifeste par une pilosité faciale excessive.
    Un cas classique de cette affection est celui de Petrus Gonsalvus, dont l’apparence hirsute lui valut le surnom d’ »Homme-loup de Bavière ».
    Sa fille hérita de la maladie et un portrait la montrant avec un visage couvert de poils fut offert au roi de Bohême.
    Il est à préciser que le père comme la fille se comportaient tout à fait normalement.

    Le Petit Chaperon rouge et le Grand Méchant Loup

    Le Petit Chaperon rouge et le Grand Méchant Loup. Cette fable enfantine traduit en fait l'inquiétude des hommes face au loup (Gravure de Gustave Doré pour les Contes de Perrault).(DP)

    Les psychoses de lycanthropie peuvent aussi être dues à l’absorption de certaines drogues. Ainsi, un soldat américain se prit pour un loup-garou après avoir absorbé du LSD et de la strychnine alors qu’il se trouvait dans une forêt en Allemagne.
    Certaines affaires de loups-garous sont liées à l’absorption de végétaux aux propriétés psychotropes.

    Enfin, on connaît aujourd’hui une maladie dite « paranoïa zooanthropique » où des hommes se prenant pour des animaux, cherchent à boire du sang ou à manger de la chair crue.

    Gilles Garnier, un loup-garou cannibale

    Au XVIe siècle, une véritable psychose règne dans les campagnes. Des procès sont organisés et de nombreuses personnes sont ainsi exécutées car accusées de se transformer en loup. Mais, dans la plupart de ces procès, il y a effectivement des meurtres à caractère cannibale de commis.

    A l’époque, nul ne doute de l’existence des loups-garous dans lesquels on voit la manifestation du diable.

    Loup-garou

    Un loup-garou (Image populaire parue dans la presse sud-africaine)

    L’un des plus célèbres procès se déroule en Franche-Comté en 1574. On y juge Gilles Garnier, accusé d’avoir tué plusieurs personnes, dont des enfants, et de les avoir dévorées après s’être transformé en loup.

    C’est par un pacte passé avec le diable que Garnier aurait acquis la capacité de se transformer en loup.
    Lors du procès, l’accusé lui-même a avoué avoir utilisé un onguent magique pour enduire son corps avant d’attaquer ses victimes.

    Les « loups-garous » étaient assimilés aux sorcières et condamnés au bûcher.

    Lycaon, le roi mythique

    Lycaon, le roi mythique, changé en loup par Zeus (Gravure du XVIe siècle).(DP)

    En un peu plus de 100 ans, on a enregistré, seulement en France, 30 000 procès de loups-garous. Les minutes ont été conservées dans les archives locales.

    Toujours au XVIe siècle, un certain Jacques Rollet fut arrêté après le meurtre de plusieurs enfants.
    C’était un simple d’esprit pratiquant le cannibalisme. Il est certain que Rollet se prenait pour un loup. Il fut condamné à mort mais finalement on l’enferma dans un asile d’aliénés.

    Les loups-garous modernes

    A notre époque, la lycanthropie ne fait plus l’objet de superstitions religieuses. Cette maladie est connue et aucun esprit sensé ne peut encore croire à de telles affabulations.
    Il n’en reste pas moins que de temps à autre des loups-garous sèment la terreur.

    A Singapour, en 1957, une série d’agressions mystérieuses posa une énigme aux autorités anglaises.
    On murmurait que des loups-garous s’attaquaient aux pensionnaires d’un foyer d’infirmières. Une nuit, l’une d’entre elles, se réveilla et vit « une horrible face bestiale, aux cheveux plantés si bas sur le front qu’ils atteignaient la racine du nez et dont la bouche laissait dépasser des crocs acérés ».
    Ce mystère ne fut jamais éclairci. Cependant, nul doute qu’à force de se « monter la tête », l’une d’entre elles a fait un cauchemar.

    Oliver Reed en loup-garou

    Oliver Reed en loup-garou dans les années 1960 (capture d'écran du film)

    En 1975, un jeune anglais de 17 ans, se croyait sur le point de se transformer en loup-garou. Pour mettre un terme à ses souffrances morales, il se plongea un couteau dans le cœur.

    Cette triste histoire montre que le mythe du loup-garou a toujours de l’emprise sur les esprits faibles ou malades.

    Un loup qui hurle dans la nuit résonne comme un appel à la vie sauvage. Cela évoque aussi une certaine nostalgie de la nature.

    Loup qui hurle

    Un loup hurle au crépuscule. © dinosoria.com

    L’homme, qui grâce à des pouvoirs magiques, se transforme en loup, en acquiert les capacités : puissance, rapidité, agilité, ruse, férocité …

    Les enfants-loups

    Si le mythe du loup-garou n’est qu’une légende, par contre, plusieurs cas d’enfants élevés par des loups se sont effectivement produits.

    La plupart des cas d’enfants-loups modernes ont été répertoriés aux Indes. La surpopulation et l’extrême pauvreté en sont les causes.
    Le cas le plus célèbre est celui des enfants de Midnapore. Ce sont deux fillettes, découvertes en 1920, dans la tanière d’une louve.
    Emmenée à l’orphelinat de Midnapore, la plus jeune décéda rapidement, sans avoir réussi à marcher, ni à parler.
    La seconde survit 9 ans à sa capture et apprit péniblement à se tenir debout et à prononcer quelques mots.

    L'enfant-loup

    L'enfant-loup, Mowgli, est un mythe éternel (Illustration du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling)

    En 1976, un enfant d’environ 8 ans, toujours aux Indes, fut trouvé alors qu’il jouait avec des louveteaux.
    Hirsute, sale et avec des ongles aussi longs que des griffes, il fut confié aux Missionnaires de la Charité au nord de New Delhi.
    Il y resta jusqu’à sa mort, en 1985.

    Le plus surprenant dans ces tragiques histoires d’abandon d’enfants est la capacité des louves à élever des petits d’une autre espèce et surtout des petits d'homme comme nous l'a si bien conté sur grand écran Walt Disney dans le Livre de la Jungle, histoire adaptée du roman de Rudyard Kipling.
    C’est probablement la plus grande énigme liée aux histoires de loups-garous.

     

    V.Battaglia (21.05.2006)

     

    Références

    La peur des loups-garous, Editions Larousse 2003
    L’Inexpliqué, éditions Robert Laffont
    Inexpliqué, p.722 à 725 ; 750 à 753

     

     

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    Les cobayes humains de Fishpond

     

    Les lignes électriques traversant le hameau de Fishpond Bottom, dans le Dorset, l'ont-elles transformé en « laboratoire de plein air » ?
    Et les habitants sont-ils devenus des cobayes involontaires d'une expérience que personne ne contrôle ni ne comprend ?

    Le hameau de Fishpond Bottom (40 hab.), situé dans une superbe vallée de la côte ouest du Dorset, au sud de l'Angleterre, paraît être un endroit idéal pour une vie tranquille et saine. Il n'en est rien, cependant.

    Depuis le début des années soixante-dix, il est l'objet de mystères plus déroutants que ceux d'Agatha Christie. Il y eut six morts subites, et de nombreux incidents déplaisants.
    Les habitants du coin ont une idée certaine du « coupable », mais les autorités font la sourde oreille à leurs accusations.

     

    Malaises et accidents à répétition

    Mrs. Hilary Bacon fut une des premières victimes. Elle commença à se sentir mal après quelques heures passées dans la maison de Fishpond où elle venait de s'installer en 1973. Ses yeux lui faisaient mal, elle perdit la voix et se sentit complètement épuisée, faits qu'elle attribua au déménagement. Mais les choses empirèrent. Elle souffrit de migraines soudaines et de bouffées de tension nerveuse suivies de dépression ou d'irritabilité.

    Elle dormait mal, se réveillant souvent au milieu de la nuit en sursaut. Puis, un beau jour, elle subit une expérience des plus alarmantes.

    « J'étais sortie pour biner les brocolis et, en me baissant, j'eus une sensation tout à fait extraordinaire. C'était comme si toute la lumière virait au noir. Je perdis complètement le sens de l'orientation, je ne savais plus où j'étais ni où étaient les brocolis. Ce n'était pas un évanouissement, mais quelque chose de tout à fait différent et plutôt effrayant. »

    Elle apprit bientôt que d'autres villageois avaient éprouvé les mêmes alarmes, également sans pouvoir se l'expliquer.

    Un ouvrier agricole s'était retrouvé dans le noir au sommet d'un char de foin en marche. Son propre fils avait lui aussi perdu conscience en roulant en scooter. Il ne fut pas blessé, mais un autre motard s'était cassé plusieurs côtes dans un accident à la suite d'une perte soudaine de la vision et de l'orientation.

    Village de Fishpond

    Village de Fishpond traversé par les lignes à haute tension

    Il ne fallut pas longtemps aux habitants de Fishpond pour suspecter que les incidents avaient quelque chose à voir avec leur entourage familier : un rang de pylônes traversant la vallée en charriant des lignes électriques de 400 kilovolts droit au-dessus de leurs têtes.

    Les lignes, dont la construction avait commencé en 1965, avaient tout de suite causé des problèmes : elles faisaient entendre un gémissement agaçant dès qu'il y avait un peu de vent, et des étincelles bleues ou rouges y apparaissaient quelquefois. Une vache avait été tuée et un taureau grièvement brûlé par un « flash », sorte d'éclair artificiel produit par les lignes. Il y eut également une victime humaine : un fermier, convoyant des tuyaux brisés par le gel, fut électrocuté quand l'électricité jaillit des fils jusqu'aux tuyaux et se concentra dans son corps.

    L'investigation d'Hilary Bacon

    Les habitants de Fishpond Bottom pensaient déjà que ces lignes étaient hideuses et nocives, mais pas forcément au point d'exercer une influence permanente sur ceux qui vivaient auprès. Puis Eustache et Kathleen Yeomans, un retraité du bâtiment et sa femme, furent alertés par cette possibilité. Ils réalisèrent soudain que trop de leurs voisins tombaient malades ou étaient victimes d'accidents mystérieux. Avec l'aide d'Hilary Bacon, le couple commença à investiguer.

    Ils apprirent bientôt qu'une ligne à haute tension fait plus que charrier l'électricité de la centrale jusqu'aux consommateurs, elle crée aussi un champ électromagnétique tout au long de son parcours. La force du champ fluctue rapidement, montant et baissant alternativement. Quand le champ est à son point culminant, il crée une ionisation positive des molécules d'air environnantes.
    Quand le vent souffle, la ligne entière bouge, ce qui amène le champ oscillant à des fréquences extrêmement basses (en anglais E.L.F.) et fait aussi « chanter “les fils comme des cordes de piano monstrueuses, à l'extrémité la plus basse du champ acoustique.

    Le village de Fishpond

    Le village de Fishpond au 19e siècle, peint par Camille Pissarro

    Les gens de Fishpond étaient exposés inconsciemment à trois facteurs au moins, tous connus pour être potentiellement dangereux : l’ionisation positive de l'air, les sons à basse fréquence et le champ magnétique E.L.F. Le bureau central de l'énergie électrique (C.E.G.B.) récusa la validité des recherches d'Hilary Bacon, bien qu'elle eût amassé une copieuse littérature scientifique pour étayer ses dires.

    À un meeting public tenu à Fishpond Bottom en 1976 à la demande du député, Jim Spicer, sept officiels de la C.E.G.B. intervinrent pour dire qu'il n'y avait aucune preuve que les lignes à haute tension puissent nuire à quiconque. « Ils nous ont traités comme des enfants », dit plus tard un habitant de Fishpond, dégoûté.

    La Vie sous les lignes à haute tension

    Le premier d'une série de savants indépendants à prendre un intérêt sérieux et compatissant aux ennuis des villageois fut le professeur John G. Taylor du King' s College de Londres. Il questionna 21 personnes sur les 28 qui vivaient à moins de 100 m des lignes, et recueillit un vaste ensemble de symptômes dont certains avaient été assez graves pour nécessiter le traitement des spécialistes.

    Parmi ces symptômes, on trouvait la dépression, des troubles cardiaques et urogénitaux, des éruptions cutanées, des palpitations cardiaques et des malaises généralisés, spécialement par temps humide ou venteux. « C'est comme d'être pris dans un filet », dit un des résidents à Taylor.

    Un autre dit qu'il lui semblait parfois « qu'il y avait un mur entre ses pensées et lui ». Le professeur Taylor nota que quelques-uns de ces symptômes étaient identiques à ceux causés par une excessive ionisation de l'air et, dans un article intitulé La Vie sous les lignes à haute tension, paru dans Psychoenergetic systems (1979), il évoqua la nécessité d'une étude à long terme du cas Fishpond.

    Sa suggestion resta sans effet, et, finalement, Eustache et Kathleen Yeomans décidèrent qu'ils en avaient assez fait. Ils vendirent leur maison à un ingénieur électricien, en lui expliquant bien franchement pourquoi ils partaient. L'ingénieur démentit leurs craintes comme ridicules. Deux ans après, il mourut d'une crise cardiaque soudaine.

    Le cauchemar continue

    Les Yeomans étaient à peine installés dans leur nouvelle maison de Cotswold quand ils apprirent que la C.E.G.B. envisageait de construire une ligne à haute tension de 400 kilovolts qui passerait près de plusieurs maisons du village d'Innsworth.

    Bien que non concernés eux-mêmes, ils se sentirent obligés d'avertir les gens d'Innsworth de ce qui se tramait. En conséquence de quoi, une enquête publique fut lancée en 1978 et attira l'attention des médias. Des rapports survinrent de tous les coins de la Grande-Bretagne, indiquant que les gens de Fishpond n'étaient pas les seuls dans leur cas. L'évidence que les lignes à haute tension pouvaient être mauvaises pour la santé commença à faire son chemin aussi bien dans la littérature scientifique que dans la presse populaire fort intéressée par cette affaire.

    En 1980, l'Association d'études sur l'inégalité dans la santé publia ses conclusions sur le pourcentage de morts par milliers d'hommes de quinze à soixante-quatre ans dans 24 différents environnements. Le taux le plus bas fut parmi les professeurs d'université - à 2,87 - et le plus haut - près de dix fois plus, puisque le chiffre était 19,04 - parmi les ingénieurs en électricité.

    Vers la même époque, la compagnie d'assurance maladie privée BUPA trouva, après avoir étudié 540 électriciens, qu'un tiers d'entre eux avaient des chances plus ou moins grandes d'avoir des maladies de coeur dans un futur proche. Ceci fut plus de deux fois le taux que l'on attendait.

    Cette évidence toute neuve que la vie sous les lignes à haute tension pouvait avoir des conséquences fatales intéressa au plus point les villageois de Fishpond.

    Suicide et électricité

    En 1981, le docteur F. Stephen Perry, généraliste d'Albrighton dans le Staffordshire, et trois collègues américains relatèrent dans Health Physics, le journal officiel de la Société d'étude la santé, qu'ils avaient trouvé une corrélation significative entre le suicide et l'électricité à haut voltage :

    « D'une manière très nette, il survient plus de suicides qu'ailleurs dans les zones à champ magnétique plus élevé. » Leur découverte, inquiétante et controversée, fut plus tard contrôlée par des savants de l'université de Salford, et pleinement confirmée.

    Des chercheurs indépendants intéressés par les effets dangereux des lignes à haute tension continuent à visiter Fishpond, en dépit des démentis réguliers des officiels de la C.E.G.B., qui continuent à soutenir que ces effets n'existent pas. Le docteur Hawkins de l'université du Surrey découvrit que l'endroit était très proche de l'exemple d'ionisation positive maximale. « Des vents à ras du sol, dit-il, peuvent, en théorie, produire d'énormes quantités d'ions positifs dont on sait qu'ils ont une importance biologique, bien que le processus demeure obscur.

    Selon lui :

    « Il y a une très forte évidence scientifique que les symptômes relatés par les gens de Fishpond sont causés, ou tout au moins aggravés, par les lignes à haute tension qui les dominent. »

    Le docteur David Smith, du collège universitaire des Galles du Nord, fit plusieurs visites à Fishpond en 1980, à ses frais, pour mesurer les champs magnétiques et électriques locaux.

    Il découvrit que le second était acceptable dans certaines limites, mais que, pour le champ magnétique, mesuré en microgauss, c'était une autre histoire. À l'intérieur et aux alentours de la maison d'Hilary Bacon, on trouvait 1 000 microgauss, ce qui fut noté comme « très haut » par le docteur Perry. Et ces taux magnétiques étaient huit fois plus élevés dans le jardin, sous les lignes, qu'à l'intérieur.

    L'électricté est-elle nocive pour l'homme ?

    Les faits semblent contradictoires. Un praticien de médecine douce, Harry Oldfield, explique comment on peut l'utiliser avec un succès apparent pour diagnostiquer et traiter un certain nombre d'affections. Mais un nombre croissant de chercheurs, sans parler de la population de Fishpond, sont convaincus que la présence d'une ligne à haute tension peut être responsable d'un grand nombre de symptômes.

    Le docteur Andrew A. Marino, du Centre médical de l'université de l'État de New York, à Syracuse (États-Unis), qui a pris un vif intérêt à l'affaire de Fishpond, explique les faits ainsi :

    « Les cellules du corps sont en équilibre avec leur immédiat micro-environnement électrique. Certains chargements de ce micro-environnement se traduisent par des informations transmises aux cellules et capables de contrôler leur fonction. »

    Une masse de documents publiés, dont certains datent des années cinquante, viennent renforcer cette thèse.

    Un bon nombre de ces documents sont dus à Robert O. Becker. Les effets observés des champs magnétiques à fréquence extrêmement basse varient de l'altération du taux de reproduction des bactéries jusqu'à des interférences directes dans le cerveau humain, selon un processus appelé « bio-entraînement ».

    Quelques-uns des mécanismes impliqués sont graduellement découverts. Au début des années soixante-dix, une équipe dirigée par le docteur W. Ross Adey (maintenant à l'université de Loma Linda en Californie) démontra que les champs électromagnétiques chargés d'E.L.F. influençaient l'évacuation du calcium par les cellules. Ceci veut dire que ce processus chimique, qui a d'innombrables effets biologiques, peut être influencé par l'électricité produite artificiellement.

    Mais de nombreuses questions demeurent sans réponse. Ces effets dépendent-ils de la fréquence, du taux de répétition, de l'intensité du champ ou d'une combinaison des trois ? Ou, comme le croient certains, surviennent-ils à la suite de changements soudains de ces paramètres ?

    Il commence à sembler probable que chaque organe de notre corps, jusqu'à la simple cellule elle-même, peut répondre à des stimuli électriques dont nous sommes rarement conscients, et que quelques-unes de ces réactions peuvent amener des complications majeures. Un champ de recherches neuf s'est ouvert, bien qu'encore peu exploré.

    Le système d'un être vivant est électrique aussi bien que biochimique. Nous avons évolué au cours des âges dans un océan d'ions naturels créés dans l'atmosphère, en général par le Soleil et les décharges régulières de lumière qui, dans l'opinion de certains chercheurs, ont créé la vie sur la Terre aux premiers âges. Nous commençons seulement à comprendre quelques-unes des conséquences de notre interférence récente dans cet environnement naturel.

    Fishpond Bottom est peut-être un cas extrême. Il semble que la combinaison du site naturel et de ses apports artificiels, pylônes et lignes à haute tension, ait créé un laboratoire en plein air et fait de ses habitants des cobayes malgré eux, spécialement pour vingt-huit d'entre eux, qui se trouvent à proximité des lignes. Ils ont pris part à une expérience sinistre depuis 1972, attendant avec résignation que quelqu'un s'occupe enfin de leur cas.

    V.Battaglia (24.07.2006)

    Source

    Inexpliqué. La Terre et la Vie, p 2490 à 2493

     

     

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    Le trésor de Rennes-le-Château

     

     

    L’abbé Saunière est nommé en 1885 à Rennes-le-Château, petit village de l’Aude, en plein pays Cathare. Ses revenus sont fort modestes. Pourtant, quelques années plus tard, il semble brusquement disposer d’une immense fortune.
    Quand un curé de campagne se retrouve à la tête d'une fortune colossale sans s'être donné d'autre peine que celle de déchiffrer quelques vieilles inscriptions, on peut flairer l'existence d'un trésor. Lequel ? Celui des Wisigoths, celui des cathares ou celui du temple de Salomon ?
    Près de 200 livres proposent des solutions au mystère du trésor de Rennes-le-château. Aucun n’apporte de preuves formelles pour étayer une hypothèse plus qu’une autre.
    Tous les chercheurs de trésor sont repartis bredouilles de Rennes-le-Château. L’abbé Saunière est mort en emportant son secret.

     

    En plein pays Cathare

    En cette fin du 19e siècle, la terre est dure dans l’Aude. Les habitants sont rares. Entre les coteaux de pierrailles trop sèches et les landes sauvages et sablonneuses, la région est pauvre.

    Elle était pourtant très riche. Autrefois, il y a 2 000 ans, les Celtes Gauls y habitaient. Nahro (Narbonne) était leur capitale.
    Les Wisigoths, fondateurs du royaume de Septimanie (Languedoc-Roussillon), ont pris leur suite, jusqu'aux invasions musulmanes de l'an 700.
    Mais, en 1885, les châteaux forts achèvent de s'écrouler au sommet des collines.

    Rennes-le-Château

    Panorama des environs de Rennes-le-Château. By Micaco . (CC BY-NC 2.0)

     

    Devenue partie intégrante du comté de Toulouse en 1050, la région a suivi son seigneur dans le catharisme. Non loin de Rennes-le-Château, l'antique Rhedea des Romains, on aperçoit la silhouette austère de Montségur, le dernier bastion des combattants cathares, tombé en 1244.

     

    Château de Montségur

    Château de Montségur. By Txapulin . (CC BY-SA 3.0)

     

    Comme tout le reste du pays, Rennes, qui a donné son nom au pays : Rhedesium (le Razès), s'est endormi.
    Après avoir été une capitale de plus de 30 000 habitants, la ville a fini par devenir un pauvre hameau, défendu par un vieux château, au confluent de l'Aude et de la Sals.

     

    D’étranges manuscrits

    En 1885, à 33 ans, François Béranger Saunière vient d'être nommé curé de la minuscule église de Sainte-Madeleine. D'origine pauvre, l'abbé Saunière est un homme rustique pour qui l'Église constitue une sorte de promotion sociale.

     

    Énigmes Historiques:  Le trésor de Rennes-le-Château

     

    François Bérenger Saunière

     

    L'église Sainte-Madeleine se dresse sur l'emplacement de l'ancien palais fortifié des Wisigoths. Elle n'est pas en très bon état. En 1892, l'abbé Saunière, qui a, entre-temps, pris la jeune Marie Denarnaud pour gouvernante, veut restaurer le bâtiment. Il vient d'apprendre qu'un de ses prédécesseurs a fait un legs pour assurer l'entretien des lieux.

     

    L'église Sainte-Madeleine

    L'église Sainte-Madeleine. By Micaco . (CC BY-NC 2.0)

     

    Le premier travail consiste à réparer l'autel. C'est une épaisse dalle de pierre, dont une extrémité est scellée dans le mur de l'église, tandis que l'autre est soutenue par une colonne sculptée par les Wisigoths. En faisant soulever la dalle, l'abbé Saunière a la surprise de découvrir que la colonne est creuse : trois tubes de bois, scellés à la cire, sont dans la cavité.
    Ils contiennent quatre manuscrits. Leur copie est parvenue jusqu'à nous.

     

    L'église Sainte-Madeleine

    Porche de l'église après la restauration. On peut y lire l'inscription suivante:"Terribilis est locus iste" (Ceci est un lieu terrible). By Micaco . (CC BY-NC 2.0)

     

    A première vue, ce ne sont rien d'autre que des transcriptions de passages de l'Évangile, rédigées en latin dans une écriture archaïque et assez étrange.

    Le premier de ces manuscrits (Jean, XII, 1-12) décrit la visite du Christ à la maison de Lazare, à Béthanie. Le deuxième raconte l'histoire des disciples qui égrènent les épis de blé, le jour du sabbat : cette version est élaborée à partir de celle de Matthieu (XII, 1-8), de Marc (II, 23-28) et de Luc (VI, 1-5).

     

    Retranscription de l'un des manuscrits qui est signé avec le mot "Sion" inversé. © F.O.T Library

     

    Cependant, ces manuscrits font apparaître un certain nombre de détails inattendus : les monogrammes respectent des compositions différentes. Des lettres ont été ajoutées au texte. Certaines sont remplacées par des points. D'autres ont été déplacées... L'ensemble compose une énigme dont la clé est accessible aux seuls cryptographes.

     

    Un deuxième manuscrit qui lui porte comme signature le monogramme du Prieuré. © F.O.T Library

     

    Au début de 1893, l'abbé Saunière obtient une bourse de l’évêché pour monter à Paris et faire déchiffrer les manuscrits.
    Ils passent par plusieurs mains dont celles d’Émile Hoffet, qui allait devenir une autorité en matière de vieux manuscrits et d'ésotérisme.

     

    L’étrange comportement de l’abbé Saunière

    En trois semaines, le curé de Rennes-le-Château passe le plus clair de son temps au Louvre. Il y achète trois reproductions de tableaux, apparemment sans lien : Les Bergers d'Arcadie, de Nicolas Poussin, le Portrait de saint Antoine, de David Teniers, et le Portrait du pape Célestin V, d'un artiste inconnu.

     

    Saint-Antoine

    Saint-Antoine peint par Teniers. © Ziolo-André Held

     

    De retour à Rennes, le jeune curé reprend son travail de restauration. Avec quelques jeunes gens du village, il entreprend de soulever une autre dalle, face à l'autel. La face cachée se révèle sculptée, dans un style archaïque daté du VIe ou du VIIe siècle.
    On peut y voir deux scènes, qui se déroulent toutes deux dans un lieu voûté ou dans une crypte. A gauche, un chevalier sur sa monture sonne du cor de chasse, tandis que son cheval abaisse le col pour s'abreuver dans une fontaine. A droite, un autre chevalier brandit un bâton de pèlerin et porte un enfant sur son arçon.

    Usée et cassée, la pierre laisse difficilement deviner les sujets.

     

    © Castelet

     

    Une fois la pierre levée, l'abbé Saunière demande aux jeunes gens de creuser sur plusieurs mètres. Au bout d'un moment, la pioche fait sonner un objet dur. C'est alors qu'il s'enferme seul dans son église.
    D'après la rumeur publique, deux squelettes auraient été exhumés, ainsi qu'un pot de médailles sans valeur. Ce qui est tout à fait plausible car au cours de fouilles récentes autour de l'église, on a retrouvé un crâne fendu rituellement.

    Après cette découverte, l'abbé Saunière arrête de travailler dans son église. On le voit courir la campagne, un sac sur le dos, en compagnie de sa gouvernante. Il revient tous les soirs, le sac plein de cailloux choisis avec soin. Quand on l'interroge sur son étrange comportement, il répond qu'il a décidé d'orner d'une grotte en pierres le minuscule jardin qui se trouve en face de l'église.
    La grotte est toujours en place de nos jours. Mais elle a été pillée.

     

    Tour Magdala

    Tour Magdala construite par l'abbé Saunière. By Micaco . (CC BY-NC 2.0)

     

    Autre passe-temps étrange de l'abbé : au fond du cimetière, près de l'église, il y avait deux pierres tombales, dont celle de Marie de Négri d'Albes, morte en 1781, épouse de Francis d'Hautpoul, seigneur de Rennes-le-Château. Une nuit, il les déplace à l'autre bout du cimetière et efface soigneusement les inscriptions. En vain car certains archéologues les avaient déjà relevées et nous savons aujourd'hui que l'une de ces pierres portait la même composition de monogrammes que l'un des manuscrits.

    Au cours des deux années suivantes, le curé de Rennes-le-Château ne cesse de voyager. Il ouvre un compte en banque à Perpignan. Un autre à Toulouse. Un autre encore à Paris et un quatrième à Budapest. Des mandats arrivent de toute l'Europe, libellés au nom de Marie Denarnaud, apparemment expédiés par différentes communautés religieuses.

    A partir de 1896, l'abbé Saunière entame un vaste programme de remise à neuf de l'église. Presque tout a subsisté de nos jours.
    L’abbé se fait également construire la villa Béthanie dans laquelle il donne de somptueux repas.
    L’abbé Saunière meurt en 1917. Le montant de ses dépenses a été calculé à plus de 1 million de francs-or (2 milliards de centimes).

     

    La villa Béthanie

    La villa Béthanie. By Micaco . (CC BY-NC 2.0)

     

    Alors, comment un petit abbé, pauvre dans une paroisse aussi pauvre, est-il devenu aussi riche ?

     

    D’où provient l’or de Rennes-le-Château ?

    L'or ne manque pas dans la région du Razès dont Rennes-le-Château est l'ancienne capitale. Quatre civilisations se sont succédé sur ces coteaux.

    Pour les Celtes, l'or était un métal aux vertus magiques. Contrairement au fer, au plomb ou au cuivre, dont les mines ont également abondé dans la région, l'or sort éclatant et intact de la terre. L’or est inaltérable et c'était donc un symbole puissant du pouvoir royal.

    Pour les Romains, qui ont suivi les Celtes, l'or était le moyen de faire fonctionner un empire. Ce sont eux qui ont ouvert des mines dans le Razès. Elles ne survivront pas aux invasions barbares.

    Les Wisigoths avaient un peu la même considération pour l'or que les Celtes. Leurs souverains s'en couvraient pour manifester leur puissance. Une fois convertis au christianisme ils en recouvriront les objets du nouveau culte.

     

    croix sculptée par les Wisigoths

    Une croix sculptée par les Wisigoths et retrouvée dans l'église de Rennes-le-Château. By Micaco . (CC BY-NC 2.0)

     

    Enfin ce sont les cathares, héritiers de toute la brillante civilisation languedocienne, qui ont recueilli cet or, nerf de la guerre contre les barons venus du Nord mettre un terme à l'hérésie. Après la brutale répression qui fauche les plus hardis Occitans et tarit leur culture, les Templiers arrivent dans le pays. Eux aussi manipulent beaucoup d'or.

    L'histoire de ces trésors, pas toujours mythiques, commence avec les Wisigoths. Ce que les Celtes avaient produit, les Romains l'ont emporté à Rome. C'est là que les Wisigoths vont le reprendre. La capitale impériale regorge de butin. Parmi les plus belles pièces, le trésor ramené du temple de Jérusalem par Titus, après l'échec de la révolte juive : des trompettes d'argent, l'arche d'alliance, la table d'or du pain et, surtout, le menorah, célèbre chandelier à sept branches fait de 110 livres d'or fin.

     

    Bas-relief de l'arc de triomphe de Titus

    Bas-relief de l'arc de triomphe de Titus, à Rome. Il montre le menorah, les trompettes d'argent et sans doute l'arche sainte du peuple juif. Ca trésor a disparu. A t-il été retrouvé par les Templiers et caché à Rennes-le-Château ? By Nick Thompson . (CC BY-NC 2.0)

     

    Au XIIe siècle, Bertrand de Blanchefort, un de leurs grands maîtres, fait venir d'Allemagne des travailleurs pour exploiter les mines d'or des alentours de Rennes.

    Quoi d'étonnant, alors, à ce que des histoires de trésors enterrés circulent dans toute la région.

    Au début du siècle, on a retrouvé, près de Rennes, une dalle en or : près de 20 kg de métal précieux, constitués de monnaies fondues, pour la plupart arabes. Un peu plus tard, on découvre une autre dalle, de 50 kg. En 1928, les restes d'une grande statue en or sont mis à jour au bord d'un cours d'eau, en aval de Rennes.

     

    Le trésor des Templiers

    En 1099, les croisés s'emparent de la Ville sainte des Juifs et des Arabes. En 1120, neuf chevaliers fondent un ordre, celui des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Jérusalem. Ce sont les futurs Templiers. Ils campent dans l'ancienne mosquée al-Aqsa, construite par les Arabes sur l'emplacement du temple de Salomon.

     

    Mosquée al-Aqsa

    Mosquée al-Aqsa. En s'installant dans cette mosquée, les Templiers ont-ils retrouvé des secrets ? By Delayed gratification . (CC BY-NC 2.0)

     

    Très vite, leurs pouvoirs et leur richesse irritent les puissants de ce monde. En 1307, le roi de France accuse les Templiers d'hérésie et confisque leurs biens. Les plus grands dignitaires de l'Ordre sont brûlés sur la place publique. Toutefois, une partie des trésors des Templiers parvient à échapper à Philippe IV le Bel et se perd dans la nature. Comme, plusieurs dizaines d'années auparavant, le trésor des cathares.

     

    Jacques de Molay

    Jacques de Molay, grand-maître de l'ordre des Templiers qui est mort sur un bûcher sur l'ordre de Philippe IV le Bel

     

    La piste revient donc, une fois de plus, dans la région de Rennes-le-Château, où Bertrand de Blanchefort, premier grand maître des Templiers, avait une place forte. Le menorah, qu'il ait été ramené ici par les Wisigoths ou par les Templiers, qui l'auraient retrouvé à Jérusalem, serait un indice.

     

    Le mystère des Bergers d’Arcadie

    Les dépenses fastueuses et l’étrange comportement de l’abbé Saunière font rebondir ce mystère.
    Pourquoi a-t-il essayé d'effacer les inscriptions de deux pierres tombales ?

    Outre le monogramme identique à celui des manuscrits retrouvés dans la colonne wisigothe, une des dalles de pierre porte la célèbre devise latine Et in Arcadia ego « Je suis aussi en Arcadie ».
    C'est une allusion aux fameux bergers d'Arcadie et elle sous-entend que, même dans le paradis des bergers grecs, la Mort reste présente.

    Au cours de son premier voyage à Paris, l'abbé Saunière avait très longuement visité le Louvre et acheté trois reproductions de tableaux. Dont Les Bergers d'Arcadie, de Nicolas Poussin, où un des personnages de la scène montre du doigt les mots gravés sur la surface du tombeau: Et in Arcadia ego.

     

    Les Bergers d Arcadie, de Nicolas Poussin

    Les Bergers d Arcadie, de Nicolas Poussin

     

    A une dizaine de kilomètres de Rennes-le-Château, sur un promontoire rocheux qui borde la route, on trouve le même type de tombeau. Le paysage du tableau de Poussin ressemble étrangement à celui du territoire de la paroisse d'Arques.

     

    D’énigmatiques inscriptions

    Quatre autres mots latins se trouvent sur la pierre tombale : Reddis, Regis, Cellis, Arcis. On peut les lire latéralement : Reddis Regis et Cellis Arcis, ou verticalement : Reddis Cellis et Regis Arcis. Le sens général de ce latin grossier est confus. Celui de chacun des mots est plus précis :

    - Reddis, soit de Rhedea, le nom romain de Rennes ; soit « qui reste » ;
    - Regis, « du roi » ;
    -Cellis, soit « en un lieu caché » ; soit « dans un reliquaire » ;
    - Arcis, « en lieu sûr, enfermé ».
    Une araignée complète l'ensemble. En occitan local, l'araignée se prononce arenn. C'est peut-être une manière de dire « A Rennes»...

    Curieusement, sur un tableau du Christ descendu de sa Croix, offert à l'église de Rennes par un descendant de Blanchefort, la couronne d'épines a la forme caractéristique d'une araignée.

     

    Retranscription de la pierre tombale de Marie de Négri d'Albes

    Retranscription de la pierre tombale de Marie de Négri d'Albes. Les mots sont coupés et recèlent d'après les spécialistes de nombreuses erreurs . © F.O.T Library

     

    Pour rester dans l'étrange, il faut signaler que ce Blanchefort est un parent de la morte que recouvrait la pierre tombale grattée par l'abbé Saunière.

     

    Qu’a voulu nous dire l’abbé Saunière ?

    L'abbé Saunière a représenté certaines terres de Fleury dans un grand bas-relief de plâtre et de bois mis en place au-dessus du confessionnal au cours de la grande rénovation de l'église.

    Sous ce bas-relief, un texte intrigue : Venez à moi, vous qui êtes accablés, je vous donnerai le repos ».

    D'autres formules énigmatiques ont été découvertes dans l'inscription qui figure sous le portrait de Madeleine, fait par Béranger Saunière lui-même. Ce bas-relief nous montre Marie-Madeleine à genoux, les doigts croisés, le regard fixé sur une croix grossière. Près d'elle, un crâne humain et un livre ouvert.

     

    Bas-relief peint par l'abbé Saunière

    Bas-relief peint par l'abbé Saunière. © Ziolo-André Held

     

    Au-dessous, l'abbé Saunière a repris un verset extrait d'un des manuscrits de la colonne sculptée par les Wisigoths :

    JÉSU. MEDÉLA. VULNÉRUM + SPES. UNA. POENITENTIUM. PER.
    MAGDALENAE. LACRYMAS + PECCATA. NOSTRA. DILUAS.

    Traduit rapidement, ce verset signifie " Jésus qui m'enlève ma peine, espoir du pécheur, par la grâce des larmes de Madeleine, enlève-nous nos péchés ». En attirant l'attention sur les accents irréguliers portés sur certaines lettres, et qui ne pouvaient pas exister en latin, Gérard de Sède a noté quatre syllabes, chargées selon lui d'une double signification

    - JE : pour jais ». Une mine de jais, abandonnée, existe dans les environs de Rennes.
    - DE: pour « dé ». On trouve une pierre en forme de dé près de Rennes.
    - NE: pour « nez ». A Peyrolles, non loin de Rennes, un rocher caractéristique a cette forme.
    - NI : pour « nid ». Le pic Bugarah, le point le plus élevé de la région, est connu sous le nom de « nid d'aigle ».

    Mais tous ces sites ont-ils un lien avec l'étrange fortune de l'abbé Saunière ? On peut en douter, tout en trouvant étrange une telle coïncidence.

     

    Un rébus indéchiffrable

    Tout comme les pierres tombales, les papiers retrouvés fourmillent d'erreurs, qui ne peuvent être que délibérées...
    Gérard de Sède, un des chercheurs qui se sont penchés avec le plus de soin sur le secret de Rennes-le-Château, a soumis l'un de ces manuscrits à une analyse cryptographique. Après un travail de décodage compliqué, il a trouvé le texte suivant, qui est un peu décevant :

    « Bergère, aucune tentation.
    Pour Poussin, Teniers, détient la clé. Pax DCLXXXI. Par la Croix et ce cheval de Dieu, j'atteins ce démon gardien à midi. Pommes bleues. »

    Ce rébus bien complexe semble n’avoir aucun sens et les tentatives d’explication par Gérard de Sède sont vraiment tirées par les cheveux.

     

    L’Asmodée

    En s'intéressant au démon qui monte la garde, près de la porte de l'église de Rennes- le-Château, d'autres coïncidences nous attendent.

    Cet Asmodée est surmonté de quatre anges, dont les pieds supportent la devise « Par ce signe, tu vaincras ». Traduite plus finement, cette devise affirme : « Par ce signe, tu te rendras maître de lui ».

     

    Asmodée de Rennes-le-Château

    Asmodée de Rennes-le-Château. By Kartsik . (CC BY-NC 2.0)

     

    Quel signe font les anges? A première vue, ils se signent de la main droite. En les observant plus attentivement, on s'aperçoit que celui qui est le plus élevé a la main gauche sur sa poitrine, tandis que la droite touche sa tête: c'est le « signe d'Asmodée », celui qui ceint la tête de bouc des Baphomets que l'on trouve dans les rituels templiers, l'étoile à cinq pointes...
    Dans la tradition, Asmodée est le gardien d’un trésor.

    Un pentagramme géant ?

    Ci-dessous, vous pouvez voir un pentagramme qui a été dessiné par certains spécialistes qui ont étudié ce mystère.
    Chaque point de cette toile est marqué d’un monument caractéristique. La direction du château de Blanchefort est donnée par l’axe du soleil levant, le matin du jour de la fête de Marie-Madeleine, le 22 juillet.

     

    Pentagramme

     

    Entre le château de Blanchefort et le château des Templiers, il existe un angle de 36°. L'angle interne de l'étoile à cinq branches.
    Avec une bonne carte d'état-major, on peut reconstituer les cinq pointes de cette étoile: le mont qui borde la source de Marie-Madeleine et qui porte deux menhirs à son sommet, la tour Magdala, les deux châteaux en ruines et un point non caractéristique de la carte. Il suffit de s'y promener pour apercevoir un remarquable rocher blanc.

    Au centre de ce pentagramme, le petit mont de Coume-Sourde. En 1928, on y a déterré une tablette de pierre gravée qui portait clairement les éléments essentiels du pentagramme, l'abréviation P.S. Praecum (qui se retrouve sur une pierre tombale) et la phrase latine qui, traduite, se lit : « Au milieu de la ligne, là où M coupe la petite ligne ».
    Pourquoi ce M ? Pour Marie-Madeleine ou pour Marie de Négri d'Albes, dont la pierre tombale porte tant de mystérieuses inscriptions ?

     

    Retranscription de la tablette de pierre gravée retrouvée en 1928. © F.O.T Library

     

    Justement, en reliant les erreurs les plus grossières de ces inscriptions, on s'aperçoit qu'elles se coupent à... 36°. De plus, l'extrémité d'une de ces lignes est marquée par le M isolé de Marie.

    Tous ces axes de progression traversent des terrains difficiles d'accès, à travers des lits de cours d'eau et des maquis serrés.
    Mais, sur la cinquième, qui mène à Granès, la fissure d'un aven se présente soudain. Cet aven ouvre sur un fabuleux réseau de cavernes et de grottes qui lancent leurs galeries sur plusieurs kilomètres.
    Une de ces grottes ressemble irrésistiblement à celle du bas-relief de Marie-Madeleine, dans l'église rénovée par l'abbé Saunière. Elle s'ouvre sur un gouffre.
    Un peu plus loin, des rochers obstruent le passage. Ils ont manifestement été placés là par une main humaine.

     

    Enorme pierre blanche qui marque la cinquième pointe du pentagramme

     

    Il est possible que, dans cet ensemble de grottes, Béranger Saunière ait retrouvé un fabuleux trésor. Curieusement, seuls deux des quatre manuscrits retrouvés à Rennes ont été publiés. Les deux autres contenaient sans doute des précisions sur la localisation du trésor, celles que se transmettaient les Blanchefort de génération en génération.

     

    L'énigme a-t-elle vraiment été résolue ?

    En restaurant l'autel de son église, l'abbé Saunière a retrouvé une des pièces manquantes de ce puzzle. Quelle était la pièce indispensable à la découverte du trésor ? Un autre document ? Le tombeau d'Arques, peint par Poussin ? Et de quel trésor s'agissait-il, celui des Templiers, celui des cathares ou celui des Wisigoths ? L'abbé Saunière est mort en emportant son secret. On ne sait même pas en réalité s'il a retrouvé le trésor.

    En effet, les plus sceptiques avancent l'hypothèse que l'argent proviendrait des dons; générosité en relation avec ce fameux document manquant. Cela semble peu crédible dans la mesure où l'abbé Saunière est devenu très riche en quelques semaines.

    Certains auteurs prétendent avoir résolu le mystère du trésor de Rennes-le-Château. Cependant, ils se gardent bien de donner la réponse tout en faisant allusion à de terribles révélations que l’homme, bien sûr, n’est pas prêt à entendre.

    Personnellement, je pense que l'on peut lire ou voir dans ces manuscrits et tous les indices ce que l'on veut vraiment voir. Les interprétations peuvent être multiples. Je pense que nous ne pourrons jamais connaître la vérité car il nous manque la pièce manquante du puzzle. Cette pièce, l'abbé Saunière l'avait sûrement trouvé mais il s'est bien gardé de la faire parvenir jusqu'à nous.

    Pourquoi ? Certains y voient la volonté de ne pas révéler une terrible vérité qui ébranlerait les fondements de nos croyances. Peut-être ne doit-on y voir que la volonté de ne pas partager un trésor ? Après tout, si vous, vous trouviez un trésor ? Iriez-vous le crier sur les toits, au risque de ne pas en toucher un sou ?

     

    Une banale affaire de trafic de messes ?

    Ce fameux mystère de Rennes-le-Château ne serait en réalité qu'une banale affaire de trafic de messes payantes organisées par l'abbé Saunière. On sait qu'à sa mort, c'est sa gouvernante qui a hérité de l'argent et des papiers personnels. Ses notes manuscrites expliquant l'origine de ses revenus auraient été authentifiées.

    Cette dernière version qui pourrait résoudre toute cette affaire est expliquée sur ce site.

    V.Battaglia (18.01.2007)

     

    Réferences

    Gerard de Sede, Le Trésor maudit de Rennes-le-Chateau, 1967
    René Descadeillas, Mythologie du Trésor de Rennes: Histoire Veritable de L'Abbé Saunière, Curé de Rennes-Le-Château (Mémoires de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne, 1971-1972.
    Jean-Jacques Bedu, Rennes-Le-Château: Autopsie d'un mythe (Ed. Loubatières 1990
    Inexpliqué, Le mystérieux trésor de Rennes le chateau, 1981

     

    Énigmes Historiques:  Le trésor de Rennes-le-Château

     

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    Napoléon est-il mort empoisonné ?

     

     

    En 1821, Napoléon 1", ex-empereur des Français, meurt à Sainte-Hélène, officiellement des suites d'un ulcère à l'estomac. 140 ans plus tard, un dentiste suédois, le docteur Forshufvud, publie un livre Napoléon a-t-il été empoisonné ? Ouvrage qui passe d'abord inaperçu.

    Mais, quand le département de médecine légale de Glasgow examine cinq échantillons de cheveux de l'Empereur, tous comportent des quantités non négligeables d'arsenic. La légende napoléonienne a commencé à se répandre dans la France monarchique de la première moitié du XIXe siècle, notamment à l'occasion du triomphal retour des cendres de l'Empereur, aux Invalides, en 1840. Le « mystère » Napoléon » ne s'est jamais vraiment dissipé.

    De quoi Napoléon est-il mort ? D’un empoisonnement à l’arsenic, pour certains ; d’un cancer à l’estomac pour d’autres.
    La dernière étude effectuée renforce la version officielle.

     

    La fin de Napoléon

    Après sa défaite de 1814 face à l'Europe coalisée, Napoléon est exilé à l'île d'Elbe, proche des côtes toscanes. II s'en échappe le 1er mars 1815. Profitant des maladresses des royalistes, nouveaux maîtres de la France, et des dissensions entre les vainqueurs, il reprend le pouvoir à Paris. Mais il est usé, il ne croit plus en son étoile, ses meilleurs généraux sont morts.
    Anglais et Prussiens le battent une dernière fois à Waterloo, le 18 juin 1815. À Paris, on le force à abdiquer, et une nouvelle paix ramène la France à ses frontières de 1792.

    Le sacre de Napoléon

    Le sacre de Napoléon Ier par Pie VII et le couronnement de l'impératrice Joséphine, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804. Peinture à l'huile de Louis David . (Musée du Louvre, Paris.)

     

    L'Empereur déchu se rend aux Anglais, espérant en leur magnanimité. Ils l'exilent dans une île perdue de l'océan Atlantique, proche du tropique du Capricorne, à 1 900 kilomètres de l'Afrique et 2 900 du Brésil : Sainte-Hélène, bloc volcanique de 16 kilomètres sur 11, où il ne doit pas sortir d'un périmètre plus restreint encore. Trois mille officiers et hommes de troupe l'y surveillent.
    Il lui reste alors 6 ans à vivre.

    II y arrive le 15 octobre 1815 et y meurt le 5 mai 1821.

     

    Lieu de détention de Napoleon

    Lieu de détention de l'Empereur. By Isaac Newton

    L’île qui lui sert de prison est insalubre, la chaleur y est lourde, la pluie et les brouillards fréquents. Le geôlier, sir Hudson Lowe (1769-1844), est un médiocre hanté par la fuite possible de Napoléon. Pour l’empêcher, il prend les mesures les plus tatillonnes et les plus vexatoires. Napoléon est coupé de tous les êtres qui lui sont chers : Marie-Louise, qu’il attendra en vain, son fils prisonnier de l’Autriche, sa mère Letizia. Sa vie se déroule au milieu des disputes qui opposent Mme de Montholon et Mme Bertrand, femmes des généraux qui l’ont suivi à Sainte-Hélène.

    Napoléon Bonaparte

    Napoléon au Musée de Londres. . By Mharrsch

    Emmanuel de Las Cases (1766-1842), chambellan, à qui il dicte ses Mémoires, doit le quitter en 1816.

    Mais, l’empereur déchu devient le héros de la France et de l’Europe révolutionnaires, le martyr de la Sainte-Alliance des rois qui opprime les peuples.
    Assez paradoxalement, lui qui avait toujours combattu le libéralisme en devient l’emblème.

     

    Les arguments sur l’empoisonnement

    Voici un extrait du rapport d’autopsie de l’Empereur effectuée par François Antommarchi.

    9°)...j'ai observé que l'adhérence de la face concave du lobe gauche du foie formait un trou du diamètre d'environ trois lignes (soit 6 millimètres 3/4) dans la face antérieure de l’estomac, près de son extrémité droite.
    10°) Ayant ouvert l'estomac derrière sa grande courbure, j'ai observé qu'il était rempli en partie d'une substance liquide noirâtre, d'une odeur piquante et désagréable.
    11°) Ayant ôté le dit liquide, j'ai observé un ulcère cancéreux fort étendu qui occupait spécialement la partie supérieure de la face interne de l'estomac et s'étendait de l'orifice du cardia jusqu'à environ un pouce du pylorum.
    12°) Sur le bord de cet ulcère vers le pylorum, j'ai reconnu le trou ci-dessus produit par la corrosion ulcéreuse des parois de l'estomac.
    13°) Les parois ulcéreuses de l'estomac étaient considérablement gonflées et endurcies...»

    Comme on peut le constater, ce rapport parle d'une large ulcération de l'estomac ayant dégénéré en un cancer.

    Tombe de Napoléon

    Tombe de Napoléon. By Webmink

     

    Forshufvud, en 1961, oublie l'ulcère, qui n'est pas la cause directe du décès, et se concentre sur le cancer pour l'écarter promptement. Une tumeur maligne aurait fait maigrir considérablement sa victime, or la couche de graisse, sur le ventre du cadavre de Napoléon, avait encore près de cinq centimètres.

    En revanche, il arrive que les victimes d'une intoxication arsenicale lente prennent du poids ; à faible dose, le poison a longtemps été utilisé comme stimulant. De plus, un médecin anglais souligne la quasi-absence de poils sur le corps de l'Empereur, ce qui peut être aussi un symptôme d'un empoisonnement à l'arsenic; tout comme le bon état de conservation du corps en 1840, lorsqu'il est exhumé pour être ramené en France.
    Mais, il est vrai que ses entrailles avaient été retirées, donc qu'il avait subi un début d'embaumement.

    Trône impérial de Napoléon à Fontainebleau

    Trône impérial à Fontainebleau. By Greg

     

    Fort de ces indices, le dentiste suédois attribue à l'arsenic tous les problèmes de santé de Napoléon : d’une crise étrange, proche de l'épilepsie, en 1805, en passant par ses douleurs d’estomac jusqu’à son eczéma à l'île d'Elbe et ses difficultés urinaires à Waterloo.

    Certes, à chaque fois, le détail des troubles peut faire penser à un empoisonnement, mais bien d'autres explications médicales sont possibles

    Soulignons que Forshufvud n’est pas le premier à défendre la théorie de l’empoisonnement. Avant lui, René Maury, s’est également basé sur certains rapports médicaux pour affirmer que cette mort n’est pas naturelle.

    Buste de Napoléon

    Buste de Napoléon. By Crashworks

     

    Forshufvud, de plus, revient aux conclusions de l'autopsie, qui signalent que l'estomac de Napoléon était plein d'une sorte de marc de café. II conclut à une hémorragie mortelle, liée à la corrosion de toute la paroi stomacale, caractéristique de tous les empoisonnements au mercure.

    Il suppose donc qu'après des années d'intoxication à l'arsenic l'assassin est passé à un autre poison. Il s'agirait très précisément du cyanure de mercure, produit en effet redoutable, formé dans l'estomac même du malade par la rencontre entre un médicament, le calomel, prescrit à fortes doses dans l'espoir de lui dégager les intestins, et une boisson effectivement consommée par l'Empereur, un sirop d'orgeat à base d'amandes amères. Faute d'orgeat et d'amandes amères, du simple sel de cuisine aurait pu produire la même réaction.

    Napoleon

    By James

    Reste à trouver un coupable, et un mobile. Les Anglais n'avaient guère accès à leur prisonnier, peu de ses compagnons sont restés avec lui du début à la fin. Le grand maréchal Bertrand est unanimement mis hors de cause.

    Reste le général Montholon, qui aurait suivi Napoléon pour fuir ses créanciers, pour servir aussi d'agent à la monarchie française restaurée, laquelle ne pouvait se sentir tranquille tant que Napoléon vivait, et pour se faire coucher sur un intéressant testament.

    On peut ajouter que d'autres, d'ailleurs sans la moindre preuve, ont glosé sur les relations entre Napoléon et l'épouse du général. Ce vaudeville a pu dégénérer en drame.

    Napoléon passant le col du Grand Saint Bernard

    Napoléon passant le col du Grand Saint Bernard, Musée baroque, Vienne. By Dalbera

    L'ennui, c'est que Montholon n'a jamais abjuré son bonapartisme. Suivant le neveu, après l'oncle, dans leurs heures les plus noires, il a même été, plus tard, compagnon de captivité du futur Napoléon III. De plus, il n'a pas approché l'Empereur avant 1815 et ne peut donc être le mystérieux empoisonneur qui sévissait alors depuis dix ans.

     

    Pourquoi tant d’arsenic ?

    Il y a plusieurs explications possibles pour expliquer les traces d’arsenic dans les cheveux.

    Alain Decaux a proposé une solution, en tous points satisfaisante. On a vu que l'arsenic, à petites doses, était prescrit comme stimulant. Les nécessités de sa vie ont pu contraindre Napoléon à en user, à en abuser, quitte à en subir parfois les effets secondaires C'est cet arsenic que les savants anglais ont mis en évidence... C'est simple, trop peut-être, mais plus convaincant que des hypothèses exigeant de nombreux poisons, et de nombreux empoisonneurs.

    Statue de Napoléon à Ajaccio

    Statue de Napoléon à Ajaccio, Corse. By Feuillu

    On peut également envisager que l’arsenic a pu venir des aliments ou de l'eau minérale qui en contiennent naturellement.

    De plus, en 2008, des échantillons de cheveux de l'Empereur ont été analysés. Ces échantillons contenaient une très forte concentration d'arsenic, environ 100 fois plus importante que la normale. Selon les chercheurs qui ont mené cette étude, un empoisonnement volontaire est à exclure. Avant que des règlementations soient mises en oeuvre, les gens étaient exposés à une contamination par l'arsenic tout au long de leur vie (colles, teintures ...). L'ulcère gastrique a été confirmé.

    La dernière étude sur le « mystère » Napoléon

    Une équipe de médecins, de pathologistes et de gastro-entérologues de plusieurs pays ont étudié tous les rapports d’autopsie ainsi que les témoignages de ceux qui étaient présents durant les dernières semaines de la vie de l’Empereur.

    Passage de la Berezina par l'armée française

    Passage de la Berezina par l'armée française, fin novembre 1812, pendant la campagne de Russie. Gravure de Johann Adam Klein d'après Franz von Habermann. (Institut de France, bibliothèque Thiers, Paris.)

    Ils ont ensuite utilisé une base de données de pathologies connues. Ainsi, ils ont identifié la maladie dont souffrait Napoléon.
    Pour eux, il n’y a aucun doute. L’Empereur est mort d’une importante hémorragie gastrique qui est la conséquence directe d’un cancer de l’estomac.
    Ce cancer, non soigné, s’est développé à la suite d’un ulcère qui lui-même était le fruit d’une gastrite chronique.

    Il n’y a donc aucun mystère autour de la mort de Napoléon, pas plus de main criminelle que de complot.

    V.B (06.03.2007). M.à.J 11.2008

    Références et crédit photographique

    Les grandes énigmes, éditions Larousse.1994
    Les plus célèbres mystères de l'histoire, Sélection du Reader's Digest.
    Mort de Napoléon. Science & Vie N°1074
    Napoléon. Encyclopédie Larousse 2005

    Toutes les photos, sauf mention contraire, étaient sous Licence creative commons Attribution-Non Commercial-No Derivs 3.0 Unported au moment de la mise en ligne de ce dossier et proviennent du site FlickR

     

     

     

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    Prisonniers américains au Viêt Nam ?

     

    La guerre du Viêt Nam restera pour longtemps un démon difficile à exorciser pour les États-Unis. 17 ans après la fin de cette « sale guerre », en 1975, le Pentagone estime à 2 273 le nombre de soldats dont la trace n’a pas été retrouvée.
    Sur ce nombre, 1 101 sont considérés comme morts au combat et 1 172 sont catalogués comme Missing in Action (MIA).
    Ces soldats, disparus au combat, sans que leur mort puisse être prouvée de manière certaine vont créer un doute atroce.
    Des prisonniers sont-ils restés au Viêt Nam ? La polémique va atteindre son point culminant en 1990 et 1991 alors qu’une photo venant d’Asie, datée du 25 avril 1990, montre trois hommes d’une soixantaine d’années.
    Des familles les reconnaissent alors comme d’anciens MIA.

     

     

    Le doute sur les MIA

    119 cas de MIA ont été présentés aux autorités vietnamiennes en 1987. Dans les années qui suivent, le Viêt Nam a essayé avec plus ou moins de bonne volonté de régler cette question. Ce doute du peuple américain était en effet l’un des obstacles au rapprochement entre les deux pays.

    Certains officiels Américains pensent que, au pire, une dizaine d’Américains ont pu rester prisonniers au Viêt Nam, au Laos et au Cambodge après 1975. Ils pensent également que ces hommes sont morts dans les geôles.
    Un seul soldat est réapparu après 1979, mais il a été convaincu d’intelligence avec l’ennemi.

    Par contre, l’opinion américaine a une tout autre opinion sur ce problème. Un sondage Time/CNN de 1991 fait ressortir que 60 % des personnes interrogées pensent que de nombreux soldats américains sont toujours captifs.

    La photo de 1990 a permis d’avancer trois noms : les trois hommes identifiés seraient le colonel J.L Robertson, le major A.L. Lundy Jr et le lieutenant J.Stevens. Ces hommes ont disparu entre 1966 et 1970.


    Missing in Action . Photo de 1990

    Photo de 1990 des 3 soldats, disparus

     

    Au cours de l’été 1991, une autre photographie prétendument récente d’un MIA, le capitaine Donald G. Carr, fait les gros titres de la presse américaine.
    Cette nouvelle photo oblige le ministère de la Défense à aider l’organisme de recherche privé (Operation Rescue) qui l’a publiée.

     

    J.Robertson . MIA

    J.Robertson a disparu à 36 ans. Il apparaîtrait à gauche sur la photo de 1990

    Mais, le colonel Jack Bailey, responsable d’Operation Rescue, se montre incapable de fournir des preuves supplémentaires, ni même de produire le moindre informateur.

    Un témoignage

    Un membre des Special Forces, troupes spéciales entraînées par la CIA, a fait le récit suivant, au retour de quinze années passées dans les prisons du Viêt Nam du Nord :

    « Pendant que j’étais prisonnier à Hanoi, j’ai entendu parler d’un certain nombre de prisonniers de guerre américain. J’ai entendu leurs voix et j’ai entendu les cadres dire qu’il s’agissait de pilotes abattus qu’on était en train de rééduquer. Ils étaient gardés à part. »

    Transféré, en 1978, de Hanoi à Thanh Hoa, le témoin affirme y avoir vu une trentaine de POW enfermés dans trois camps différents.
    Il les décrit ainsi :

    « Les POW que j’ai vus étaient maigres et couverts de gale. Ils marchaient difficilement, mais, on les forçait à ramasser du bois dans la forêt. Ils tombaient souvent. Parfois, leurs gardes les battaient. »

    Un marché rentable

    Tout s’achète et tout se vend, y compris la souffrance humaine. L’industrie du MIA comme l’appelle le Times lui-même est une affaire très lucrative aux États-Unis.

    Elle est alimentée par la production périodique de photos de blancs ou de noirs censés être prisonniers de tribus de la jungle ou de camps secrets vietnamiens.

    Jusqu’à maintenant, personne n’a pu prouver que ces hommes étaient vraiment des MIA. Par contre, la plupart des clichés se sont finalement révélés être des photographies d’indigènes aux airs vaguement européens.
    D’autres sont des portraits retouchés de conseillers soviétiques tirés de vieux magazines ou des montages opérés à partir des prospectus distribués en Asie du Sud-Est par les familles des disparus.

     

    Operation Rescue

    Campagne publicitaire en 1970 financée par l'industriel H.R Perot

     

    Le peu d’empressement du gouvernement américain à entreprendre des recherches sérieuses a permis à des organisations privées de se créer. Ces organisations sont financées par les dons des familles notamment.
    Malheureusement, leur comptabilité n’est pas très claire. 14 d’entre elles ont été accusées en 1989 de fournir des informations fausses ou déformées afin de pousser les familles à leur fournir de l’argent.

    En 1993, le Congrès américain, sous la pression de ces rumeurs, a demandé que des enquêtes soient entreprises. Leur conclusion a été qu'aucune preuve ne venait étayer la présence de soldats Américains gardés en captivité.

     

    Une énigme non résolue

    Entre le témoignage d’un homme qui n’avait aucune raison de mentir et des pratiques mercantiles douteuses, il est très difficile de se faire une opinion sur ce problème.

    Que des soldats américains aient été fait prisonniers au Viêt Nam, c’est certain. Mais, sur les 1 172 hommes qui ont disparu, combien sont restés captifs ?

    Les rapports entre le Viêt Nam et les États-Unis sont restés très tendus jusqu’en juillet 1995, année de la normalisation des rapports entre les deux pays.
    En août de la même année, l’ambassade des États-Unis a été inaugurée à Hanoi.

    Le gouvernement américain n’a jamais fait preuve d’une véritable volonté pour crever cet abcès. Alors que les relations diplomatiques ont enfin été rétablies, aucun des deux pays n’a le moindre intérêt à revenir sur ce douloureux dossier.

    Nous ne saurons probablement jamais combien d’hommes ont fini leur vie dans les geôles vietnamiennes en espérant un secours qui n’est jamais venu.

    V.Battaglia (31.07.2005)

     

    Références principales

    Les plus célèbres mystères de l’histoire, sélection du Reader’s Digest 2004
    Guerre du Viet Nam. Encyclopédie Larousse 2005
    REPORT OF THE SELECT COMMITTEE ON POW / MIA AFFAIRS. UNITED STATES SENATE. 13.01.1993 (rapport officiel sur l'enquête menée par le Congrès.
    L'Amérique a-t-elle abandonné des prisonniers de guerre au Viet Nam ? Penthouse Magazine 1994 (en anglais)

    Énigmes Historiques:  Prisonniers américains au Viêt Nam ?

     

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