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    1er octobre 1895

     

    Madagascar sous protectorat français

     

    Tananarive, 1895 : dernier discours public de Ranavola III avant l'exil (en haut à gauche, l'angle du Palais de la Reine, aujourd'hui disparu)

    Le 1er octobre 1895, un corps expéditionnaire français entre à Tananarive, capitale de Madagascar.  Il impose un traité de protectorat à la reine de l'île, Ranavalo III.

    L'île devient partie intégrante de l'Empire français pour un peu plus d'un demi-siècle.

    La colonisation interrompt l'élan amorcé au début du XIXe siècle par la formation d'un État centralisé, sous la conduite des Merinas, la population des hauts plateaux, dont la culture s'apparente à celle des Indonésiens.

    Joseph Savès
     
    Concurrence franco-britannique

    À la fin du XIXe siècle, Britanniques et Français se font concurrence à Madagascar à travers leurs missionnaires et leurs trafiquants. Les premiers font sentir leur influence à Tananarive, la capitale, tandis que les Français renforcent leur présence parmi les populations côtières, rivales des Mérinas des hauts plateaux.

    En 1883, les Français précipitent les choses en bombardant le port de Tamatave, en pays Betsimisaraka.

    Enfin, le 17 décembre 1885, ils imposent au souverain malgache la cession de la baie de Diégo-Suarez, à la pointe nord de l'île, le contrôle par eux-mêmes de la politique étrangère du royaume malgache, l'installation d'un résident français à Tananarive et, par-dessus le marché, une indemnité de guerre.

    Ce traité léonin est un protectorat qui ne dit pas son nom mais sa mise en application se heurte à la résistance passive de la reine Ranavalo III.

    Conquête française

    Pour amener la souveraine à résipiscence, un corps expéditionnaire français sous le commandement du général Duchesne débarque à Majunga. Il remonte jusqu'à Tananarive, sur les hauts plateaux, principale ville et capitale de la Grande Île.

    Le 1er octobre 1895, il entre dans la capitale et impose à la reine Ranavalo III un protectorat en bonne et due forme. Mais, aussitôt après, éclate la révolte dite des « Menalamba » (ou toges rouges, le « lamba » étant le vêtement national des Malgaches). Le royaume est alors formellement annexé par la France le 6 août 1896.

    Joseph Gallieni (1849-1916)

    Le général Duchesne, impuissant à mater la rébellion, est remplacé par le colonel Joseph Gallieni (45 ans), promu général pour l'occasion et pourvu des pleins pouvoirs civils et militaires.

    Gallieni a déjà montré son savoir-faire en Indochine face aux « Pavillons noirs », avec un adjoint promis comme lui à un brillant avenir : Hubert Lyautey.

    Le nouvel homme fort de l'île arrive à Tananarive avec un bataillon de la Légion étrangère.

    Sans tarder, il fait arrêter les deux personnages qui inspirent la rébellion, à savoir l'oncle de la reine, détesté du peuple, et son ministre de l'Intérieur, au contraire très populaire. Tous les deux sont fusillés pour l'exemple. Le 28 février 1897, la reine est quant à elle exilée à La Réunion puis à Alger.

    Les hauts plateaux mérinas étant soumis, Gallieni se consacre par étapes à la « pacification » des régions côtières. Combinant fermeté et générosité, il fait exécuter les meneurs de la révolte.

    Le fidèle Lyautey débarque en ligne droite du Tonkin pour le soutenir dans cette nouvelle tâche.

    Exécution des deux chefs de la rébellion malgache en 1896

    Dans son désir d'accélérer le développement de l'île, Gallieni instaure d'autre part le travail forcé et encourage la venue de colons européens. En réaction, les Malgaches rebelles forment des sociétés secrètes et complotent contre le colonisateur.

    Une nouvelle révolte, en 1904-1905, provoque le rappel du gouverneur. Mais la France est déjà solidement établie dans la Grande Île et son influence se fait sentir sur le développement économique et les infrastructures.

    En 1924, le travail forcé est remplacé par des « travaux d'intérêt général » sans que cela améliore le sort des Malgaches, surtout dans les régions de plantations, sur la côte orientale, autour de Tamatave. C'est là qu'éclateront les révoltes populaires de 1947.

     

     

    Éphéméride du Jour 4:  Madagascar sous protectorat français - 1er octobre 1895

     

     

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    30 septembre 1891

     

    Mort piteuse d'un général

     

     

    Le 30 septembre 1891, le général Georges Boulanger se suicide sur la tombe de sa maîtresse, à Ixelles, près de Bruxelles. C'est la fin d'une péripétie qui a fait craindre un moment que la République française ne soit renversée par un coup d'État.

    Joseph Savès
     

    Un fringant militaire

    Cinq ans plus tôt, en 1886, le leader du parti radical Georges Clemenceau avait fait de cet officier à la belle prestance un ministre de la Guerre. Le héros est applaudi à la revue du 14 juillet et chacun y va de sa chansonnette.

    Par des mesures peu coûteuses et d'un bel effet, comme de faire peindre les guérites en tricolore, Boulanger ravive les espérances des ennemis de la République, des citoyens déçus par le régime des partis et de tous ceux qui rêvent d'une revanche militaire sur l'Allemagne, victorieuse en 1870.

    Mais les qualités morales et le sens politique de Boulanger ne sont pas à la hauteur de sa popularité comme il ne tarde pas à le démontrer.

    Le chancelier allemand Bismarck ayant fait arrêter un commissaire de police français à la frontière, le ministre tombe dans le piège de la provocation. Il en appelle à une mobilisation partielle. Le président de la République Jules Grévy, inquiet de la tournure des événements, se défait du gouvernement et démet Boulanger de ses fonctions ministérielles le 18 mai 1887.

     

    Popularité au zénith

    Le général Boulanger (chromo de l'époque)

    Le général Georges Boulanger n'en devient que plus populaire. On le surnomme « brave général » ou « général Revanche ».

    Ses partisans forment une troupe hétéroclite de mécontents, de la gauche radicale à la droite bonapartiste ou monarchiste.

    La crise économique dans laquelle est plongé le pays depuis les années 1880 contribue à la popularité du général et au rejet de la gauche dite « opportuniste »qui gouverne la France sans se soucier de réformes sociales. La mise à jour du scandale des décorations, par lequel le gendre de Jules Grévy aurait fait attribuer la Légion d'honneur à ses affidés, aggrave le discrédit des institutions républicaines.

    Le poète Paul Déroulède, fondateur de la Ligue des Patriotes, et le journaliste Henri Rochefort, marquis de Rochefort-Luçay, figurent parmi les plus chauds soutiens de Georges Boulanger.

    Dans une tentative de se défaire du trop séduisant général, le gouvernement l'expédie à Clermont-Ferrand. Le 8 juillet 1887, le jour de son départ à la gare de Lyon, ses admirateurs en délire tentent de le retenir et Boulanger doit monter à la sauvette sur la locomotive.

    Il est enfin mis à la retraite des cadres de l'armée, ce qui lui permet de se faire élire dans plusieurs départements dont Paris, le 27 janvier 1889, avec l'appui financier de la duchesse d'Uzès, riche héritière des champagnes de La Veuve Clicquot, de sensibilité monarchiste.

     

    La fin du boulangisme

    Les dirigeants de la IIIe République prennent la menace au sérieux. Ils craignent que le général ne marche sur l'Élysée et ne commette un coup d'État comme ses partisans le lui demandent. Le président Sadi Carnot, à peine élu, se prépare déjà à faire ses valises. Tout cela survient en pleine préparation des fêtes du centenaire de la Révolution, qui doivent consacrer le triomphe de la République avec l'Exposition universelle et la Tour Eiffel.

    Heureusement pour les dirigeants de la IIIe République, Boulanger n'est pas du genre téméraire. Ce soir du 27 janvier 1889, la foule de ses partisans, rendue ivre par le parfum de la victoire, se masse devant le restaurant Durand, rue Royale, où se tient son héros. Celui-ci hésite et tergiverse. 

    À minuit, il ne s'est encore pas décidé à sortir et franchir les quelques centaines de mètres qui le séparent de l'Élysée. Trop tard. Il préfère retrouver dans une rue voisine sa maîtresse, Marguerite de Bonnemains...

    Pierre Tirard, appelé pour la deuxième fois à la Présidence du Conseil le 22 février 1889, en profite et reprend les choses en main. Avec son ministre de l'Intérieur Ernest Constans, il fait courir le bruit d'une arrestation imminente du général. Celui-ci, prenant son courage à deux mains, s'enfuit à Londres puis à Bruxelles, où il va rejoindre sa chère maîtresse, Mme Marguerite de Bonnemains, malade de la phtisie. Celle-ci meurt dans ses bras le 16 juillet 1891.

    Ne se remettant pas de ce malheur, Boulanger la rejoindra dans la mort deux mois plus tard. À cette annonce, son ancien mentor Clemenceau dira qu'« il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant ».

     

     

    Éphéméride du Jour 4:  Mort piteuse d'un général -  30 septembre 1891

     

     

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    Expression du Jour 4:

     

    Expression du Jour 4:  De longue haleine (3 pages)

     

    Expression du Jour 4:  De longue haleine (3 pages)

     

     

    Expression du Jour 4:

     

     

     

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    29 septembre 1898

     

    Capture de Samory Touré

     

    Le 29 septembre 1898, le chef Samory Touré est capturé par le capitaine Gouraud, en un lieu dit Nzo. C'est la fin d'une prodigieuse épopée qui a permis au vieux guerrier (63 ans) de conquérir un vaste territoire dans la boucle du Niger, au sud du Sahara.

    Joseph Savès

    Naissance d'un mythe africain

    Samory est né dans une famille de commerçants, près de Kankan, dans l'actuelle Guinée, en pays malinké. Lui-même est issu du peuple dyoulo, des musulmans en minorité dans sa région. Sa famille, après avoir été islamisée, est retournée à la religion fétichiste de ses ancêtres.

    Sa mère est un jour enlevée par un groupe rival, les Cissé. Samory, alors âgé de 16 ou 17 ans, entre au service de ce groupe pour racheter sa liberté. C'est ainsi qu'il découvre le métier des armes.

    Manifestant des dispositions exceptionnelles pour ce métier, Samory s'enfuit de chez les Cissé et conclut un serment d'amitié avec une demi-douzaine d'amis de son lignage.

    Il se retrouve bientôt à la tête d'une petite armée de métier, avec des fantassins tous équipés d'armes à feu et remarquablement disciplinés. Pour mieux imposer son autorité, il se convertit à l'islam et se proclame « almany ». Ce titre obscur, issu de l'arabe Amir Al Muminim, lui confère une autorité à la fois spirituelle et militaire sur ses sujets.

    Samory Touré soumet un territoire qu'il agrandit d'année en année. Vers 1880, il gouverne en maître absolu tout le Haut Niger, dans la partie orientale de l'actuelle Guinée. C'est un vaste et riche territoire de collines verdoyantes appelé Ouassoulou et peuplé d'environ 300 000 âmes. Il n'a d'autre rival que le royaume toucouleur du Ségou, plus au nord.

    Les Anglais qui occupent la Sierra Leone voisine ne sont pas mécontents que l'almanyfasse régner l'ordre dans l'arrière-pays. Samory noue un dialogue avec eux ainsi qu'avec les Français, présents en Côte d'Ivoire. Il aspire à conclure un traité de protectorat avec les uns ou les autres pour pérenniser son trône.

    Mais les Français se montrent peu disposés à de tels arrangements et grignotent le territoire de Samory. Le colonel Borgnis-Desbordes inflige une première défaite au chef noir en 1882.

    Chaque nouvel affrontement tourne à l'avantage des Français qui bénéficient d'un armement d'une supériorité écrasante. C'est ainsi qu'en une seule campagne, en juin 1885, Samory Touré perd 900 hommes tandis que les Français n'ont à déplorer que deux morts.

    En définitive, le 28 mars 1886, les deux adversaires concluent un traité de paix et de commerce par lequel les Français reconnaissent l'autorité de Samory Touré sur un vaste royaume aux confins de leurs propres territoires.

    En contrepartie, Samory Touré accepte, mais de façon purement formelle, le protectorat de la France sur son royaume. En signe d'allégeance, il envoie son fils préféré Dyaulé Karamogho à Paris. Celui-ci est reçu par le président Jules Grévy.

    L'année suivante, en 1887, Samory Touré conclut un nouveau traité, à Bissandougou, avec le capitaine Gallieni (un futur maréchal de France). Par ce traité, il laisse aux Français toute liberté d'action sur une partie du Haut Niger.

    Là-dessus, Samory doit affronter ses sujets animistes qui refusent qu'on leur impose l'islam. C'est la « guerre du refus ». Le conflit pénètre la famille du souverain et celui-ci en vient à faire exécuter son fils Dyaulé Karamogho, qu'il soupçonne de le trahir au profit des Français.

    La traque

    Comme de bien entendu, les relations avec les Français se dégradent et la guerre reprend en 1891. Traqué, Samory Touré pratique la politique de la terre brûlée. Il ne laisse derrière lui que désolation pour décourager les Français de le poursuivre. Le colonel Archinard ayant conquis sa capitale, Kankan, il gagne avec son peuple le nord de la Côte d'Ivoire et établit sa nouvelle résidence à Dabakala.

    Les choses semblent se tasser lorsqu'un fils de Samory attaque et massacre en février 1892 une colonne française commandée par le capitaine Ménard. Elle avait quitté Grand-Bassam pour la cité commerciale de Kong. L'année suivante, les Français lancent trois colonnes aux trousses de Samory.

    En 1894, l'une d'elles, dirigée par le commandant Monteil, doit battre en retraite. Trois ans plus tard, en 1897, les troupes de Samory Touré s'emparent de la cité de Kong et la réduisent en cendres.

    Capture sans gloire

    Le sursis est de courte durée.

    Quelques mois après, le capitaine Gouraud, accompagné d'une dizaine de soldats seulement, remonte vers le pays yacouba, à 450 km au nord-ouest d'Abidjan. C'est une région montagneuse assez semblable au piémont pyrénéen avec de petites plaines fertiles enclavées entre des collines. Il se fait guider par d'anciens esclaves de cette région, libérés par les Français.

    Le vieux chef est surpris au petit matin, par temps de brouillard. Il doit faire sa reddition et, avec lui, plusieurs milliers d'hommes. Ce succès fait la Une des journaux parisiens et console (un peu) les Français de leur humiliation face aux Britanniques à Fachoda.

    Déporté au Gabon, Samory Touré tente de se suicider et meurt deux ans plus tard, le 2 juin 1900. Ses cendres ont été rapatriées en 1968 par la Guinée du dictateur Sékou Touré.

     

     

    Éphéméride du Jour 4:  Capture de Samory Touré - 29 septembre 1898

     

     

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    28 septembre 1905

     

    Albert Einstein découvre la relativité

     

     

    Le 28 septembre 1905, la revue allemande Annalen der Physik publie un article sur une mystérieuse théorie de la relativité. L'auteur est un scientifique de 25 ans qui signe Albert Einstein et n'a même pas encore son doctorat !

    Christian Guyard
     

    Albert Einstein (14 mars 1879, Ulm, Wurtemberg ; 18 avril 1955, Princeton, New Jersey)

     

    Cinq articles révolutionnaires

    Entre mars et septembre 1905, le jeune homme a envoyé au total cinq articles à la revue.

    Ses articles portent sur des aspects fondamentaux de la physique :
    – la lumière et sa nature discontinue (quanta devenus photons),
    – la théorie de la chaleur et le mouvement brownien (existence des molécules),
    – l'électrodynamique des corps en mouvement,
    – le contenu énergétique des corps, c'est-à-dire l'équivalence entre la matière et l'énergie (relativité restreinte),
    – enfin, la célèbre équation E= mc2 qui indique que l'énergie d'un corps est égale à sa masse multipliée par le carré de la vitesse de la lumière. Une équivalence qui conduit (avec des efforts technologiques et théoriques énormes) aux bombes et réacteurs nucléaires et thermonucléaires ainsi qu'à un semblant de compréhension du Big Bang et de l'origine de l'Univers !

    Notons que le prix Nobel sera décerné à Einstein en 1921 pour ses travaux sur l'effet photoélectrique et la nature discontinue de la lumière. Pas du tout pour la théorie de la relativité « restreinte » émise en 1905 ni pour la théorie de la relativité « générale »publiée en 1915, qui l'une et l'autre remettent en cause la notion d'espace et de temps.

    Albert Einstein (14 mars 1879, Ulm, Wurtemberg ; 18 avril 1955, Princeton, New Jersey)Les cinq articles de 1905 signifient la fin d'une époque fertile en découvertes théoriques expliquant les phénomènes comme la chaleur, l'électricité, les ondes électromagnétiques mais qui toutes butaient sur des contradictions dans l'explication de certains phénomènes. Ils inaugurent une ère nouvelle de la physique. Il n'empêche qu'ils vont mettre plusieurs mois ou années à attirer l'attention des milieux scientifiques et à s'imposer aux grands maîtres de la science de l'époque (Planck, Sommerfeld...).

     

    Un précurseur de la relativité

    Le mathématicien français Henri Poincaré (1854-1912) formule en 1902 quelques hypothèses qui font de lui un précurseur de la relativité restreinte mais il maintient la référence à un temps absolu et un mystérieux « éther ». Albert Einstein « proclame la mort de l'éther » et transforme les équations de la relativité en une nouvelle théorie de l'espace et du temps, d'où le caractère proprement révolutionnaire de ses travaux.

     

    La fin d'une époque

    On peut considérer Einstein comme le dernier des physiciens classiques. Il s'est appuyé sur ses prédécesseurs et ses contemporains en extrayant les aspects les plus intéressants de leurs travaux pour les rassembler dans des formulations simples.

    Mais il n'a jamais souscrit aux théories probabilistes liées à la formalisation de la mécanique quantique qui se sont développées de 1905 à 1930, notamment à partir de ses propres travaux.

    Dans cette période féconde, plusieurs générations de physiciens ont développé les implications de ses théories qu'il n'avait pas su parfois lui-même entrevoir ou auxquelles il ne croyait pas. Son célèbre « Dieu ne joue pas aux dés » à propos de la nature statistique des phénomènes corpusculaires le montre bien. Tout le monde peut se tromper. Même lui.

    La révolution physique amorcée en 1905 se poursuit aujourd'hui avec les théories cosmologiques et quantiques relatives à la naissance de l'univers, depuis les particules les plus élémentaires jusqu'aux « objets » astronomiques étonnants (galaxies, trous noirs...) que les physiciens aimeraient bien unifier.

     

    Un destin tourmenté

    Le principal savant du XXe siècle est né à Ulm en 1879, premier enfant d'un couple juif du Wurtemberg. Sa soeur cadette, Maria (Maja) naît deux ans plus tard. Le père, négociant en appareillage électrique, fait faillite puis s'associe avec son frère en 1880 et fonde à Munich un négoce florissant dans la même activité. Cinq ans plus tard, les deux frères construisent une usine de fabrication.

    Dès son plus jeune âge, Albert Einstein est donc dans un milieu technique et se passionne pour les machines. Son intérêt pour les sciences est éveillé, dit-on, par une boussole que son père lui a offerte alors qu'il était malade et par un livre de géométrie offert par son oncle. En 1885, il entre dans une école primaire catholique pour des raisons de proximité et de coût.

    Albert Einstein (14 mars 1879, Ulm, Wurtemberg ; 18 avril 1955, Princeton, New Jersey)

    À l'automne 1888, il entre au lycée Luitpold, à Munich, où il suit une scolarité classique (latin, grec, mathématiques, physique) tout en dévorant les ouvrages de physique et de mathématiques. L'électrodynamique le passionne déjà. L'entreprise familiale se déplace en Italie à Milan puis Pavie, mais Albert reste à Munich. Une querelle au lycée avec un professeur de grec le pousse à interrompre ses études. Il rompt ses liens avec la communauté juive du Wurtemberg, renonce à sa citoyenneté wurtembergeoise et rejoint ses parents à Milan. Déjà un caractère indépendant et le refus d'embrigadement !

    En Italie, il prépare son examen pour l'École Polytechnique Fédérale ETH de Zurich. À l'automne 1895, à 16 ans, il se présente au concours et échoue, ce qui l'oblige à effectuer une année à l'école cantonale d'Aarau près de Zurich où il termine son cycle secondaire. Il se perfectionne dans les matières qui l'ont fait échouer (zoologie, botanique) tout en restant obsédé par les questions d'électrotechnique et de physique et sans oublier de jouer du violon, ce qu'il fera tout au long de sa vie.

    C'est aussi sa première aventure amoureuse avec la fille d'un professeur. Sa soeur Maja passera aussi à Aarau de 1898 à 1902. Elle étudiera les langues romanes et obtiendra un doctorat à Berne en 1908, performance encore peu courante chez les femmes, à cette époque.

    L'année 1896 se révèle fructueuse et Albert réussit son examen. Pendant quatre ans, il suit les cours de l'ETH et reçoit une formation très complète. Elle inclut des cours de commerce, de finance, de statistiques des assurances qui lui serviront plus dans l'interprétation du mouvement brownien que dans l'étude des fluctuations des naissances et décès. Albert fait alors l'objet de remarques peu amènes de la part de ses professeurs de mathématiques et de physique, remarques sans doute motivées par son indépendance d'esprit, son penchant pour la théorie et la liaison qu'il amorce en 1897 avec Mileva Maric, qui deviendra sa première femme

     

    Mileva Maric et Albert Einstein, le jour de leur mariage, le 6 janvier 1903

    Originaire de Serbie, Mileva, de trois ans et demi plus âgée qu'Albert Einstein, entre comme lui à l'ETH en 1896. Elle est la seule fille de la section Mathématiques. Leur relation passionnée s'appuie sur leur intérêt commun pour les mathématiques et l'évolution bouillonnante des théories physiques à cette époque. Dans une lettre qu'il lui écrit le 3 octobre 1900, Albert confie : «Comme je suis heureux d'avoir trouvé en toi quelqu'un en tout point égal à moi, aussi fort et autonome que moi-même ! Je suis seul avec tous sauf avec toi ». La suite sera moins rose.

    Son diplôme d'enseignant de mathématiques et physique en poche à l'été 1900, Einstein occupe des postes temporaires dans différentes écoles suisses, mais sans pouvoir accéder à un poste d'enseignant-chercheur à l'Université. Son premier article scientifique portant sur les phénomènes de capillarité paraît en 1901 - déjà dans les Annalen der Physik -.

    La relation passionnée avec Mileva se poursuit. Mais les parents d'Einstein ne sont pas favorables à leur union. Enceinte, la jeune femme rentre dans sa famille pour accoucher. Une fille, Lieserl, naît début 1902 mais elle est abandonnée à l'assistance publique ! Les deux scientifiques arrivent tout de même à se marier en janvier 1903, après la mort du père d'Einstein.

    De leur union naîtront deux fils : Hans Albert (1904-1973), qui sera professeur à Berkeley, et Édouard (1910-1965), qui souffrira de problèmes psychiques. Dès le début, ces charges familiales ont raison des ambitions de Mileva en matière de physique. L'union se terminera par un divorce douloureux en 1919 et Mileva décèdera en 1948 à Zurich. Comme quoi, il est difficile de tout réussir.

    Le 21 février 1901, Albert Einstein prend la nationalité helvétique pour éviter le service militaire allemand. Pendant la Grande Guerre, sa citoyenneté helvétique lui permettra aussi de visiter des collègues scientifiques des deux camps. Le 16 juin 1902, il entre à l'Office des brevets de Berne avec un très modeste salaire annuel de 3.500 francs comme expert technique de classe 3. Il passe en classe 2 en avril 1906 avec un salaire de 4.500 F. Cette situation lui permet de poursuivre des travaux théoriques dont il débat avec quelques amis proches au point de former avec eux un groupe appelé Académie Olympia et présidé par lui-même.

    Albert Einstein (14 mars 1879, Ulm, Wurtemberg ; 18 avril 1955, Princeton, New Jersey)

    Il poursuit son cursus universitaire avec une thèse sur la théorie cinétique des gaz en 1901 et un doctorat en janvier 1906 à l'université de Zurich sur une nouvelle détermination des dimensions des molécules. Il devient maître de conférences en 1908 et démissionne de son poste à l'Office des brevets de Berne à la fin 1909 lorsqu'il est nommé enfin professeur associé.

    À la fin 1910, il va enseigner à Prague pendant un an et demi, période pendant laquelle il commence à échafauder sa théorie de la relativité générale dont il publie les bases : influence de la gravitation sur la propagation de la lumière. Puis il retrouve une chaire au Polytechnikum de Zurich avec un contrat de 10 ans.

    Sa réputation internationale débute à ce moment-là. Elle est consacrée par sa participation en 1911 au premier congrès Solvay (du nom du chimiste et industriel belge qui finançait ces réunions internationales de savants). Toute la crème de la physique théorique et expérimentale y figure. Elle se retrouve aux congrès suivants. Le sixième (1930) est le dernier auquel participe Einstein.

     

    Dieu et la physique

    Aucun congrès Solvay n'a autant marqué les esprits que celui de 1927. Les 29 participants (dont 17 ont eu ou auront un prix Nobel) disputent sur le point de savoir si la mécanique quantique est aléatoire ou bien organisée selon un système.

    Einstein, attaché à une démarche classique et réfractaire aux théories probabilistes, lance avec humour : « Dieu ne joue pas aux dés !». À quoi Niels Bohr répond : « Qui êtes-vous, Albert Einstein, pour dire à Dieu ce qu'il doit faire ? ». Einstein réitère plus tard avec cette autre formule : « Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito ».

    La jeune Allemagne fait un pont d'or au jeune savant. Elle envoie Planck et Ernst le convaincre de rejoindre Berlin, « capitale mondiale de la science ». C'est ainsi qu'Einstein démissionne de l'ETH et devient membre de l'académie des sciences de Prusse le 18 décembre 1913, avec un statut de professeur de l'Université de Berlin, dispensé de tout enseignement et un traitement annuel de 12.000 Marks !

    Malgré la liberté qui lui est donnée, Einstein semble douter de ses capacités. Dans sa lettre du 7 décembre 1913 à l'Académie de Prusse, il écrit : « Chaque journée de travail me démontre un peu plus mes limites intellectuelles. » et reste lucide : « Ces messieurs de Berlin spéculent sur moi comme sur une poule pondeuse de concours, mais je ne sais pas encore si j'aurai des oeufs » (Die Herren Berliner spekulieren mit mir wie einem prämierten Leghuhn, aber ich weiss nicht, ob ich noch Eier legen kann).

    A-t-il fait le bon choix ? On est à la veille de la Première Guerre mondiale. Mileva repart dès l'été 1914 à Zurich et leur rupture définitive interviendra en 1916. L'échec du couple, la guerre et les restrictions alimentaires lui minent le moral. Une de ses cousines, Elsa Löwenthal, le soigne. Il l'épouse le 2 juin 1919, peu après son divorce. Trois ans plus tard, il reçoit le prix Nobel, remis en 1922 pour l'année 1921. Einstein étant absent, c'est l'ambassadeur allemand qui le récupère, arguant que le savant est allemand, puisque membre de l'académie des sciences d'Allemagne. Il donnera le montant du prix à Mileva qui s'occupe de leurs deux enfants.

     

    Le triomphe de la science pure

    Albert Einstein (14 mars 1879, Ulm, Wurtemberg ; 18 avril 1955, Princeton, New Jersey)

    La célébrité survient à l'issue d'un événement scientifique capital. Le 29 mai 1919, lors d'une éclipse totale, l'Anglais Eddington vérifie expérimentalement la déviation des rayons lumineux des étoiles à proximité du Soleil. Ce phénomène avait été prévu par la théorie de la relativité générale et confirme avec éclat celle-ci ! C'est seulement le 22 septembre de la même année qu'Albert Einstein est informé de l'expérience par un télégramme de son ami, le savant Lorentz.

    La consécration scientifique survient dans le contexte difficile de l'après-guerre, au milieu de l'agitation politique et de la montée de l'antisémitisme. Pas facile pour Einstein d'être juif et pacifiste mais sa notoriété donne encore plus de poids à ses engagements.

    Il reçoit nombre d'invitations d'un peu partout en Europe et dans le monde (Japon, États-Unis). C'est ainsi qu'en 1930, il débute son enseignement à Princeton, aux États-Unis.

    Ce n'est qu'en 1933, après la déchéance de sa nationalité allemande (prise de fait lors de son intégration à l'Académie des Sciences de Prusse) et la mise sous séquestre de ses biens, qu'il s'installe aux États-Unis, après avoir démissionné des Académies des sciences de Prusse et de Bavière.

     

    Un savant juif dans la tourmente

    L'émancipation totale des juifs d'Allemagne n'a eu lieu qu'en 1869. Né dix ans plus tard, Albert Einstein appartenait donc à la première génération de juifs allemands dont les droits étaient reconnus dès la naissance.

    Lors de son séjour à Prague en 1910/11, il fréquente l'intelligentsia juive, Max Brod, Franz Kafka, Hugo Bergmann. Il rencontre Berta Fanta avocate de la cause sioniste à laquelle il n'adhère alors pas. Il accueille cependant avec bienveillance la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 par laquelle la Grande Bretagne s'engage à créer en Palestine un « foyer national juif ».

    Après l'énorme retentissement de la confirmation de sa théorie de la relativité générale en 1919, l'Allemagne est très fière. Mais très vite on s'aperçoit qu'Einstein n'est pas un pur allemand ! Début 1921, dans le Völkischer Beobachter, Hitler écrit que la science est désormais aux mains des Hébreux. Le scientifique Philipp Lenard organise dès 1920 un mouvement, plus tard appelé Science allemande, qui veut nettoyer la science de toute trace non aryenne.

    Dès l'arrivée de Hitler au pouvoir, en 1933, les savants juifs, y compris Einstein, sont exclus des universités. Mais ce dernier est par ailleurs inscrit sur la liste des savants juifs dressée par Félix Rosenblüth que le mouvement sioniste veut gagner à sa cause.

    En 1921, il accepte une tournée aux États-Unis pour récolter des fonds afin de créer en Palestine, à Jérusalem, une université de haut niveau. En février 1923, au retour d'un voyage au Japon, il fait halte en Palestine. Il ne cesse dès lors de soutenir le sionisme mais décline en 1952 la proposition de succéder à la tête de l'État d'Israël, créé en 1948, au défunt président Chaim Weizmann.

    Elsa, la seconde femme d'Einstein, meurt en 1936. Einstein restera dès lors à Princeton jusqu'à sa propre mort, près de vingt ans plus tard, et prendra la citoyenneté américaine dès 1940.

    Le 2 août 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, à l'initiative de ses amis Szilard et Fermi, l'« ermite de Princeton » envoie une lettre au président des États-Unis, Franklin Roosevelt, dans laquelle il lui affirme que les Allemands sont à la veille de se doter d'une bombe d'un type nouveau.

    Il s'ensuit le projet Manhattan, destiné à accélérer les recherches américaines sur la bombe atomique, sur lequel il ne sera pas informé (peut-être parce qu'on le classait parmi les sympathisants communistes). Ce projet va conduire aux deux bombes d'Hiroshima et Nagasaki.

    Quand il voit que le programme va aboutir, Einstein écrit à nouveau à Roosevelt pour lui demander d'y renoncer ! Beaucoup plus tard (1950), en pleine guerre froide, alors qu'il est engagé dans un mouvement pacifiste soutenu par les Soviétiques, le savant prend de la distance par rapport à sa première correspondance, disant qu'il n'a servi en l'occurrence que de boîte aux lettres et qu'il a repris un projet de lettre de Szilard. Il va même jusqu'à regretter d'avoir signé la lettre.

    En 1953 il rédige la dernière version de sa théorie de la relativité générale. L'année suivante, il publie un ultime article dans les Annals of Mathematics.

    Il meurt le 18 avril 1955, quelques jours après avoir signé le manifeste Einstein-Russel qui donnera naissance au mouvement Pugwash, ce mouvement réunissant des scientifiques soucieux de réfléchir à l'avenir du monde. Ses cendres ont été dispersées aux quatre vents.

     

    Pacifiste !

    Si Albert Einstein a quitté son lycée de Munich à 15 ans, c'est peut-être en raison de la discipline quasi-militaire qui y régnait.

    Pacifiste dans l'âme, le savant refuse au début de la Grande Guerre de signer l'Appel au monde civilisé de 93 intellectuels allemands pro-guerre (4 octobre 1914) mais il s'associe à un Appel aux Européens publié en réaction au précédent et se réclamant de l'internationalisme. C'est la première fois qu'il participe à la rédaction d'un document politique et qu'il le signe.

    Il participe par ailleurs à la Ligue pour une nouvelle patrie, association interdite en 1916. Elle deviendra après la Grande Guerre la Ligue allemande des droits de l'homme et son objectif sera la réconciliation franco-allemande. Il figure parmi les membres fondateurs du Secours international des travailleurs, créé pour répondre aux «grandes sécheresses» de 1921 en Union Soviétique (il s'agit en fait de famines dues à la guerre civile).

    En 1945, l'illustre savant est élu président de l'Emergency Committee of Atomic Scientists, une association qui veut sensibiliser l'opinion mondiale aux dangers de l'arme atomique et de la guerre nucléaire. Trois ans plus tard, Albert Einstein écrit un Message aux intellectuels dans lequel il invite les chercheurs à faire tout ce qu'ils peuvent pour empêcher l'utilisation des armes atomiques.

    Mais l'on est déjà en pleine guerre froide entre États-Unis et URSS et ses initiatives sont récupérées par les Soviétiques, trop heureux de pouvoir freiner les progrès des États-Unis dans la maîtrise de l'arme thermonucléaire.

     

    Bibliographie

    Les biographies, écrits d'Albert Einstein et ouvrages sur ses découvertes sont très nombreux. On trouve aussi de nombreux documents sur l'internet.

    Quelques ouvrages en français :

    Albert Einstein et Mileva Maric. Lettres d'amour et de Science (Seuil, Science ouverte, 1993),

    Albert Einstein Max Born Correspondance 1916-1955 (Seuil Science ouverte),

    Albert Einstein, biographie de Kenji Sugimoto (Belin 1990), ouvrage très documenté avec de nombreuses photos et reproductions,

    Einstein, la joie de la pensée, par Françoise Balibar (Découvertes Gallimard, novembre 1993),
    Françoise Balibar a aussi dirigé l'édition française des ouvres choisies d'Einstein (6 volumes, co-édition Seuil-CNRS),

    Comment je vois le monde, par Einstein (Champs, Flammarion, 1979),

    L'évolution des idées en physique, Einstein(Infeld Champs Flammarion, 1983).

     

    Éphéméride du Jour 4:  Albert Einstein découvre la relativité - 28 septembre 1905

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