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    30 octobre 1439

     

    Le duc Amédée VIII devient pape

     

    Le 30 octobre 1439, une poignée de pères conciliaires réunis à Constance proclament la déchéance du pape Eugène IV. Ils élisent à sa place le duc Amédée VIII de Savoie, 56 ans.

    Le nouveau pape est intronisé l'année suivante sous le nom de Félix V. Mais son élection par une fraction seulement des cardinaux et son effacement ultérieur devant un rival font que l'Église catholique le considère comme le dernier des « antipapes » (ou papes concurrents du pape officiel) qui ont émaillé son Histoire, notamment lors du Grand Schisme (1378-1415).

    Gabriel Vital-Durand
     
     

    Un duc favorisé par le destin

    Amédée VIII recevant la tiare (Anthelme Trimolet, XIXe siècle, Chambéry ; musée des beaux-arts)

    Selon Charles-Eugène, Maréchal-prince de Ligne, l'existence idéale consisterait à vivre « comme un page à dix ans, une jolie femme à vingt, un colonel de chevau-légers à trente, un gouverneur à quarante, un ambassadeur à cinquante, un homme de lettres à soixante, un duc à septante et... un cardinal à quatre-vingts ans »(Mémoires, vers 1790) ! Eh bien, c'est là le destin d'Amédée, huitième du nom, dit  le Paisible, premier duc de Savoie.

    Le futur pape naît à Chambéry le 4 septembre 1383. Son grand-père Amédée VI, le Comte Vert, puis son fils Amédée VII, le Comte Rouge, ont bien bataillé pour étendre la Savoie vers Berne, Lyon, Nice et Milan.

    Leur comté, qui s'est constitué autour de Chambéry, fait partie du Saint Empire. Par les guerres et les mariages, il se présente comme l'une des plus puissantes principautés d'Europe occidentale.

    Mais le jeune prince perd son père à l'âge de huit ans, en 1391, des suites d'un accident de chasse. De mauvaises langues évoquent un empoisonnement dont se serait rendue coupable la propre mère du défunt, Bonne de Bourbon, cousine du roi de France Charles V.

    Le duc de Bourgogne Philippe le Hardi profite de la discorde entre la mère et la veuve pour précipiter le mariage de sa propre fille, Marie de Bourgogne, avec le jeune Amédée.

    Les noces sont célébrées avec faste le 29 octobre 1393 à Chalons-sur-Saône. Les jeunes époux ont... dix et sept ans ! Sitôt après leurs noces, ils vont être séparés pour dix ans.

     

    Un souverain éclairé

    Amédée tombe sous la coupe de son beau-père, le duc de Bourgogne, qui garde l'oeil sur ses affaires pendant qu'il reçoit une éducation plutôt soignée.

    Ensuite les jouvenceaux vont filer un amour de vingt ans qui donnera le jour à sept enfants. Marie meurt en couches en 1422. Quant à Amédée, il se révèle rapidement de taille à gérer son comté de Savoie. Il compense l'absence de dispositions militaires par des talents diplomatiques hors du commun.

    Au septentrion, il consolide ses relations avec Berne. À l'ouest, il repousse la frontière jusqu'à la Saône et réussit par des manoeuvres habiles à prendre la succession des comtes de Genève et à s'installer au couvent des Dominicains de Plainpalais, tandis que son vidame réside en la Tour de l'Isle, une bastille plus imposante.

    Il reste en bonne intelligence avec les évêques de Genève, notamment Jean de Brogny, et reçoit le pape Martin V en grande pompe à la cathédrale Saint-Pierre. Au Midi, il vient à bout des princes rebelles, les Grimaldi, les marquis de Saluces et de Montferrat. À l'Orient, il conquiert le val d'Ossola au Sud des Alpes et renforce ses positions en Valais. Il finit par reprendre le Piémont, qui s'était détaché de la Savoie un siècle plus tôt.

    Amédée accueille le pape Benoît XIII à Nice en 1404 et invite l'empereur allemand Sigismond à Chambéry en 1416. Ce dernier s'acquitte de sa dette en élevant la Savoie au rang de duché. Amédée se pique de droit et de lettres. Il rédige les « Statuta Sabaudiæ » qui serviront de code civil au duché et fonde l'université de Turin.

     

    Bonne chère à Ripaille

    Le duc Amédée VIII de Savoie, qui ne craint pas le voisinage des clercs, fonde le prieuré de Ripaille en 1410, près du lac Léman, et y installe des chanoines réguliers de Saint Augustin qui relèvent de l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune. Il fonde aussi l'ordre des chevaliers de Saint Maurice, qui prendra plus tard le nom des Saints Maurice et Lazare.

    Le site de Ripaille est agrandi et modernisé. C'est un ensemble monumental qui comprend, outre le prieuré, un palais agrémenté de sept tours, un parc splendide et un port bien défendu avec des galères. Selon le chroniqueur, « si la demeure d'Amédée n'était pas indigne d'un roi ou d'un pape, celles de ses compagnons auraient pu être offertes à des cardinaux ».

    Certains esprits forts ne manquent pas de suggérer qu'à défaut de la compagnie des femmes, l'on y fait bonne chère et mène grand train. Un adage du temps affirme d'ailleurs : « facere ripaliam, hoc est indulgere ventri » (faire ripaille, c'est soigner son ventre). De là nous vient l'expression populaire : « faire ripaille », synonyme de faire bombance.

     

    Le pape Félix V (également duc de Savoie sous le nom d'Amédée VIII) se réconcilie avec Nicolas V (

    La tiare pontificale, consécration suprême

    Le 7 novembre 1434, le duc de 51 ans, au faîte de sa gloire et de ses succès, convoque sa cour et sa parentèle à Ripaille pour leur annoncer qu'il se retire dans son prieuré. Il laisse le pouvoir à son fils Louis, comte de Genève, sans abdiquer toutefois.

    Son autorité morale ne fait que s'accroître et lorsque le pape Eugène IV vient à déplaire au Sacré Collège, les cardinaux, qui souhaitent se réunir en conclave à Bâle, s'arrêtent pour se refaire une santé... à Ripaille.

    Ne vont-ils pas soudain s'aviser que leur hôte - en odeur de sainteté - pourrait bien être de taille à réconcilier la chrétienté déchirée par le Grand schisme d'Occident ?

    Et voici notre grand homme élu pape. Il n'accepte la charge qu'après beaucoup d'hésitations, le 15 février 1440, et prend le nom de Félix V. Il est intronisé le 23 juillet 1440 dans la cathédrale de Lausanne.

    Il prend Enée Piccolimini comme secrétaire, lequel deviendra Pie II. Las, Eugène IV s'accroche à la tiare. Le nouveau duc Louis Ier poursuit des chimères en Orient d'où son épouse, la séduisante Anne de Chypre, rapportera le Saint Suaire à Chambéry. Selon un chroniqueur, « elle est une femme incapable d'obéir unie à un homme incapable de commander ».

    Coup de théâtre en avril 1449. Félix V, désabusé par les intrigues du Saint Collège et désormais tourné vers son salut éternel, abdique son pontificat en la cathédrale de Lausanne.

    Avec le renoncement volontaire du dernier des « antipapes », c'en est bien fini du Grand Schisme d'Occident qui a déchiré et affaibli l'Église catholique pendant près d'un siècle.

    Le pape Nicolas V, décidément bon prince, nomme son rival... évêque de Genève, légat pontifical et cardinal du Sacré Collège. Amédée meurt en 1451, respecté de tous bien qu'antipape !

     

    Éphéméride du Jour 5:  30 octobre 1439 - Le duc Amédée VIII devient pape

     

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    24 octobre 1648

    Les traités de Westphalie

     

    www.herodote.net

     

    Le 24 octobre 1648 sont publiés les traités négociés dans les semaines précédentes en Westphalie (province occidentale de l'Allemagne).

    Ces traités mettent fin à l'interminable guerre de Trente Ans qui a saigné à blanc l'Allemagne. Ils se soldent par l'émiettement politique de celle-ci. Les deux grands vainqueurs du conflit sont la Suède, devenue la principale puissance de la mer Baltique, et la France, son alliée, désormais sans rivale en Europe occidentale.

    Alban Dignat
     
     

     
    Une première diplomatique

    La conférence réunie en Westphalie à la fin de l'été 1648 a un caractère inédit sinon révolutionnaire. C'est en effet la première fois que se retrouvent autour d'une table de négociation les grands États d'Europe. Et c'est la première fois aussi que sont définies les relations entre les États dans le respect de la souveraineté de chacun.

    Il n'est plus question comme au Moyen Âge d'une chrétienté occidentale unie autour d'une foi commune sous la haute autorité du souverain pontife. Chaque monarque est désormais maître chez lui, y compris en matière religieuse !

     

    L'Allemagne hors jeu

    Les traités de Westphalie, au nombre de deux, ont été habilement négociés par le chancelier suédois Axel Oxenstierna, qui a poursuivi l'oeuvre engagée par le roi Gustave Adolphe, et le cardinal Mazarin, représentant les intérêts français.

    Le premier est conclu à Osnabrück le 6 août 1648 entre l'empereur d'Allemagne, la Suède et les puissances occidentales, le second à Münster le 8 septembre 1648 entre l'empereur et la France.

    – Émiettement politique

    Traité de paix avec l’Empire, dit traité de Westphalie. Munster, 24 octobre 1648.

     

    Ces traités consacrent l'affaiblissement de l'empereur allemand, titulaire du Saint Empire romain germanique. Issu sans discontinuer depuis deux siècles de la prestigieuse dynastie des Habsbourg, l'empereur ne possède plus qu'une autorité symbolique en Allemagne, émiettée en plus de 350 principautés plus ou moins grandes, jalouses de leur indépendance.

    Les princes allemands peuvent conclure des alliances à la seule réserve qu'elles ne soient pas dirigées contre l'empereur. Tous participent à la Diète de Francfort et l'empereur ne peut plus prendre aucune décision sans l'accord de cette assemblée, ce qui réduit à néant son autorité effective sur les États autres que les siens.

    La Suisse et les Provinces-Unies (Pays-Bas actuels) se voient reconnaître une pleine indépendance, en-dehors de l'empire.

    – Émiettement religieux

    Les traités consacrent également la division religieuse de l'Allemagne instituée un siècle plus tôt par la diète d'Augsbourg. Les princes peuvent imposer leur confession à leurs sujets : catholique, luthérienne ou calviniste, selon le principe : « cujus regio, ejus religio » (tel souverain, telle religion). Le pape Innocent X s'empresse de condamner ce principe mais, signe des temps, aucun gouvernant ne se soucie de son avis.

    La Suède obtient dans les limites du Saint Empire romain germanique la Poméranie occidentale, les évêchés de Wismar et Verden, l'évêché de Brême (sans la ville, qui demeure indépendante).

    La France est confirmée dans la possession des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun, ainsi que de la plus grande partie de l'Alsace, à l'exception notable de Strasbourg que Louis XIV va annexer quelques années plus tard. Dix ans plus tard, en 1659, la paix des Pyrénées et la paix du Nord allaient confirmer sa prépondérance en Europe.

    L'Allemagne et l'Europe après les traités de Westphalie (1648)

    La réorganisation de l'Europe centrale instituée par les traités de Westphalie va perdurer jusqu'à la Révolution française, 150 ans plus tard.
    – D'une part, elle priver l'Allemagne de tout rôle politique en Europe jusqu'à l'arrivée de Bismarck.
    – Mais d'autre part, elle allait favoriser une saine émulation entre les princes, chacun ayant à coeur de favoriser les arts et les lettres pour sa plus grande gloire.

    On peut dire que les beautés de Dresde ainsi que Mozart, Bach, Beethoven ou encore Goethe sont les fruits des traités de Westphalie !

     

    Éphéméride du Jour 5:  24 octobre 1648 - Les traités de Westphalie

     

    Cette carte montre les divisions politiques de l'Europe en 1648, à l'issue des traités de Westphalie qui ont mis fin à la guerre de Trente Ans.

    On peut observer la division de l'Allemagne et de l'Italie en de nombreuses principautés et la survie à l'est du continent d'États vastes mais fragiles.

     

    Éphéméride du Jour 5:  24 octobre 1648 - Les traités de Westphalie

     

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    28 février 1921

    Les marins de Cronstadt contre Lénine

     

     

    Le 28 février 1921 débute la révolte des marins de Cronstadt. C'est l'acte de désespoir des plus passionnés des révolutionnaires bolcheviques, déboussolés par l'évolution du régime de Lénine vers une dictature brutale.

    On peut dire que ce soulèvement et son échec marquent la fin de la période révolutionnaire ouverte en Russie en 1917 par la Révolution démocratique de Février et la Révolution bolchevique d'Octobre.

    André Larané
     

    Les marins de Cronstadt en 1917

     
    Des révolutionnaires déboussolés

    En cet hiver 1920-1921, la situation est tendue à Cronstadt. Les marins de la célèbre base navale russe, en face de Petrograd (Saint-Pétersbourg), ont témoigné plusieurs fois dans les dernières années de leur engagement en faveur de la révolution et du socialisme.

    Soutenus par un solide esprit de corps, ces quelques milliers de marins ont été plusieurs fois requis par Lénine et le chef de l'Armée Rouge, Trotski, pour combattre les contre-révolutionnaires. Ainsi ont-ils été envoyés en première ligne à Kazan, au coeur de la Russie, pour reprendre la ville à la légion tchèque en 1918.

    Mais la guerre civile s'achève le 16 novembre 1920, avec la reddition à Sébastopol de l'« Armée blanche » de Wrangel. La dictature de Lénine et du parti bolchevique perd sa principale justification et les marins de Cronstadt, trois ans après la Révolution d'Octobre, ne la supportent plus.

    Les bolcheviques manipulent à leur guise les conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats (en russe, conseil se dit soviet). Pour se maintenir envers et contre tout au pouvoir, ils multiplient les exécutions sommaires, réquisitionnent les récoltes et réduisent les paysans et les prolétaires des villes à la famine. Les menaces de grève enflent. A Petrograd, les ouvriers, prétendument héros de la Révolution, sont contraints de travailler sous la menace des fusils !

    Aux trois millions de combattants tués au cours de la précédente guerre civile (plus deux millions morts des suites de maladies ou de blessures), il faut ajouter environ cinq millions de paysans et d'ouvriers victimes de la famine et des exécutions sommaires.

    A Cronstadt, les marins sont d'autant plus révoltés que le commandant de la base, Fedor Raskolnikov, affiche le train de vie ostentatoire d'un nouveau riche et illustre l'ascension d'une nouvelle classe de privilégiés.

     

    Une insurrection spontanée

    L'équipage du cuirassé Petropavlosk réclame la réélection des Soviets, la liberté pour les socialistes de gauche (!), le droit pour les paysans et les artisans de travailler librement, à la seule condition de ne pas employer de salariés...

    L'auteur de la résolution, un certain Petritchenko, appelle de ses voeux une troisième révolution après celles de Février et d'Octobre 1917. Il est rejoint par l'équipage du cuirassé Sébastopol, lui-même guidé par un mécanicien du nom de Perepelkine. Le lendemain, la résolution du Petropavlosk est adoptée à Cronstadt au cours d'un meeting qui réunit 12 000 personnes.

    Les représentants des bolcheviques sont emprisonnés et un comité révolutionnaire provisoire présidé par Petritchenko prend le commandement de la ville. Cette « Commune » va durer seize jours.

    A Moscou, Trotski, commissaire à la guerre, demande au futur maréchal Toukhatchevski de réduire la rébellion. Début mars, une première attaque par des soldats à pied se déplaçant sur la surface gelée du golfe de Courlande est repoussée avec succès par les marins. 80% des assaillants périssent sur la glace.

    Une deuxième offensive a lieu quelques jours plus tard avec pas moins de 45 000 soldats soigneusement équipés de tenues d'hiver. L'offensive débute en pleine nuit et se poursuit le jour suivant. Les soldats de l'Armée rouge entrent dans la citadelle et progressent rue après rue. Après la reddition des marins, ils se vengeront de leurs frayeurs dans un bain de sang. Petritchenko et quelques 8 000 marins réussissent toutefois à s'enfuir jusqu'en Finlande, en parcourant une dizaine de kilomètres sur la glace.

     

    Changement de cap

    Lénine comprend que le massacre des marins ne suffira pas à rétablir l'autorité des bolcheviques. Il tire très vite les enseignements de la révolte. Le 21 mars 1921, tandis que sont massacrés les vaincus de Cronstadt, il annonce devant le Congrès de son parti la mise en oeuvre d'une Nouvelle politique économique (NEP) destinée à relancer l'initiative paysanne.

    Dans le même temps, il liquide les derniers partis politiques à l'exception du sien et interdit toute forme de discussion au sein du parti communiste.

     

     

    Éphéméride du Jour 5:  Les marins de Cronstadt contre Lénine - 28 février 1921

     

     

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    27 février 1848

    Ouverture des Ateliers nationaux

     

    Le 27 février 1848, quelques jours après la fuite du roi Louis-Philipe, le gouvernement provisoire de la IIe République décide, à l'initiative de Louis Blanc, d'ouvrir des Ateliers nationaux pour donner du travail aux chômeurs, à Paris et en province.

    Alban Dignat
     

    Ateliers nationaux sur le Champ de Mars (Paris)

    Trop généreuse République

    Le ministre des Travaux Publics Marie ouvre des chantiers dans toutes les grandes villes. Mais très vite, les pouvoirs publics sont débordés. Dès le mois d'avril, plus de cent mille personnes sont prises en charge sans que l'on ait des travaux à leur confier. Certaines escouades sont amenées à creuser des tranchées pour les reboucher ensuite !

    Cette mesure se révèle coûteuse et inefficace. Qui plus est, les chantiers deviennent des foyers d'agitation révolutionnaire.

    La victoire des républicains conservateurs aux élections de l'Assemblée constituante, le 23 avril 1848, amène un durcissement de l'action gouvernementale et la dissolution des Ateliers nationaux le 21 juin 1848. Désespérés, les ouvriers s'insurgent.

    La répression est sanglante. Elle consacre la rupture entre la République et la classe ouvrière...

     

    Victor Hugo dénonce la fainéantise

    Le débat parlementaire du 20 juin 1848 sur les Ateliers nationaux donne au député Victor Hugo l'occasion d'un bel effet de tribune, inattendu dans sa bouche :

    « Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez ôté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. À ceux qui n'avaient connu jusqu'alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue ; vous avez déshabitué les épaules de porter le poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l'aumône. Nous connaissions déjà le désœuvré de l’opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants (...).
    Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, en Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Naples ; mais, jamais Paris ne copiera Constantinople »

     

    Éphéméride du Jour 5:  Ouverture des Ateliers nationaux-27 février 1848 et Cri d'amour dans la Rosenstraße-27 février-6 mars 1943

     

    27 février-6 mars 1943

    Cri d'amour dans la Rosenstraße

     

    Le 27 février 1943, les nazis raflent à Berlin les derniers Juifs de la ville. Il s'agit pour la plupart d'hommes mariés à des femmes de souche « aryenne », autrement dit « de bonne race allemande ». Plusieurs centaines attendent dans un bâtiment de la Rosenstraße d'être déportés dans un camp d'extermination. Mais leurs épouses vont obliger le pouvoir à faire marche arrière.

    Des Allemands face à l'horreur

    À la veille de ce drame, la plupart des Juifs encore présents en Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale ont déjà été déportés dans des camps d'extermination dans le cadre de la Solution finale mise au point par Hitler et ses sbires.

    Seuls ceux mariés à des non-juifs - en allemand, les Mischehen - ont été provisoirement épargnés, ainsi que leurs enfants - les Mischlinge. Ils sont au nombre de 20 000 environ, dont la moitié à Berlin. Dépouillés de l'essentiel de leurs biens et chassés de leur profession, ils sont astreints aux travaux forcés dans des usines de munitions.

    L'administration nazie est gênée dans son oeuvre de mort par les liens affectifs qui rattachent ces juifs aux autres Allemands. Elle s'efforce par tous les moyens de persuader les conjoints non-juifs de demander le divorce et dans ce cas, le conjoint délaissé ne tarde pas à être arrêté et déporté. Mais relativement rares sont les couples qui acceptent ainsi de se séparer.

    Cependant, le 31 janvier 1943, les Allemands essuient à Stalingrad une cuisante défaite et le 13 février 1943, à Berlin, devant une foule hystérique, le ministre de la propagande Joseph Goebbels proclame la « guerre totale ». Pour Hitler, il n'est plus question d'épargner les derniers Juifs allemands. C'est ainsi que le 27 février 1943, la garde personnelle du Führer arrête les Juifs sur leurs lieux de travail par centaines cependant que des hommes de la sinistre Gestapo (la police politique) se rendent à leur domicile et enlèvent leurs enfants.

    Les malheureux sont conduits dans cinq centres de détention au coeur de Berlin. L'un d'eux est situé au 2-4, Rosenstraße (rue des roses). Le bâtiment est à deux pas de la Burgstraße, une rue où se trouve le quartier général de la Gestapo pour les affaires juives.

    Le soir, des épouses constatant l'absence de leur mari se rendent devant le centre de détention. Le lendemain, un dimanche, jour chômé, elles sont plusieurs centaines qui crient devant la façade: « Rendez-nous nos maris ! » Leurs maris, à travers les murs, leur répondent comme ils peuvent. La manifestation se prolonge les jours suivants et même après la tombée de la nuit, malgré un froid glacial. Elle rassemble par moments plusieurs centaines de personnes dont quelques hommes.

    La Gestapo, rapidement alertée, fait intervenir la police. Mais à peine les policiers dispersent-ils le groupe que celui-ci se reconstitue aussitôt. Une brigade SS est appelée à la rescousse. Elle menace de mitrailler les manifestants mais la détermination de ceux-ci ne faiblit pas. Enfin, au bout d'une semaine, Goebbels, de guerre lasse, se résigne à suspendre la rafle des Mischehen. À partir du 6 mars, les détenus du 2-4, Rosenstraße sont autorisés à rejoindre leur famille.

     

    Bibliographie

    Cet épisode peu connu des persécutions antisémites montre que les citoyens allemands pouvaient faire fléchir les nazis et freiner le génocide juif... sous réserve de le vouloir vraiment.

    Il a fait l'objet d'un film remarquable : Rosenstraße

    On peut lire sur la résistance civile au nazisme le livre très bien documenté de Jacques Semelin : Sans armes face à Hitler, la résistance civile en Europe 1939-1943 (préface de Jean-Pierre Azéma, Bibliothèque historique Payot, 1989, 270 pages). De ce livre est tiré le récit ci-dessus.

    André Larané
     
     

    Éphéméride du Jour 5:  Ouverture des Ateliers nationaux-27 février 1848 et Cri d'amour dans la Rosenstraße-27 février-6 mars 1943

     

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    20 février 1846

    La France impose à la Chine un traité de tolérance

     

     

    Le 20 février 1846, le gouvernement français de Louis-Philippe 1er impose à la Chine un édit de tolérance en faveur du christianisme.

    L'édit concédé par le vieil empereur Daoguang autorise la pratique de la religion dans les principaux ports et interdit toute forme de persécution. Il ordonne même la reconstruction des vieilles églises détruites lors des persécutions précédentes. Il s'agit d'un nouvel épisode dans l'histoire en dents de scie des relations entre le monde chinois et le christianisme.

    Alban Dignat
     

     
    Le christianisme en Chine

    Le christianisme s'est acclimaté en Chine dès les premiers siècles de notre ère. Plus tard, au Moyen Âge, des ecclésiastiques ont amorcé des contacts avec la cour impériale mais c'est surtout au XVIIe siècle que ces efforts ont porté leurs fruits grâce aux missionnaires jésuites et en particulier au premier d'entre eux, Matteo Ricci.

    Au siècle suivant, l'étroitesse d'esprit de quelques prélats du Vatican, opposés à tout compromis sur les rites traditionnels chinois, vaut aux Jésuites d'être interdits de prédication et bientôt chassés de la Cour.

     
    Une prédication virulente

    Au XIXe siècle, la Chine des empereurs Qing entre en décadence et accuse un retard croissant sur l'Occident.

    Avec l'appui militaire de leur gouvernement, les hommes d'affaires anglais imposent à l'empereur Daoguang, sur le trône depuis 1820, l'ouverture de plusieurs ports et la liberté de commerce de l'opium.

    Les Occidentaux sont dès lors perçus par les Chinois non plus seulement comme des « barbares » de peu d'importance mais comme des intrus menaçants. Cette mauvaise réputation retombe sur les missionnaires et les communautés chrétiennes, qui s'en trouvent violemment persécutés.

    Le plénipotentiaire du roi Louis-Philippe 1er exige en conséquence du gouvernement impérial un édit pour empêcher ces persécutions. Selon son habitude, celui-ci se soumet dans l'idée de gagner du temps.

    Les persécutions n'en reprendront pas moins au bout de quelques années. Elles fourniront à l'empereur Napoléon III et au gouvernement britannique le prétexte à de nouvelles interventions militaires qui se concluront en 1860 par la mise à sac du Palais d'Eté, à Pékin, et par de nouveaux avantages commerciaux pour les « diables roux » !

     

    Éphéméride du Jour 5:  La France impose à la Chine un traité de tolérance - 20 février 1846

     

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