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    8 février 1867

    Naissance de l'Autriche-Hongrie

     

     

    Le 8 février 1867, l'empire autrichien cède la place à une Double Monarchie austro-hongroise. Le nouvel État va perdurer un demi-siècle seulement mais laisser le souvenir d'une civilisation et d'un art de vivre sans pareil.

    Communément appelé Autriche-Hongrie, il se présente comme l'union de deux pays indépendants : l'empire autrichien proprement dit et le royaume de Hongrie. Ces deux États ne sont plus unis que par l'allégeance à un même souverain, François-Joseph 1er.

    Fabienne Manière
    De l'Autriche à l'Autriche-Hongrie (1850-1914)
     
     

    Éphéméride du Jour 5:  Naissance de l'Autriche-Hongrie - 8 février 1867



    À l'issue de la tourmente napoléonienne, la famille des Habsbourg recueille les fruits de six siècles d'effort. Elle se constitue un empire au coeur de l'Europe.

    Cette construction multinationale improbable doit faire face aux nouveaux États-Nations, en premier lieu la Prusse. S'ensuit une tentative de confédération, l'Autriche-Hongrie. Elle durera un demi-siècle...

     

    La montée des Habsbourg

    Francois-Joseph 1er de Habsbourg-Lorraine dans sa jeunesse  (Vienne, 18 août 1830 - 21 novembre 1916)

    La création de l'Autriche-Hongrie est l'aboutissement d'un très long processus historique qui a débuté au XIIIe siècle.

    Il a permis à une famille issue du modeste château des Habsbourg, situé en Suisse, de dominer toute l'Europe centrale par le biais de fructueuses alliances matrimoniales.

    Les Habsbourg ont même régné sur les Pays-Bas ainsi que sur l'Espagne et ses colonies d'outre-mer pendant quelques décennies, au temps de Charles Quint, archiduc d'Autriche, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne !

    Après le règne tourmenté de Charles Quint, ils se recentrent sur leur combat traditionnel contre les Turcs qui menacent Vienne et les peuples chrétiens du bassin du Danube.

    En 1804, devançant une décision du nouvel empereur des Français, Napoléon 1er, François II échange le titre symbolique d'empereur du Saint Empire romain Germanique (ou empereur d'Allemagne) contre celui d'empereur d'Autriche et prend le nom de François 1er.

    Le nouvel empire recouvre les possessions héréditaires d'Europe centrale sur lesquelles les Habsbourg exercent une autorité réelle...

    Heureuse construction ! Un diplomate a pu dire en 1848 que « si l'Autriche n'avait pas existé, il eut fallu l'inventer », indispensable qu'elle était pour servir de protection aux pays danubiens face aux appétits des géants allemand et russe (on a pu vérifier a contrario la justesse de cette affirmation au XXe siècle).

     

    Espoir d'une fédération danubienne

    En 1866, suite à la défaite de Sadowa face à la Prusse, l'empereur François-Joseph 1er renonce à ses dernières prétentions sur l'Allemagne et l'Italie. Il choisit de s'intéresser désormais à ses différents peuples.

    Sous l'influence de sa femme Élisabeth de Wittelsbach (« Sissi »), sensible au charme des nobles hongrois, il transforme ses États en une confédération bicéphale.

    Mais dans cette nouvelle structure, les Autrichiens de langue allemande et les Hongrois se partagent le pouvoir sur le dos des Tchèques et des Slaves du sud.

    Cette faiblesse causera sa perte...

    En attendant, l'unité de l'Empire reste assurée par l'allégeance de tous les sujets à un souverain commun, François-Joseph 1er, et par un ministère d'Empire chargé des affaires communes : Affaires étrangères, finances et guerre, avec une armée commune.

     

    Quelques mois après la signature du compromis, François-Joseph et Élisabeth ceignent à Budapest la couronne de saint Étienne, saint patron et premier roi de la Hongrie.

    La Hongrie devient un royaume indépendant dénommé officiellement Transleithanie d'après une rivière, la Leitha, qui marque la limite entre les deux nouvelles entités.

    Autour de sa capitale, Pest (aujourd'hui Budapest), elle comprend le coeur de la Hongrie historique mais aussi la Croatie, la Transylvanie et la Slovaquie.

    Les habitants de langue magyar (les Hongrois) représentent à peine la moitié de la population de cet ensemble très divers composé aussi de Slaves, d'Allemands, de Roumains, de gitans, de juifs etc... Ils sont redevables à la monarchie des Habsbourg de leur donner la préséance sur les autres minorités.

    Le reste de l'empire autrichien devient la Cisleithanie. Il comprend une majorité d'Allemands autour de Vienne et dans les monts Sudètes du nord de la Bohême, ainsi que de fortes minorités italiennes et slaves (Bohême, Slovénie et région polonaise de Cracovie).

    Il n'a pas de langue officielle, au contraire de la Transleithanie, et toutes les langues de l'empire sont même autorisées au Parlement qui devient de ce fait une attraction théâtrale très prisée !

    La ligne de partage entre Cisleithanie et Transleithanie correspond à peu de choses près à l'ancienne limite du Saint Empire romain germanique, dissous en 1806.

     

    Arrogance des Hongrois

    Gyula Andrassy (8 mars 1823, Vlachovo - 18 février 1890, Volosko)

    Les nobles hongrois, aussi appelés magnats, sont les grands gagnants du compromis austro-hongrois. Ils bénéficient de privilèges et d'exemptions fiscales qui les dissuadent de toute ouverture démocratique en Transleithanie. Ainsi imposent-ils le hongrois comme langue officielle de la Transleithanie et privent-ils les Slaves du droit de vote.

    Oublieux de la défaite de Sadowa, ils poussent l'empereur et roi François-Joseph 1er à se rapprocher de l'Allemagne. Ils voient en effet dans une alliance pangermaniste la meilleure garantie contre les revendications autonomistes des minorités slaves.

    À son homologue autrichien qui lui reproche son attitude vis-à-vis des Slaves, le Premier ministre hongrois Gyula Andrassy lance : « Occupez-vous de vos Slaves, nous nous occuperons des nôtres ».

     

    Gloire et mort de l'Autriche-Hongrie

    Tandis qu'il satisfait les Hongrois, le Compromis offre aux autres minorités l'espoir d'une évolution favorable de leur statut dans le cadre d'une fédération élargie. 

    Les Tchèques, qui se réclament du prestigieux royaume de Bohême, sont les grands perdants de l'affaire mais ils sont aussi conscients de l'avantage d'appartenir à un grand ensemble danubien et placent leurs espoirs dans l'avènement d'une triple monarchie.

    Par sa structure politique très souple, propre à apaiser les tensions internes, l'Autriche-Hongrie est un précurseur de l'Europe actuelle.

     

    Portrait de femme, par Gustav Klimt

    Elle va bénéficier pendant ses cinquante ans d'existence d'un immense rayonnement culturel et d'une expansion économique rapide. Le développement économique est particulièrement visible au début du XXe siècle en Hongrie comme en Bosnie-Herzégovine. 

    De Trieste à Cracovie, toute l'Europe centrale en conserve la nostalgie dans son architecture comme dans son art de vivre.

    Mais la double monarchie va se trouver fragilisée par l'entêtement des nobles hongrois à refuser tout nouveau compromis qui donnerait quelques droits aux Tchèques et aux autres Slaves.

    L'Autriche-Hongrie s'effondrera à l'issue de la Grande Guerre, suite à l'agitation des tchèques Tomas Masaryk et Édouard Benès ainsi qu'aux revendications territoriales de l'Italie et de la Roumanie.

    Invoquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le président américain Woodrow Wilson et le président du Conseil français Georges Clemenceau autoriseront l'éclatement de la  « Mitteleuropa » (Europe centrale en allemand).

    L'auraient-ils voulu qu'ils n'auraient pu empêcher l'éclatement du vieil empire, épuisé par une guerre trop longue, en une myriade de petits États.

    L'Autriche-Hongrie, forte de 50 millions d'habitants, avec une capitale rivale de Paris, Londres ou Berlin, va céder la place à plusieurs États rivaux, arc-boutés sur le mythe de leur identité nationale, linguistique ou ethnique : Autriche, Hongrie, Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie.

    À l'exception de la petite Autriche, tous ces États se caractériseront par une aussi grande hétérogénéité de langues, de cultures et de religions que feu la Double Monarchie.

    Ils tomberont aussi sous des dominations autrement plus brutales que celle des Habsbourg, réalisant par là la prédiction du prince Charles Schwarznberg fait en 1891 à un nationaliste tchèque : « Si vous et les vôtres détestez cet État, que ferez-vous de votre pays, qui est trop petit pour se défendre tout seul? Le donnerez-vous à l'Allemagne? À la Russie? Car vous n'aurez pas d'autre choix si vous abandonnez l'union avec l'Autriche » (*).

    Bibliographie

    On peut lire sur l'Autriche-Hongrie le palpitant ouvrage de François Fejtö : Requiem pour un empire défunt, Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie (Lieu Commun, 1988).

     

    Éphéméride du Jour 5:  Naissance de l'Autriche-Hongrie - 8 février 1867

     

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    Les Zoulous humilient Sa Majesté

     

    Guerrier zoulou

     

    Le 22 janvier 1879, une armée zouloue de 20 000 hommes attaque les Anglais à Isandhlwana, dans la région du Transvaal, en Afrique australe.

    Les assaillants sont les héritiers de la nation guerrière fondée quelques décennies plus tôt par le fameux roi Chaka.

    Trop confiants dans leur supériorité, les Anglais ont négligé de fortifier leur campement. En moins d'une heure, ils perdent dans l'attaque près d'un millier d'hommes (et plus d'officiers qu'à Waterloo !). Les Zoulous en perdent de leur côté 2 000. C'est la plus grande défaite de l'Angleterre en Afrique.

    Son retentissement est immense à Londres et va précipiter la soumission de l'Afrique australe.

     

    L'Ultime Attaque, Zulu Dawn (film de Douglas Hickox, 1979)

    Ambitions britanniques

    Quelques années plus tôt, des diamants ont été découverts dans la région de Kimberley, à la limite de la colonie britannique du Cap, du royaume zoulou et des petites communautés de paysans hollandais (les Boers). Sous la pression des colons et des prospecteurs, le gouverneur du Cap, sir Bartle Frere, veut soumettre l'ensemble de la région et lance un ultimatum au roi zoulou Cetewayo...

    Les Zoulous, au pied de la montagne d'Isandhlwana (ou Isandlwana) se regroupent en unités homogènes, par classe d'âge, avec des sagaies au lieu d'arcs et de javelots. Leur tactique est celle de la « tête de boeuf ». Elle consiste à prendre l'ennemi entre de rapides colonnes latérales avant de l'écraser contre le front du dispositif. Cette attaque frontale avait complètement échoué quarante ans plus tôt à la bataille de la Rivière de sang, face à des troupes britanniques concentrées et dotées d'une puissance de feu efficace. 

    Cette fois, elle réussit au-delà de toute espérance car les Anglais ont malencontreusement étiré leur ligne, de sorte que l'une des cornes zouloues a pu envelopper leur aile tandis que le front de boeuf a submergé le centre.

    Après ce désastre, de violents débats s'ensuivent à Londres entre l'austère William Gladstone, chef de l'opposition libérale (whig), et le Premier ministre conservateur (torie) Benjamin Disraeli, au pouvoir depuis 1874 et farouche partisan des conquêtes coloniales.

    Piqué au vif, le Premier ministre envoie 10 000 hommes en Afrique australe, pour combattre les Zoulous. Après six mois de campagnes meurtrières et une bataille décisive à Kambula, le 29 mars 1879, les Britanniques s'emparent enfin du roi Cetewayo, le 4 juillet 1879. C'est la fin des guerres zouloues... et bientôt la fin de l'Afrique indépendante.

    Les dirigeants européens rivalisent de vitesse pour planter leur drapeau sur les dernières terres insoumises de la planète, malgré une opinion publique majoritairement opposée à ces expéditions coûteuses et vaines. À l'exemple de Benjamin Disraeli, le républicain français Jules Ferry, l'empereur allemand Guillaume 1er et le roi des Belges Léopold II s'appuient sur les aventuriers et les militaires pour achever de soumettre le continent africain.

     

    La bataille d'Isandhlwana, d'après une gravure de l'époque

    Sources

    Les gravures de cette page et les sources documentaires sont tirées de l'excellent ouvrage de Henri Wesseling : Le partage de l'Afrique (1880-1914), Denoël, 1996.

    Alban Dignat

     

    Éphéméride du Jour 5:  Les Zoulous humilient Sa Majesté - 22 janvier 1879

     

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    13 décembre 1981

     

    État de guerre en Pologne

     

     

    À l'aube du 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski proclame l'« état de guerre » en Pologne. La formule désigne la suspension des garanties légales et s'apparente à la loi martiale.

    6000 syndicalistes sont arrêtés, y compris le populaire Lech Walesa. Le syndicat libre Solidarnosc (« Solidarité »), fondé dix-huit mois plus tôt est dissous. L'émotion est immense dans le pays comme en Occident.

    Cette tentative de reprise en main par le pouvoir communiste va en fait accélérer la décomposition du monde soviétique...

    Alban Dignat
     

    Le général Jaruzelski s'apprête à annoncer l'état de guerre à la télévision (13 décembre 1981)

    Derniers coups de griffe

    Le triomphe de Lech Walesa et des grévistes des chantiers navals, après la signature des accords de Gdansk, le 31 août 1980, est de courte durée.

    Solidarnosc, qui réunit l'ensemble des nouveaux syndicats libres, soit dix millions d'adhérents, obtient le 9 novembre 1980 la reconnaissance du gouvernement inféodé à Moscou tout en étant dispensé de faire allégeance au parti communiste.

    Mais le calme ne revient pas pour autant. La milice arrête un responsable de Solidarnosc à Varsovie sous un prétexte fallacieux et des ouvriers d'Ursus, dans la banlieue de Varsovie, se mettent en grève illimitée.

    De l'autre côté de la frontière, les troupes du Pacte de Varsovie multiplie les manoeuvres menaçantes cependant que le chef du parti, Stanislaw Kania, et le ministre de la Défense, le général Jaruzelski, se rendent à Moscou pour s'entretenir avec le tout-puissant maître du Kremlin, Leonid Brejnev.

    Les grèves se multiplient dans le pays et le malaise n'est pas dissipé par l'inauguration consensuelle du monument aux victimes de la répression de 1970, le 15 décembre 1970, à Gdansk.

    Le 20 mars 1981, il est question d'une nouvelle grève générale en réplique à des violences policières commises dans la ville de Bydgoszcz. Lech Walesa, président de Solidarnosc, suspend in extremis le mot d'ordre dans un souci d'apaisement. Mais celui-ci tarde à venir car le gouvernement doit aussi faire face à une situation économique désastreuse et à des pénuries. Il ne sait y répondre que par des augmentations de prix sur les produits alimentaires et par un allongement de la durée de travail des ouvriers.

    Réuni en congrès en septembre, Solidarnosc éprouve la difficulté de défendre les ouvriers contre le régime et, dans le même temps, prendre en considération les intérêts de la nation... L'Église catholique, également très influente, est aussi embarrassée, d'autant qu'elle perd le 28 mai 1981 son chef prestigieux, le cardinal-primat de Pologne Stefan Wyszynski, remplacé par Mgr Jozef Glemp.

    Le 18 octobre 1981, le général Wojciech Jaruzelski évince Stanislaw Kania et prend sa place à la tête du parti. Depuis le 9 février 1981, il assumait déjà la fonction de Premier ministre en sus du ministère de la Défense. Le voilà désormais tout-puissant, avec des pouvoirs quasi-illimités. Sa rencontre avec Monseigneur Glemp et Lech Walesa le 4 novembre ne débouche sur rien.

    C'est ainsi que, dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981, la milice et la police instaurent l'« état de guerre ». Les chars et l'armée bouclent les rues. Lech Walesa est arrêté de même que beaucoup d'autres leaders de l'opposition, intellectuels et syndicalistes. Le syndicat Solidarnosc est suspendu. Le gouvernement ne se prive plus dès lors d'imposer les hausses de prix que refusaient les ouvriers. 

    Le général Jaruzelski assurera plus tard, dans ses Mémoires, avoir agi dans l'intérêt supérieur de la nation, pour dissuader les Soviétiques d'intervenir eux-mêmes. Il est vrai que cette crainte a été très largement partagée dans le pays et en Occident même si elle apparaît a posteriori surestimée compte tenu des difficultés internes de l'URSS et de son embourbement en Afghanistan.

    La mort de Leonid Brejnev le 10 novembre 1982, à 76 ans, et son remplacement à la tête du Parti communiste de l'URSS par Iouri Andropov entraînent la libération de Lech Walesa et sa réintégration (sous surveillance) au chantier naval. La loi martiale est levée en juillet 1983 mais Solidarnosc demeure dans la clandestinité et la répression ne faiblit pas.

    En octobre 1983, Lech Walesa se voit attribuer le Prix Nobel de la Paix. Divine surprise qui le met plus ou moins à l'abri de nouvelles persécutions. Craignant de ne pouvoir revenir dans son pays, il confie à sa femme Danuta le soin d'aller chercher le Prix à Oslo.

     

    Jerzy Popieluszko (14 septembre 1947 - 19 octobre 1984), DR

     L'année suivante, l'un des opposants les plus déterminés au régime a moins de chance : le père Jerzy Popieluszko (37 ans), aumônier de Solidarnosc, est enlevé par la milice le 19 octobre 1984 et longuement battu à mort.

    Lech Walesa met toute son autorité dans la balance pour contenir la colère populaire et obtenir que les assassins du prêtre soient arrêtés et condamnés. Le prêtre martyr sera lui-même plus tard béatifié.

    Laborieusement, l'électricien de Gdansk négocie avec le général-dictateur un compromis destiné à débloquer la société polonaise. Il est enfin convenu au printemps 1989 que Solidarnosc sorte de la clandestinité. La pluralité syndicale et politique est acceptée. La Diète et le Sénat, les deux assemblées législatives, sont élus au suffrage pluraliste avec une réserve de taille : les deux tiers des sièges de la Diète sont réservés au Parti ouvrier unifié polonais (le parti communiste). 

    Cette faille dans le monolithisme communiste va accélérer la déliquescence du bloc soviétique et aboutir quelques mois plus tard, le 9 novembre 1989, à la chute du Mur de Berlin.

    L'épilogue survient le 9 décembre 1990 avec l'élection de l'ancien électricien de Gdansk, Lech Walesa, à la présidence de la République, en remplacement du général Jaruzelski. 

     

    Éphéméride du Jour 5:  État de guerre en Pologne - 13 décembre 1981

     

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    6 décembre 1491

    Charles VIII épouse Anne de Bretagne

     

     

    À l'aube du 6 décembre 1491, dans le château de Langeais, près de Tours, Charles VIII l'Affable épouse la duchesse Anne de Bretagne. Elle a 14 ans et le roi de France 21.

    C'est le début de la fin pour la Bretagne indépendante...

    Marie Desclaux
     

    Mariage de Charles VIII et Anne de Bretagne (gravure, château de Langeais)

    Tumultueuses fiançailles

    Le 19 août 1488, par le traité du Verger, le duc François II a dû promettre au roi de France que sa fille et héritière Anne ne se marierait pas sans son consentement. Et voilà qu'il meurt trois semaines après la signature du traité, le 4 septembre 1488, à 53 ans.

     

    Anne de Bretagne (portrait extrait de ses Grandes Heures, livre de prière, par Jean Bourdichon, vers 1500-1508)

    Née à Nantes le 25 janvier 1477, la petite duchesse a onze ans seulement quand elle succède à son père à la tête du duché.

    Bien qu'affectée d'un boîtement de la jambe droite, elle devient l'objet des convoitises des princes les plus puissants d'Europe car de son futur mariage dépend le sort de la Bretagne.

    Les seigneurs bretons, soucieux de leur indépendance, craignent plus que tout le roi de France, trop proche. En 1490, ils prient Anne d'épouser par procuration le futur empereur d'Allemagne Maximilien 1er de Habsbourg (31 ans).

    Faute de pouvoir se rendre à Rennes, Maximilien délègue l'un de ses compagnons, le maréchal Wolfang von Polheim. Selon la coutume, celui-ci glisse sa jambe nue dans le lit de la fillette pour valider l'union par procuration.

    Le roi de France Charles VIII n'ayant pas été consulté, il s'agit d'une violation caractérisée du traité du Verger, d'autant plus inacceptable pour la France qu'elle menace celle-ci d'un encerclement par les domaines des Habsbourg.

    Ruptures de contrat

    Le roi Charles VIII, piqué au vif, marche sur le duché à la tête de ses troupes. Après la prise de Nantes et le siège de Rennes, Anne comprend qu'elle ne peut pas compter sur le soutien de son lointain mari, d'autant que celui-ci est occupé à combattre les Turcs.

    La jeune duchesse se résigne donc à épouser Charles VIII. Le roi de France, qui avait été fiancé 7 ans plus tôt à une fillette de 3 ans, n'a pas de scrupule à renvoyer sa promise, Marguerite d'Autriche, chez son père qui n'est autre que Maximilien !

     

    Mariage en catimini

    Comme le roi ne veut pas heurter inutilement la susceptibilité du fiancé éconduit ni risquer un enlèvement d'Anne, c'est en catimini que les futurs époux se retrouvent à Langeais, non loin de la frontière entre le royaume et le duché.

    Le château appartient à la famille de Dunois, un ancien compagnon de Jeanne d'Arc. Dans la nuit, les compagnons du roi vont quérir un notaire dans la ville voisine et les deux conjoints se font une mutuelle donation sur le duché, en présence d'une assistance triée sur le volet, incluant le diplomate Jean d'Amboise et bien sûr Anne de Beaujeu, soeur aînée du roi et régente du royaume.

     

    Il reste encore une petite formalité : l'annulation du mariage d'Anne et Maximilien ! Le pape se résigne à la signer (et à l'antidater) trois mois après la cérémonie de Langeais.

    Ainsi la Bretagne rentre-t-elle dans le giron capétien. Elle deviendra formellement française à la génération suivante, en 1532, quand les états généraux de Vannes approuveront le rattachement du duché au royaume de France tout en préservant leurs privilèges ainsi que l'autonomie judiciaire et fiscale du duché.

     

    Éphéméride du Jour 5:  Charles VIII épouse Anne de Bretagne - 6 décembre 1491

     

     

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    5 décembre 1360

    Naissance du franc

     

    Le 5 décembre 1360, à Compiègne, le roi Jean II crée une nouvelle monnaie, le «franc», de même valeur que la monnaie existante, la livre tournois.

    La fille du roi mariée contre rançon
     

    Portrait de JeanIIle Bon (musée du Louvre)

    Jean II le Bon (c'est-à-dire le Brave) a été fait prisonnier à la bataille de Poitiers. Il a subi une longue captivité en Angleterre et son geôlier, le roi anglais Édouard III, lui a réclamé une énorme rançon, environ trois millions de livres tournois, soit 12,5 tonnes d'or. 

    Le royaume est ruiné et pour obtenir une partie de la rançon, Jean accepte une mésalliance avec le riche duc de Milan, Galéas Visconti. À ce marchand de médiocre extraction, il «vend» sa fille Isabelle contre 600.000 livres.

    Édouard III accepte de libérer son prisonnier après un premier versement de 400.000 livres. Mais le roi de France doit s'engager à verser le reste et pour cela n'hésite pas à endetter son pays. C'est ainsi que, sur le chemin du retour, à Compiègne, il prend trois ordonnances. Il crée en premier lieu de nouvelles taxes et généralise l'impôt sur le sel, la gabelle. Le sel est un complément alimentaire vital et, qui plus est, en l'absence de réfrigérateur, il est, au Moyen Âge, indispensable à la conservation des viandes (les salaisons). La gabelle va devenir de ce fait incontournable et très impopulaire.

    Le franc, rival du florin

    Pour faciliter le règlement de sa rançon, le roi crée en second lieu le «franc». La nouvelle pièce commémore sa libération comme l'indique son appellation (franc et affranchissement sont synonymes de libre et libération). «Nous avons été délivré à plein de prison et sommes franc et délivré à toujours», rappelle le roi dans son ordonnance. «Nous avons ordonné et ordonnons que le Denier d'Or fin que nous faisons faire à présent et entendons à faire continuer sera appelé Franc d'Or».

    Le premier franc

    Le franc à cheval


    Le franc de 1360 est en or fin de 3,88 grammes. Il vient en complément de l'écu d'or qu'a introduit Saint Louis au siècle précédent, et de la livre tournois en argent. Il vaut une livre ou vingt sous tournois.

    Le premier franc représente le roi à cheval avec la légende «Johannes Dei GratiaFrancorum Rex». Une version ultérieure du franc, en 1365, représentera le roi à pied (le «franc à pied»).

    Jean II le Bon et son fils, le futur Charles V suivent en matière monétaire les recommandations de leur conseiller Nicolas Oresme. Dans son Traité des Monnaies (1370), ce clerc, philosophe et traducteur d'Aristote, prône une monnaie stable, garante de la puissance du souverain, capable de rivaliser sur les marchés avec le prestigieux florin de Florence, qui domine l'Europe depuis déjà un siècle.

    Rappelons qu'au Moyen Âge, les pièces de monnaie tirent leur valeur de leur poids en métal précieux (or ou argent). Les pièces de différents pays peuvent circuler côte à côte sur les marchés, leur attrait dépendant de la confiance que le public accorde à l'émetteur. Si celui-ci est suspect de tricher sur la quantité de métal précieux ou de laisser faire les faux-monnayeurs, sa monnaie tendra à être rejetée par le public et dévalorisée à son détriment.

    Une rançon pour rien

    Tandis que les Français s'échinent à payer au roi anglais la rançon pour la libération de son souverain, celui-ci revient en Angleterre comme prisonnier volontaire pour laver l'honneur d'un otage français qui s'était enfui sous prétexte d'un pèlerinage, son propre fils, Louis d'Anjou, pressé de rejoindre sa jeune épouse.

    «Vous avez blêmi l'honneur de votre lignage», lance le roi à son trop malin rejeton. C'est en prison que meurt Jean II le Bon, le 8 avril 1364... De mauvaises langues susurrent que c'est moins l'honneur que le souvenir d'une belle Anglaise qui l'a ramené dans sa confortable prison.

    Vicissitudes du franc

    La France, du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, se montre attachée au bimétallisme : pièces principales en or et subdivisions en argent.

    Le franc poursuit une carrière à éclipses. La pièce de Jean II le Bon et de Charles V est frappée jusqu'en 1385. Une pièce du même nom mais en argent reparaît brièvement en 1576 sous le règne du roi Henri III. À partir de Louis XIII, le franc n'est plus qu'une unité de compte. Il disparaît au profit de la livre, elle-même divisée en 20 sous ou 240 deniers. Mais dans le langage courant, on continue de parler de franc plutôt que de livre.

    Le financier John Law (National Portrait Gallery, Londres)

    Au XVIIIe siècle, on tente à deux reprises d'introduire des billets en sus des pièces, les billets étant gagés sur des richesses réelles ou à venir.

    Ce sont les ressources de la colonie de Louisiane dans le premier cas (expérience de John Law, sous la Régence, en 1716-1720) et les biens enlevés au clergé et aux émigrés dans le second cas (création des assignats par l'Assemblée Nationale, au début de la Révolution, en décembre 1789). 

    Dans l'un et l'autre cas, les pouvoirs publics ne résistent pas à la tentation d'imprimer plus de billets qu'ils n'ont de richesses en gage.

     

    Un assignat de la Révolution

    Ces billets sans contrepartie sont très vite rejetés par le public et l'on en revient à chaque fois aux pièces d'or ou d'argent.

    Les pièces en franc sont remises à l'honneur par la Convention, sous la Révolution.

    Une loi du 7 avril 1795, confirmée le 15 août 1795, fait du franc l'unité monétaire de la France, en remplacement de la livre. La nouvelle unité monétaire, très simple d'emploi avec ses décimes, ses centimes et ses millimes, est immédiatement adoptée.

    Le Premier Consul Napoléon Bonaparte lui donne une base stable par la loi du 7 Germinal an XI (27 mars 1803) qui définit la nouvelle pièce de 1 Franc par «5 grammes d'argent au titre de neuf dixièmes de fin». Une  pièce en or de 20 francs est également créée sous le nom de Napoléon.

    Bonaparte institue une Banque de France pour soutenir la nouvelle monnaie et développer la monnaie scripturale.

    Le «franc germinal» va traverser avec succès le XIXe siècle, ses changements de régime et même la défaite de 1870. Respectueux de la monnaie nationale, les insurgés de la Commune épargnent le stock d'or de la Monnaie. Sa stabilité vaut même au franc germinal d'être adopté comme référence commune par de nombreux pays au sein de l'Union latine.

    Dévalué après la Grande Guerre de 1914-1918, le franc germinal est remplacé par un franc au rabais, le «franc Poincaré», en 1928.

    Le franc a perduré comme monnaie de référence de la France jusqu'au 31 décembre 2001, dernier jour avant l'euro. Il subsiste dans les anciennes colonies françaises d'Afrique et du Pacifique ainsi qu'en Suisse (vestige de l'Union latine).

    Bibliographie

    On peut lire l'excellent ouvrage de vulgarisation, très complet, de Georges Valance : Histoire du franc, 1360-2002(Flammarion, 1996).

    André Larané

     

    Éphéméride du Jour 5:  Naissance du franc - 5 décembre 1360

     

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