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    Le mât de cocagne et la grotte de la place d’Armes

     

     

    jeudi 24 avril 2014, par Michel Carcenac

     

     

    La place d’Armes à Belvès présente trois points forts : la halle, le beffroi et l’arbre de la Liberté.

    Devant l’épicerie Bouyssonnet, Zéphyrin et Elina sont dans la Darracq 230 B et devant eux cinq garçons courent vers le photographe.

    Derrière les tilleuls, le café Brousse est encore là, il ne cèdera la place à la pharmacie Laporte qu’en 1906. Aucune trace d’éclairage électrique, sur la droite un réverbère à pétrole, nous sommes avant 1904.

    Sur la face sud du beffroi, on a installé un pigeonnier, comme si les pigeons ne venaient pas tout seuls coloniser les clochers. A moins que ce ne soit pour attraper plus facilement les jeunes et les manger.

    Le beffroi est lézardé de haut en bas, ce n’est pas grave, il a tenu neuf cents ans et il tiendra bien un siècle de plus.

    L’ormeau de la place d’Armes a été planté en 1848, comme tous les arbres de la Liberté. Mais les Belvésois n’avaient pas attendu cette date pour planter leur arbre de la Liberté, au même endroit. En feuilletant les archives municipales, mon ami Henri Delluc avait découvert que le 1er germinal de l’an II de la République une et indivisible, la municipalité avait décidé de planter un « arbre de la Régénération… avec ses racines. »

    A une heure de l’après-midi, la municipalité, à laquelle s’était joints les membres du comité de subsistance et les juges de paix, s’est rendue au comité révolutionnaire précédée de la garde nationale et des volontaires en chantant des couplets patriotiques. « Enfin, toutes les autorités se sont rendues, en se tenant deux à deux par le bras, sur la place où l’arbre a été planté. Plusieurs discours y ont été prononcés, dépeignant avec énergie la haine des tyrans et de l’esclavage, l’amour de la liberté et de l’égalité. Exécration aux prêtres, aux nobles et aux aristocrates, a-t-il été répété plusieurs fois. »

    Pour terminer, « toutes les autorités se sont données le baiser fraternel et le peuple s’est mêlé à leurs embrassements. Il a été pris le serment qu’on périrait tous ensemble autour de l’arbre qu’on venait de planter, plutôt que de le laisser souiller par des esclaves. »

    A la plantation, cet arbre s’appelle donc : arbre de la Régénération, expression difficile à prononcer. Il deviendra très vite : arbre de la Liberté.

    Malgré les nombreuses lettres de dénonciation arrivant à la mairie, la vermine n’avait pas été complètement extirpée. Il y avait des opposants à Belvès, des terroristes, disait-on, puisque, un an plus tard, l’assemblée siégeant toujours en permanence, constate « l’abattement et le brûlement de l’arbre de la Liberté », ainsi que des désordres commis à Belvès et les menaces faites à la municipalité, à tel point que l’on fait venir trente gendarmes de Monpazier, qu’il faut nourrir, ainsi que leurs chevaux. Le procureur syndic a pesé le foin entreposé dans la ci-devant église des Jacobins et en a délivré au lieutenant de gendarmerie Chansard cinq quintaux huit livres et pour les hommes quarante-six livres et demie de pain.

     

    En 1907, un effondrement causé par une charrette permet de redécouvrir “ la grotte ” de Belvès. Antoine habitant juste en face est un des premiers à y descendre pour faire cette photographie :

    Dans cette cave, la plus spacieuse, on remarque les restes d’un pressoir à huile. Posée sur l’évier, une cruche du XVIIe siècle présente un bec pincé et un début de céramique au plomb sur sa partie antérieure.

    Un « calel » (ancienne lampe à huile du sud ouest) est suspendu au-dessus de l’évier. Cet évier n’a aucune alimentation évidente en eau mais, par temps de pluie, l’eau qui sourd à travers le plafond devait être recueillie par une gouttière.

    Ces caves ont été creusées par l’eau il y des millions d’année. Les hommes les ont aménagées au XIIIe siècle, semble-t-il. Elles servaient d’abris à de pauvres gens, surtout ouvriers vignerons, d’après les indices retrouvés.

     

    Le mât de cocagne est dressé sur la place d’Armes à l’occasion de la fête de septembre.

    Il est soigneusement enduit de suif et il est difficile de l’escalader pour décrocher le linge fixé sur le cercle

    Ce ne sont pas les petits garçons en col marin et canotier qui vont tenter l’escalade. Ils risqueraient une sévère correction !

     

    Découvrir Le Périgord d’Antoine Carcenac  : (photographies 1899 - 1920).

     

    Généalogie:  Le mât de cocagne et la grotte de la place d’Armes

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    Guiche ou Kiste ? Deux noms pour une famille

     


    jeudi 24 avril 2014, par Henri-Claude Martinet
     

    Expliquer à l’enfant que j’étais que sa grand-mère Hélène avait pour nom de jeune fille tantôt KISTE tantôt GUICHE, était pratiquement impossible, d’autant que, pour toute réponse, il s’entendait dire : « Parce que c’est comme ça. » Mystère qui se renforça encore lors de sa mort : Officiellement, elle était morte KISTE, mais sur sa tombe est inscrit : « née GUICHE » !

    Ma curiosité pour élucider cette ambiguïté fut une des motivations majeures pour entreprendre des recherches généalogiques, recherches facilitées par le fait que cette branche ne se déplaça que de quelques kilomètres en environ deux siècles. Mais, dans mon cas, chaque kilomètre a son importance !

     

    I. « Déserteur à Valmy »

    Très rapidement, je fus confronté à un événement insolite : l’origine de cette branche familiale. Dans l’acte de mariage de Samuel GUISCH, origine de cette lignée, il est noté « déserteur à Valmy » ! Ma surprise n’avait d’égal que ma curiosité. Mon père avait donc, en partie, raison lorsqu’un jour, il affirma incidemment que nous avions des ancêtres autrichiens !

    Aussitôt, le désir d’en savoir plus, me poussa à faire, certes des recherches généalogiques pour reconstituer cette branche de mon arbre, mais aussi et surtout à me plonger dans l’histoire de cette époque.

    C’est dans la Marne, plus exactement à Esclavolles-Lurey que se trouve la première mention de cet ancêtre déserteur. Sur la liste des déserteurs étrangers établie le 6 Fructidor An 2 (23 août 1794) par le Comité de Salut Public de la Marne qui effectuait la répartition dans les six districts du département des déserteurs nouvellement arrivés, est fait mention pour la commune d’Esclavolles de trois déserteurs [1] :

    Alexandre MALDONSamuel GUISCHMarc SMILIANISCH.

     

    Étant entendu que l’écriture des noms n’est rien d’autre que la transcription phonétique de ce que l’agent français avait compris, dans la mesure où aucun des trois ne parlait français, ni ne savait lire et écrire.

    C’est, donc, ce 23 août 1794 que mon ancêtre Samuel GUISCH arriva dans la Marne pour s’y installer et, en se mariant, fonder cette branche dont ma grand-mère Hélène sera la dernière représentante.

    Pour connaître l’existence que mena Samuel GUISCH en sa qualité de Déserteur étranger, je vous renvoie à un article précédent consacré au destin de ces combattants ennemis durant la Révolution française et qui firent le choix de rester en France et de devenir Français.

    Tout semble concourir à ce que la bataille de Valmy, le 20 septembre 1792, soit l’élément central de cette évasion. Qu’il se soit enfuit le jour même n’est pas certain, mais plus sûrement dans les jours autour de cette date, peut-être lors de la retraite des troupes ennemies, alors qu’elles étaient encore en Champagne.

    Fort probablement, faisait-il partie de ces combattants austro-hongrois affaiblis par la maladie, la famine et la pluie et au lieu de suivre son régiment dans sa retraite, il décida de déserter et échapper ainsi à cette « procession lugubre, qui laissait des hommes sur tous les chemins ».

    Michelet dans son Histoire de la Révolution Française décrit les causes principales de ces évasions :

    D’abord les conditions climatiques :

    « Une pluie constante, infatigable, tombait sur les Prussiens, les mouillait à fond. (.....) Ils trouvèrent déjà la boue en Lorraine ; vers Metz et Verdun, la terre commençait à se détremper ; et enfin en Champagne leur apparut une véritable fondrière, où le pied, enfonçant dans un profond mortier de craie, semblait partout pris au piège ».

    Ajouté à cela la famine. Pour y résister, il ne leur restait plus que « les raisins verts »  [2], ce qui provoqua dans leurs rangs plus de 25 000 malades de la dysenterie.

    Pour beaucoup, le désespoir était si grand que, pour échapper à cet enfer, ils n’avaient plus que deux solutions : soit être fait prisonniers de guerre, comme ces 26 Prussiens qu’un homme seul ramena au village du Fresne dans la Marne en leur promettant de la nourriture, soit déserter pour tenter de subvenir à leurs besoins par leurs propres moyens, les désertions des soldats étrangers ayant commencé dès l’entrée des troupes austro-hongroises sur le territoire français.

    C’était, par exemple, le maire de Sommepy, petite commune proche de Valmy qui informait le district de Sainte-Menehould dès le 15 août 1793, c’est-à-dire une semaine avant Valmy, de l’arrestation de « six soldats et une femme avec eux [3] se disant hollandais et déserteurs des troupes de nos ennemis, (...) et en nous disant (...) qu’ils ne savaient où ils étaient, et se croyant perdu dans ce pays-ci, et nous ont promis de vouloir servir la république, mais non pas pour aller du côté où ils deviennent, mais partout ailleurs, (ils) le feraient volontiers » [4].

    Ce phénomène de désertion était d’autant plus fréquent que tous ces simples soldats ne s’étaient trouvés embarqués dans cette campagne que contraints et forcés. 
    Ce fut donc cette solution que choisit, lui aussi, Samuel GUISCH pour devenir alors officiellement : « Déserteur étranger qui est passé des troupes ennemies sur le territoire de la République », car en réalité, rien ou pas grand-chose ne le retenait dans son pays d’origine.

    II. Vivre dans le Banat

     

    Mais d’où était-il originaire ? 
    Lors de son mariage le 26 Ventôse An 3 (16 mars 1795) à Conflans-sur-Seine, l’on trouve quelques indications sur ses origines : il y est enregistré comme « déserteur en France du pays d’Hongrie », né le 4 juin 1771 à Thermestate en Hongrie. Thermestat(e), ou selon les actes Themestat, voire Thermestache, n’existant pas, ce doit être la traduction phonétique approximative de la ville de Temeswar ou Temeschwar en fonction de la prononciation (le s pouvant être prononcé « sch » [5]), dans la province du Banat, le Temescher Banat, alors partie intégrante de la Hongrie, une traduction littérale de cette désignation étant alors : la ville sur la Temes, fleuve proche de Temeswar, aujourd’hui Timisoara en Roumanie.

    Pourquoi est-ce que Samuel GUISCH a pris cette décision irrévocable durant la campagne de Valmy ? Pourquoi a-t-il décidé de rester à Esclavolles-Lurey au lieu de faire comme beaucoup d’autres déserteurs étrangers, fuir à nouveau, comme par exemple ses deux compagnons d’infortune le feront plus tard et tenter de rentrer dans son pays natal ?

    Pour avoir une idée des motivations qui ont pu le pousser à tourner à tout jamais le dos à son pays natal, un retour sur sa vie antérieure est nécessaire pour imaginer l’existence qu’il y avait menée et qui l’attendait à son retour à Temeswar, ou plutôt dans la campagne du Banat dont Temeswar en était le centre économique et politique, car selon toute vraisemblance, son père étant laboureur, il était d’origine paysanne.

    Libérée du joug turc par les Autrichiens en 1716, cette région devint le Temescher Banat et fut mise sous l’autorité directe de la Monarchie des Habsbourg, puis en 1778, son administration passa aux mains de la Hongrie, qui la transforma alors en Comté de Temeswar.
    La menace que constituait toujours les Turcs, poussa les Autrichiens à organiser militairement la province en créant un régiment d’infanterie basé à Temeswar complété par douze compagnies réparties dans tout le Banat dans lesquels les militaires étaient renforcés par des paysans-soldats qui assurèrent jusqu’à la fin du siècle la sécurité intérieure de leur province, les derniers combats contre les Turcs s’étant produits en 1791.

    Cette organisation militaire de la région, basée sur la conscription, s’adressait essentiellement aux couches populaires et avait pour but de constituer une force militaire. Le « Temeser Comitat », ainsi constitué, était rattachés au 37° Régiment d’Infanterie basé en Hongrie dans la province du Bihar et avait une fonction de troupes supplétives. Et ainsi, ces paysans-soldats restaient tout au long de leur vie sous la juridiction militaire, pouvant à tout moment être rappelés pour partir au combat, c’est-à-dire qu’avant même d’être paysan, artisan, etc., ils étaient d’abord soldats.

    Ajouté à cela des conditions d’existences extrêmement précaires : 
    La région laissée par les Turcs n’était alors qu’un pays marécageux insalubre où, depuis le Moyen-Âge, rien n’avait été vraiment entrepris pour améliorer les conditions de vie. La population très clairsemée ne survivait que très difficilement aux famines, aux maladies et aux épidémies, comme le paludisme, le choléra, la peste, et autres, le fleuve, la Bega qui traversait Temeswar n’étant rien d’autre qu’un cloaque pestilentiel.

    Les colons, Souabes et Lorrains en particulier, incités par l’Empereur d’Autriche à repeupler les campagnes, étaient soumis à un tel combat que le Banat devenait « une véritable fosse commune pour les Allemands », car « chaque pied de terre devait être fertilisé par la sueur et le sang allemands » ; misère et dur combat quotidien qui se trouvent illustrés par ce poème :

    Voici le Banat.Il est trop tard pour celui qui regrette.Celui qui ne peut pas travailler comme un bœuf,Manger comme un cochon,Aboyer comme un chien,Celui-là ne sera jamais en bonne santé dans le Banat !

    C’est cette existence misérable que menèrent les parents de Samuel GUISCH et qu’il découvrit lui-même dès sa naissance en 1771, car si, en 1767, le régime des corvées fut assoupli, il faudra attendre 1781 pour que l’Empereur Joseph II. décide l’abolition du servage et 1789, celle des corvées !

    Et lorsque qu’au début de l’été 1792, débutèrent les opérations militaires contre la France, Samuel KISTE, alors âgé de 21 ans et sans grande perspective d’avenir, fut intégré au 37° Régiment d’Infanterie hongrois, et participa à l’offensive menée par le Duc de Brunswick, offensive qui fut stoppée à Valmy le 20 septembre 1792 par les volontaires défendant « la Patrie en danger ».

    Il est fort probable qu’il ne quitta pas seul son pays, car à la même époque, un certain Christian GUICHE, âgé de 25 ans, hussard stationné à Lucosse (Lugoj), ville à proximité de Temeswar, participa, lui aussi, à la campagne contre la France. L’âge et la concordance des lieux, pourraient laisser supposer que, s’ils n’étaient frères, ils appartenaient pour le moins à la même famille.

    III. Samuel GUISCH, déserteur étranger à Esclavolles-Lurey

    Dans la mesure où le déserteur Samuel GUISCH mena une vie en tous points semblable à celle de milliers d’autres, il est possible de reconstituer le périple accompli par cet homme depuis son évasion des troupes hongroises en France jusqu’à son installation définitive à Esclavolles-Lurey.

    Samuel GUISCH, réquisitionné durant le printemps de l’année 1792 avec tout son régiment de supplétifs du Comté de Temes, quitta à tout jamais son Banat natal et sa famille pour rejoindre le 37° Régiment d’Infanterie à Bihar en Hongrie et participer à la campagne militaire contre la France.

    Participant aux combats contre les troupes révolutionnaires, il déserta à une date située entre juillet et novembre 1792. Errant dans la campagne française, à la recherche de nourriture et sans trop savoir où il était, il fut « accueilli » soit par des soldats français, soit par des citoyens. Probablement reçut-il la « cocarde aux trois couleurs » en signe d’amitié et de fraternité conformément à la loi du 3 août 1789.

    Ne parlant ni ne comprenant le français, il dut répondre par l’affirmative à leurs questions et plus particulièrement lorsqu’on lui demanda, comme cela était habituel, s’il voulait servir la république. Il fut alors enrôlé dans l’Armée révolutionnaire stationnée à l’endroit où il se trouvait : soit l’Armée du Nord, soit l’Armée des Ardennes et ainsi devint-il « Déserteur étranger ».

    Comme décrit dans l’article cité en référence, être déserteur étranger était, du moins au début, une situation bénéfique reconnue officiellement par la Nation française, car dès avant l’entrée en guerre contre les armées ennemies sur le territoire national, l’Assemblée Législative avait édictée toute une législation qui définissait les droits et devoirs de ces hommes, et donnée des instructions aux autorités locales pour les accueillir.

    Devenu déserteur, il dut comparaître devant le maire et les officiers municipaux de la commune où il avait été conduit. Il y prononça la formule « je le jure » pour devenir Citoyen français et ensuite, il se présenta devant le Conseil Général de ce district pour se voir remettre la gratification de 50 livres et un certificat de pension. C’était, pour lui, l’assurance d’un certain confort matériel, mais aussi l’assurance d’une certaine liberté, avec, cependant, en contrepartie, l’obligation de s’engager ou de rester dans les troupes révolutionnaires, car, en fait, c’était la seule véritable alternative qu’on lui laissait. Et ainsi, sans tellement comprendre ce qui lui arrivait, il se retrouva dans un régiment français, avec face à lui, les troupes austro-prussiennes. A-t-il eu à les combattre ?

    Quoiqu’il en soit, sa nouvelle situation de déserteur étranger-citoyen français lui procura durant les années 1792-1793 des avantages qui lui permirent de subvenir à ses besoins matériels essentiels et à jouir d’une liberté jusque-là inconnue. Il mena, durant cette époque, une existence bien meilleure à celle qu’il avait connue auparavant dans le Banat.

    Mais, à partir du 6 septembre 1793, ses conditions d’existence commencèrent brusquement à se dégrader, dégradation qui, avec le temps, s’accentua.
    Le 6 septembre, il fut mis un terme à sa liberté, et comme les autres, il dut se retrouver sous bonne garde « en état d’arrestation » au sein de sa garnison, et il perdit, du même coup, pension et gratification, pour ne conserver que sa solde de soldat.
    De même, il ne pouvait plus circuler sans être muni de son « Billet de garantie », sous peine d’être mis en état d’arrestation « jusqu’à la paix » !

     

    Puis, avec le décret du 12 Frimaire An 2 (2 décembre 1793), le changement fut plus radical encore. Les dispositions prises alors par la Convention Nationale transformaient profondément l’attitude de la République envers les déserteurs étrangers, donc indirectement envers Samuel GUISCH. Il lui était maintenant interdit de « servir dans les Armées de la République ».

    Intégré au sein de l’Armée Sambre et Meuse, créée entre-temps à partir de l’Armée du Nord et celle des Ardennes, il devait alors se trouver en Belgique, fort probablement à Vedette Républicaine, nom révolutionnaire de Philippeville où son armée était stationnée.
    Désarmé et mis sous surveillance au sein de son régiment, il fut envoyé sous bonne escorte à Libreville, nom donné quelque temps à Charleville, centre de regroupement des déserteurs dans l’Armée de Sambre-et-Meuse.

    Chaque jour, arrivaient, dans ce centre, des groupes d’environ une dizaine de déserteurs.
    Regroupés à Libreville, le Commissaire chargé d’effectuer la répartition des déserteurs étrangers, les répartissait entre les 7 départements attribués à cette armée : Marne, Meuse, Aube, Haute-Marne, Yonne, Nièvre ou Allier. Et ainsi, Samuel GUISCH fut envoyé dans le département de la Marne, plus exactement dans le dépôt de Châlons.

    A titre indicatif, selon le même processus, Christian GUICHE, lui aussi déserteur, arriva de Vedette Républicaine à Mézières le 4 Messidor An 2 (22 juin 1794). En route vers sa destination finale, il passera par Vailly dans l’Aube le 29 Messidor An 2 (17 juillet 1794).

    Le Comité de Salut Public de la Marne se chargea, dans sa séance du 6 Fructidor An 2 (23 août 1794) de faire, de manière particulièrement minutieuse, la répartition entre les six districts du département des déserteurs étrangers qui venaient de lui être attribuer, en prenant bien soin de respecter à la lettre les dispositions de l’Article IV du décret du 12 Frimaire An 2, à savoir :

    « La répartition des déserteurs étrangers doit être faite à raison d’un par 50 citoyens sans que cependant, il puisse y en avoir plus de 30 dans une même commune. »

    Et ainsi d’après ses calculs, le district de Sézanne qui comptait déjà 129 déserteurs, en reçut 280 de plus pour atteindre à cette date 409.
    A charge ensuite, aux agents nationaux de chaque district de répartir « chacun dans leur ressort le nombre de déserteurs qui leur seront envoyés en se conformant à toutes les dispositions ».

    De plus, ce Comité décrivit avec force précisions la manière dont devait se dérouler le transfert des déserteurs vers les communes :
    « Avant le départ du dépôt de Châlons qui aura lieu le plutôt possible, le commissaire des guerres (...) dressera (...) un état qui contiendra les noms, prénom, âge, signalement des déserteurs, le nom des corps qu’ils servaient et fera aussitôt appliquer sur l’habit de chacun d’eux la lettre E façonnée en drap, dans une couleur tranchante avec celle de leur habit et cousue sur les deux bras ».

    Cette dernière mesure, n’ayant d’autre finalité que de permettre la surveillance et le contrôle des déserteurs par chaque citoyen.
    Le général en poste à Châlons étant chargé « des mesures nécessaires pour les faire conduire sous bonne et sûre escorte aux lieux (…) indiqués. »

    Et ainsi, Samuel GUISCH fut envoyé avec 43 autres déserteurs dans le canton de Marcilly-sur-Seine dans la Marne pour, à nouveau, être conduit le 17 Fructidor An 2 (3 septembre 1794) à Esclavolles-Lurey avec deux autres compagnons d’infortune : Alexandre MALDON et Marc SMILIANISCH, alors que les autres étaient dispersés dans sept autres communes du canton, soit 3 à Montgenost, 3 Villiers aux Corneilles, 9 Conflans-sur-Seine, ......

    Un courrier du maire de Conflans en date du 17 Fructidor An 2 atteste de leur jour d’arrivée :
    « Nous avons reçu les neuf déserteurs que vous avez envoyés dans notre commune. Nous nous acquitterons à leur égard de tous les devoirs que l’humanité nous impose, et envers la République de la surveillance à laquelle nous sommes obligés » [6].

    Lorsqu’ils arrivèrent à Esclavolles, ils furent installés dans le presbytère par le maire qui se chargea de leur approvisionnement. 
    La facture du pain qui leur fut fourni entre le 17 Fructidor et le 5 Sans-culottide An 2 (21 septembre 1794) confirme leur présence dans cette commune.

    Il semble qu’ils y menèrent des existences diverses, car, si, comme nous allons le voir, Samuel GUISCH trouva rapidement « les moyens de (s)’occuper utilement » en effectuant des travaux agricoles, retrouvant ainsi le mode de vie qu’il menait dans son pays natal et par là même, facilitant son installation, ses deux compagnons n’y trouvèrent pas l’existence qu’ils espéraient. 
    Car le 13 Frimaire An 3 (3 décembre 1794), soit deux mois après leur arrivée, d’un commun accord, ils décidèrent de déserter à nouveau, désertion que, conformément aux dispositions en vigueur, le maire d’Esclavolles déclara immédiatement à l’administration du Directoire du district de Sézanne.

    Le procès-verbal qu’il rédigea, donne, outre une description des événements, un aperçu sur la vie de Samuel GUISCH :

    « Aujourd’hui, 13 Frimaire An 3 de la république une et indivisible, heure de dix du matin, (...) s’est présenté le citoyen Antoine LARIBLE (...) au citoyen Claude THIERRY, officier municipal, qui lui aurait dit qu’il croyait que les trois déserteurs étrangers en dépôt dans le presbytère de cette commune étaient partis. Ledit Thierry, pour s’assurer du fait, s’est transporté dans la cour du presbytère, aurait trouvé les croisés de la chambre occupée par les dits déserteurs fermées et s’étant transporté à la porte de la dite chambre l’aurait trouvée fermée à la clé, après avoir appelé à la dite porte et frappé, tous ses efforts ont été vains, personne ne lui répondant, aussitôt le maire (...) s’étant transporté sur les lieux, a tiré un carreau de la croisée pour en tourner l’espagnolette et l’ayant ouvert, a ouvert la porte, n’ayant trouvé rien dans ladite chambre qu’une partie des effets linges au nommé Samuel GUISCH qui étaient dans un cabinet et après plusieurs informations, ils auraient appris que ledit Samuel était à battre à la journée chez le citoyen Edme DUMAY de Lurey et aussitôt aurait fait avertir ledit Samuel et s’étant présenté, nous a dit, suivant ce qui est apparu dans son langage que ses deux compagnons étaient partis avec leur butin. Ces deux déserteurs se nomment, suivant leur billet de garantie, à savoir 1° Alexandre MOLDAN, natif de Hongrie, taille de cinq pieds trois pouces, cheveux et sourcils noirs, nez longs, bouche moyenne, yeux noirs, menton rond, visage ovale et barbe noire ; 2° Marc SMILIANISCH, natif de Croatie, taille de cinq pieds un pouce, cheveux et sourcils châtains, nez pointu, yeux noirs, bouche petite, menton rond et visage carré et barbe châtain. (...) »

    Mais, ces deux fuyards n’eurent guère le loisir de jouir bien longtemps de la liberté retrouvée. Dès le 16 Frimaire An 3 (6 décembre 1794), c’est-à-dire trois jours plus tard, ils furent interrogés par l’officier chargé de la police des prisonniers dans le dépôt d’Arcis-sur-Aube où ils avaient été placés avec quatre autres déserteurs, suite à leur arrestation commune à Chauchigny dans l’Aube, les autres s’étant évadés de Conflans-sur-Seine et de La Celle, tous provenant du district de Sézanne.

    Un extrait du rapport rédigé par cet officier donne les motivations mises en avant pour ces désertions :

    « Aujourd’hui, seize frimaire de l’an 3e de la République française une et indivisible ; moi, officier chargé de la police des prisonniers de guerre cantonnés en cette commune, je me suis transporté en la maison d’arrêt dudit lieu (…) à l’effet d’y interroger six déserteurs étrangers qui ont été arrêtés dans la commune de Chauchigny.
    Interrogé les trois premiers pour savoir leurs noms et prénoms.
    Ont dit s’appeler le premier Paul ANGLERRATE ; le deuxième Charles BERBER ; le troisième Antoine TOURCHT.
    A eux demandé de quel endroit ils s’étaient évadés.
    Ont répondu qu’ils s’étaient évadés de la commune de Conflans, district de Sézanne, où ils étaient cantonnés.
    A eux demandé quelle était la cause pour laquelle ils s’étaient évadés.
    Ils ont répondu qu’on ne leur donnait pas de pain ainsi que d’autres effets en habillement dont ils ont le plus pressant besoin.
    Interrogé les troisième et quatrième pour savoir leur nom et prénom. Ils ont dit s’appeler le 3° Margotte SCHMILANISCH, et le 4° Alexandre MOULDEVANT.
    À eux demandé de quelle commune ils sont évadés, ont répondu qu’ils s’étaient évadés de la commune d’Esclavolles, district de Sézanne où ils étaient cantonnés.
    A eux demandé pourquoi ils s’étaient évadés, ont répondu le 3° que c’était à cause qu’il se trouvait tout nu et qu’on ne lui donnait pas d’effets en habillement et le 4° parce qu’il ne pouvait pas vivre en bonne intelligence avec ses camarades.
    Interrogé le sixième pour savoir ses nom et prénoms, a dit s’appeler Fois SERENNE.
    A lui demandé de quelle comme il s’était évadé
    A répondu qu’il s’était évadé de la commune de la Celle, district de Sézanne où il était cantonné
    A lui demandé pour quelle cause il s’était évadé de cette commune
    A répondu que c’était parce qu’on ne lui donnait pas son nécessaire tant en subsistance qu’en effet d’habillement.
    De l’interrogation ci-dessus (.....), j’ai clos et arrêté le présent pour être remis à l’agent national du district pour, par lui, être pris telle mesure qu’il appartiendra. »
     [7].

    Dans cette évasion, il est à remarquer que les deux déserteurs venant d’Esclavolles et les trois de Conflans-sur-Seine, faisaient partis du même groupe de déserteurs arrivés dans le canton de Marcilly-sur-Seine le 17 Frimaire An 2, en même temps que Samuel GUISCH ! 
    Il semblerait donc que contrairement aux souhaits de la Convention qui voulait disséminer ces hommes pour empêcher les communications entre eux et leur ôter tout moyen de rassemblement, il y ait eu, pour le moins, une certaine connivence entre eux, car comment justifier autrement le fait qu’ils s’évadent le même jour pour se retrouver et poursuivre leur route ensemble ?

    Qu’advint-il d’eux ? Aucun élément objectif permet de savoir ce que l’Agent national du district d’Arcis-sur-Aube décida à leur encontre, mais il se pourrait que ceux-ci aient été renvoyé dans les communes où ils étaient cantonnés, car les états des dépenses occasionnées pour les déserteurs étrangers dans les communes du district de Sézanne font apparaître pour Conflans huit déserteurs, un ayant été mis auparavant en état d’arrestation, et pour Esclavolles deux déserteurs pour la période allant du 17 Frimaire au 30 Prairial An 3 (du 7 décembre 1794 au 18 juin 1795), leur brève évasion ne semblant pas avoir été prise en compte.

    Mais pourquoi ne sont mentionnés dans les états des dépenses de Lurey que deux déserteurs ? 
    Tout simplement parce que Samuel GUISCH arrivait déjà, à cette époque, à subvenir par lui-même à ses propres besoins. Le produit de son travail lui permettait d’assurer aussi bien son entretien que sa nourriture, la commune n’avait plus à faire d’avance pour le pain ou sous forme de prêt pour l’habillement.

    Nous pouvons considérer que Samuel GUISCH, depuis son arrivée à Lurey, s’était comporté en déserteur étranger modèle dans la mesure où il s’était parfaitement conformé aux décisions prises par la Convention, et ce, aussi bien dans la forme que dans l’esprit. Mais, peut-être avait-il été aidé en cela par sa jeunesse dans le Banat avec ses peuples de langues différentes, et par son passage au sein de l’armée austro-hongroise où les régiments étaient constitués de différentes nationalités, ce qui avait dû lui procurer une grande faculté d’adaptation. De plus, en travaillant dans une ferme, il retrouvait à Lurey des conditions de travail identiques à celles qu’il avait connues dans le Banat.

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    Ultime vestige de l’époque, peut-être y a-t-il travaillé ?

    Son installation à Lurey devait même se transformer rapidement en intégration, car le 26 Ventôse An 3 (16 mars 1795), c’est-à-dire seulement 6 mois après son arrivée, il épousa, à Conflans-sur-Seine, Geneviève THIERRY, âgée de 26 ans.

    Leur union dut être facilitée par le fait que Claude THIERRY, frère de Geneviève, exerçait la fonction d’officier municipal à Lurey et en tant que tel était chargé de la surveillance des trois déserteurs. Ce fut lui qui, par exemple, prévint le maire de la désertion des deux autres. De plus, ce même jour, il travaillait chez Edme DUMAY, témoins à son mariage et lui aussi avait des liens parentaux avec cette même famille THIERRY. Tout se passe comme si la famille THIERRY l’avait pris en charge dès son arrivée et était, avant l’heure, devenue sa nouvelle famille.

    L’acte de mariage établi lors de la cérémonie est un parfait résumé de sa situation présente :

    « Aujourd’hui, vingt-sixième jour du mois de Ventôse troisième an de la République une et indivisible, à huit heures du matin, par devant nous, Nicolas Claude SOCARD, membre du Conseil municipal de la commune de Conflans-sur-Seine (....) sont comparus en la salle publique de la Maison commune pour contracter mariage Samuel RISTE, journalier, âgé de 23 ans, déserteur en France du pays d’Hongrie, ville de Thermestate, actuellement domicilié en la commune d’Esclavolles, département de la Marne, fils du défunt André RISTE, laboureur, et de Marie AUME, ses père et mère du pays d’Hongrie, d’une part et Geneviève THIERRY, âgée de 26 ans, fille d’Edme THIERRY, vigneron, âgé de 67 ans, et de Geneviève JEANSON, âgée de 66 ans, ses père et mère, domiciliée dans la commune de Lurey réunie à la municipalité de Conflans-sur-Seine, département de la Marne, d’autre part. Lesquels futurs conjoints étaient accompagnés d’Edme THIERRY, vigneron, âgé de 36 ans, frère de ladite future, de Pierre MARC, officier municipal, âgé de 36 ans, ami de ladite future, de Pierre FORGEOT, vigneron, âgé de 36 ans, et d’Edme DUMAY, agent national pour la commune de Lurey, âgé de 45 ans, ami dudit futur, tous domiciliés en la commune de Lurey (...), moi Nicolas Claude SOCARD, après avoir fait la lecture en présence des parties et desdits témoins,
    1° de l’acte de naissance de Samuel RISTE, traduit en langue française qui constate qu’il est né le 4 juin 1771 de légitime mariage entre André RISTE et Marie AUME, domiciliés en la ville de Thermestate en Hongrie,
    2° de l’acte de naissance de Geneviève THIERRY (...) qui constate qu’elle est née de légitime mariage entre Edme THIERRY, vigneron, et Geneviève JEANSON, le 8 janvier 1766 dans la commune de Lurey, département de la Marne, ses père et mère. (...)
    après que Samuel RISTE et Geneviève THIERRY ont déclaré à haute voix se prendre mutuellement pour époux, j’ai prononcé au nom de la loi que Samuel RISTE et Geneviève THIERRY sont unis en mariage, j’ai rédigé le présent acte de mariage (...) ledit futur et ladite future ont déclaré ne savoir signer (...). »

    De cet acte, outre le nom RISTE, nous pouvons remarquer :

    D’abord, sa profession : journalier prouve que, bien que déserteur étranger, il menait déjà une activité quasi régulière dans la commune, fort probablement chez Edme DUMAY, le cultivateur chez qui il était lors de l’évasion de ses deux compagnons.

    Puis, la mention « déserteur en France du pays de Hongrie » : elle représente sa situation administrative dans la commune, car bien que citoyen français, il continuait à se déplacer avec la lettre E cousue sur les deux manches de son habit. Avec son mariage, cette mesure humiliante ne lui sera plus imposée.

    Et enfin, il est fait mention d’un acte de naissance « traduit en langue française ». Il est fort improbable que Samuel KISTE ait pu présenter ce document, mais la municipalité de Conflans-sur-Seine a dû se servir du décret de la Convention Nationale en date du 14 septembre 1793 qui prévoyait le cas d’impossibilité « dûment constatée » de fournir cet acte indispensable au mariage. 
    Dans ce cas, il suffisait de faire établir un acte de notoriété selon le mode décrit par ce décret :
    « L’acte de notoriété sera délivré par le juge de paix du lieu de la résidence actuelle de la personne qui voudra se marier, sur la déclaration de trois de ses parents, résidant dans le même lieu, ou à leur défaut, de trois de ses voisins ou amis. »

    C’est sans aucun doute ce qui se produisit, et ceci d’autant plus facilement, que parmi les témoins à son mariage, se trouvaient, outre Edme THIERRY, père, Edme THIERRY, frère de la future, Claude THIERRY, l’autre frère et officier municipal et Edme DUMAY, également parent avec les THIERRY, mais avant tout également, agent national puis procureur pour la commune de Lurey.

    Et ainsi l’acte fut établi à partir des seules déclarations de Samuel GUISCH traduites en français « suivant ce qui est apparu dans son langage », comme lors de son récit de l’évasion de ses anciens compagnons, récit fait seulement trois mois avant le mariage, le nom RISTE étant alors pour l’agent municipal de Conflans certainement plus proche phonétiquement que celui de GUISCH.

    C’est probablement cet acte qui sera à l’origine de bien des variantes du patronyme familial.

    Car, lors du mariage de ses enfants, c’est lui qui servira de base pour préciser leur filiation du fait de la mort de Samuel GUICHE / KISTE, comme par exemple, lors du mariage d’un fils, Auguste Théodore GUICHE avec Rose Angélique BIAUDE, le 10 janvier 1855 à Marcilly-sur-seine :
    « Les aïeuls paternels de l’époux dont le conseil serait requis par la loi étant étrangers, sont décédés sans que l’on nous en ait représenté la preuve légale, mais ainsi que l’atteste l’époux qui nous a déclaré sous la foi du serment que le lieu du décès et celui du dernier domicile de ses aïeuls paternels lui sont méconnus. »
    Cette déclaration étant dûment certifiée sous serment par les quatre témoins au mariage.

    V. Une famille – deux noms .... et des variantes :

    Marié, Samuel GUISCH, citoyen français à part entière et déjà intégré au sein de la commune, devint un habitant de Lurey qui mena une vie somme toute semblable à celle de beaucoup d’autres habitants de cette commune, si ce n’est ce problème de patronyme.

    Il y restera jusqu’à sa mort, le 6 septembre 1840, se voyant attribuer dans son acte de décès, pour la seule et unique fois, le prénom de Nicolas Samuel. La seule hypothèse plausible serait qu’il y ait eu une confusion entre son prénom et celui de son premier fils : Claude Nicolas, venu faire la déclaration, mais incapable de corriger l’erreur, ne sachant ni lire ni écrire.

    Par la suite, ce patronyme Claude Nicolas / Nicolas GUICHE fut couramment utilisé lors de la rédaction des actes de mariage de ses enfants, l’agent se contentant probablement de recopier les différents éléments dans les actes précédents, personne ne pouvant l’aider ou corriger les erreurs.

    Il y fonda une nombreuse famille, tout d’abord avec Geneviève THIERRY avec qui il eut deux enfants, puis ensuite, après la mort de celle-ci, le 12 Prairial An 13 (1 juin 1805), avec Jeanne Anne Elisabeth CADET qu’il épousa le 15 janvier 1806 et avec qui il eut neuf enfants. Et ainsi, ces 11 enfants constituèrent la deuxième génération de cette nouvelle lignée.

    Mais, rapidement, du fait de l’origine étrangère du père, cette lignée se montra hésitante quant à son patronyme, car dès cette génération, la famille va se scinder en deux branches, non pas du fait des deux mères, mais du fait des domiciles : une branche sera marnaise et l’autre auboise. 
    La première sera très sage quant à son patronyme ; elle restera fidèle au nom d’origine GUISCH qu’elle francisera en GUICHE.

    Quant à la seconde, elle se montrera, par contre, plus fantasque, au point que parfois, on peut se demander, si elle-même savait qui elle était. Le résultat fut qu’en se séparant, en seulement trois générations, les deux branches et même des personnes au sein d’une même branche devinrent totalement étrangères, et cela, uniquement parce qu’elles ne portaient plus le même nom de famille. Et ainsi, deux personnes purent travailler très longtemps ensemble tout en ignorant qu’elles avaient, pour l’une le grand-père, pour l’autre l’arrière-grand-père qui étaient frères, mais l’une habitait la Marne et l’autre l’Aube.
    Il semble, avec du recul, que cette perte de racines bien définies provoqua une telle confusion qu’une personne née sous un patronyme pouvait lors de son décès se voir attribué l’autre sans que quelqu’un en fasse état.

    Dès le premier mariage de Samuel GUISCH, la question du nom de famille se posa. Ainsi, des deux enfants qui eurent Geneviève THIERRY pour mère, le premier, Claude Nicolas fut nommé KISTE, ce qui peut être considéré comme normal, car à cette époque, en 1796, Lurey était encore administrativement, un hameau rattaché à Conflans-sur-Seine qui détenait l’acte de mariage, le RISLE d’alors ayant été corrigé en KISTE. A noter que lorsque celui-ci se maria en 1816, à Marcilly-sur-Seine et décéda en 1880 à Conflans, ce fut, chaque fois, le nom GUICHE qui fut retenu. 
    Geneviève Marguerite, le second enfant né le 23 Floréal An 8 (12 mai 1800), fut, elle, déclarée à sa naissance à Lurey, redevenue entre-temps commune à part entière, et reçut le patronyme GUICHE, communément utilisé dans le village.

    Avec les neuf enfants du second mariage, le problème du nom sembla trouver une solution, tous ayant été déclarés à Lurey. 
    Cependant, le premier enfant, Simon Samuel Napoléon reçut, certes, le nom de KIXTE, car, pour l’union de son père, Samuel GUICHE, alias KISTE, avec Jeanne Anne Elisabeth CADET, l’acte établi lors de son premier mariage en 1793 fut repris, donc RIXTE, nom très rapidement disparu, car il n’était nullement en corrélation avec les habitudes à Lurey. Ce fut alors KIXTE ou KISTE qui fut retenu, phonétiquement plus proche de GUICHE.

    Donc, pour l’acte de naissance de Simon Samuel Napoléon, établi le 17 mai 1807, ce fut en conséquence le nom KIXTE qui fut repris, mais il est à remarquer que, dans la table récapitulative de la même année, il sera enregistré sous le patronyme : Simon Samuel Napoléon GUICHE, première confusion entre le nom officiel et celui usuel.

    Ce sera lui, fort certainement doté d’un caractère bien trempé, pour ne pas dire d’un mauvais caractère, qui sera à l’origine de la branche auboise avec tous les problèmes y afférant. Voulant probablement découvrir de nouveaux horizons, il quitta Lurey et la Marne pour aller s’installer à Crancey dans l’Aube ! C’est-à-dire que son exil de quelques 10 kilomètres et le franchissement de la frontière entre les deux départements provoquera, dans l’administration auboise, une inextricable confusion !

    Pour les huit autres enfants du second ménage, c’est-à-dire les frères et sœurs de Simon Samuel Napoléon, aucune difficulté lors de l’enregistrement de l’acte de naissance et des divers autres qui suivront, tous seront nommés GUICHE en référence à leur père, Samuel GUICHE, le nom GUICHE se pérennisant ainsi. Tout se passa comme si, à partir de 1809, et la naissance d’Anne Rosalie GUICHE, le seul patronyme définitivement retenu à Lurey pour tous les membres de la famille soit GUICHE, patronyme qui constitua la branche marnaise, Simon Samuel Napoléon étant le seul KIXTE de la fratrie.

    Cette branche marnaise, ou plus exactement les différentes branches marnaises, car il y en eut cinq perpétuant ce nom à partir de Samuel GUICHE, reçurent sans exception à la naissance d’un nouveau membre le patronyme GUICHE. Et même lors de la rédaction d’autres actes à l’état civil, en particulier les actes de mariages où l’état civil des parents est indispensable, il n’y eut aucune hésitation quant au nom de famille. Le patronyme GUICHE attribué par les habitants d’Esclavolles-Lurey à notre ancêtre commun Samuel s’imposa ainsi à l’administration par les us et coutumes, d’autant que tous restèrent, pendant plusieurs générations, dans la Marne, la plupart dans le canton d’Anglure. La contrepartie fut que, chaque branche s’agrandissant rapidement du fait du grand nombre d’enfants, les liens entre les différentes familles GUICHE s’estompèrent petit à petit, pour finalement n’exister que par le vague souvenir d’un même ancêtre d’origine étrangère.

    La branche auboise, donc celle qui eut Simon Samuel Napoléon pour origine, connut une autre destinée.

    Elle débuta avec le mariage à Crancey, le 2 décembre 1834, de Simon Samuel Napoléon KIXTE avec Eulalie Honorine PAYEN.

    L’impression qui émane de l’ensemble des documents le concernant, est que Simon Samuel Napoléon KIXTE, communément prénommé Napoléon, doté d’une forte personnalité, fit, pour le moins, preuve d’une grande constance dans ses mauvaises relations avec les administrations locales lorsqu’il s’agissait de son nom.

    Cette réaction était d’autant plus compréhensible que, durant son enfance et sa jeunesse à Lurey, c’est-à-dire pendant 27 ans, il était régulièrement appelé GUICHE comme ses parents et tous ses frères et sœurs et que, chaque fois qu’il y retournait, c’était à nouveau le patronyme Napoléon GUICHE qui était pris en compte, même dans les actes officiels où il était enregistré en qualité de témoin, comme lors du mariage de son frère Louis Dominique GUICHE avec Anne Rose Eloïse LARPENTEUR, le 12 décembre 1838, et de celui de Joseph Honoré GUICHE avec Marguerite Clarisse CONDAMINET, le 14 août 1839.

    De plus, il semble avoir conservé des liens étroits avec quelques membres de sa famille dans la Marne, en particulier avec son frère Claude Nicolas GUICHE, car certains enfants de ce dernier se retrouvent, à l’âge adulte, à travailler dans les environs immédiats de Crancey, situation qui devait donc le renforcer dans son sentiment d’appartenance à la famille GUICHE et non KIXTE ou KISTE, selon le cas.

    Quoiqu’il en soit, administrativement, tout se passe comme si dans la Marne, il ne soit connu que sous le nom de GUICHE et que, revenu dans l’Aube, ce nom fut soumis aux aléas (à l’arbitraire ?) des autorités locales. Par contre, dans la vie courante, ce n’était que sous le patronyme GUICHE qu’il était connu, aussi bien dans la Marne que dans l’Aube. Et avec le temps, il semble que cette dichotomie lui devienne de plus en plus insupportable.

    Si, lors de ses débuts à Crancey, il accepta le nom KIXTE, y mettant même beaucoup de bonne volonté en signant son acte de mariage Napoléon KIXTE à la manière d’un enfant qui recopie un modèle avec beaucoup de difficultés,

    par la suite, il signa de manière correcte, comme si, entre temps, il avait appris à écrire ce nom, Simon Samuel KIXTE, puis, plus tard simplement KIXTE, lors de la naissance de ses trois premiers enfants, Louis Alexandre en 1835, Rosalie en 1837 et Honorine en 1838, eux-mêmes nommés, KIXTE.


    En arrivant à Pont-sur-Seine, il y eut un net changement d’attitude. Ses relations avec les autorités locales devinrent assez conflictuelles. A chaque naissance, et il y en eut cinq, il y eut un affrontement avec le fonctionnaire chargé de rédiger l’acte, lui tentant d’imposer le patronyme GUICHE.

    Si, lors de la déclaration de naissance d’Alexandrine KIXTE, le premier enfant né à Pont-sur-Seine, il signa une dernière fois KIXTE, il mit par la suite systématiquement GUICHE au bas de chaque document, indépendamment du patronyme retenu.

    En 1842, à la naissance de Rose Xavérine, il obtint gain de cause sur toute la ligne, car il fut enregistré sous le nom de Napoléon GUICHE, donnant ainsi ce patronyme à sa fille. Mais par la suite, l’administration reviendra au classique KIXTE pour la naissance de Victoire Eugénie, lui signant GUICHE. Et, à partir de 1846, les trois derniers enfants se virent attribuer le nom de KISTE, lui devenant Simon Samuel ou Simon Samuel Napoléon KISTE. Est-ce que cette nouvelle modification eut lieu avec son accord, rien ne le dit, toutefois, il continua à signer GUICHE !
    Et ainsi de ses 8 enfants, les 6 premiers furent nommés KIXTE, la cinquième, GUICHE, et le denier, KISTE.
    A la même époque, les relevés d’identités lors des recensements provoquèrent les mêmes conflits avec l’agent chargé de les faire, son nom subissant une nouvelle altération : KISTH.
    Il en alla ainsi jusqu’au jour où, en 1856, un agent de recensement, probablement plus perspicace, inscrivit comme patronyme « KISTE dit GUICHE », certainement à la satisfaction des deux parties. Mais, en fait, il se pourrait fort bien que, dans la vie quotidienne, toute la famille ne soit connue que par le patronyme GUICHE, sans se soucier des dénominations officielles, car lorsque, par exemple, deux filles, Rose et Victoire, furent engagées comme domestiques à Ossey-les-Trois Maisons, village proche de Crancey, elles furent enregistrées dans le recensement de 1876 sous le nom de GUICHE, probablement à la suite de leurs propres déclarations.

    Mais, ses relations houleuses avec l’administration n’étaient probablement que le reflet de l’existence qu’il mena à Pont-sur-Seine. Car, si à Crancey, il était encore, au début de son mariage, charretier puis ensuite cultivateur dans la ferme de ses beaux-parents, avec son arrivée à Pont, les emplois varièrent très fréquemment, laissant supposer une certaine inconstance. Il devint tour à tour manouvrier, voiturier par terre de 1844 à 1849, ensuite de nouveau manouvrier, voir journalier, puis, comme par défi, casseur de pierres ou de cailloux selon l’humeur, alors que ses compagnons de travail étaient carriers. Cependant, jusqu’au décès de son épouse, Jeanne Anne Elisabeth CADET, le 21 mars 1850, exista encore un certain équilibre, car, durant tout leur séjour à Pont, ils habitèrent toujours la même maison … rue du Monte-Regret.

    Veuf, il y resta avec ses enfants jusqu’à ce que ceux-ci quittent, l’un après l’autre, la maison familiale. Le dernier à vivre avec lui, fut Louis Joseph KISTE jusqu’à son départ pour Ossey-les-Trois Maisons où il rejoignit ses deux sœurs.

    Puis, dans les années 60, commença une vie d’errance. En quelques années, il passa de Pont-sur-Seine à Crancey, puis de Crancey à Pont, et de nouveau à Crancey pour se retrouver à Romilly-sur-Seine en 1869 et finalement échouer à Gélannes. Durant cette période, il fit la connaissance d’Aurélie BERNARD avec qui il eut une fille qu’il reconnut, Marie Augustine GUICHE, née à Crancey le 13 avril 1865. L’acte de naissance de cet enfant naturel semble avoir été rédigé dans des conditions très particulières, car le 10 mars 1887, le tribunal civil de Nogent-sur-Seine en ordonna la rectification :

    “A Messieurs le Président et juges composant le tribunal civil de Nogent,
    le Procureur de la République près le même tribunal a l’honneur d’exposer :
    qu’à la date du 13 avril 1865, acte de naissance a été dressé par le maire (.........)
    d’un enfant de sexe féminin prénommé Marie Augustine, à laquelle a été attribué le nom de Guiche, conformément aux déclarations du père, comparu audit acte.
    Que le vrai nom de famille qui aurait dû être donné à l’enfant et qui appartenait réellement au père était : KIXTE et non GUICHE.
    Que l’erreur commise à ce sujet résulte clairement de l’acte de naissance du père, de l’acte de mariage et de l’acte de décès du même.
    Que cette erreur s’explique par cette circonstance que KIXTE père avait quitté son pays d’origine, et que dans Crancey, son pays d’adoption, son nom à résonance étrangère subit une altération et devint celui de Guiche à prononciation plus facile, qu’il importe dans l’occurrence de réparer l’erreur commise. (…)
    Que Demoiselle KIXTE dont l’acte de naissance est à rectifier, étant indigente, le procureur de la République a qualité pour poursuivre le rectificatif nécessaire. (…) »
     [8]

    Là encore, il semble que le tribunal ou du moins, le Procureur de la République, commette une confusion entre Samuel GUISCH, déserteur et son fils, Simon Samuel Napoléon, père de Marie Augustine, car en justifiant l’erreur par le fait que “KIXTE père avait quitté son pays d’origine et que dans Crancey, son pays d’adoption, son nom à résonance étrangère subit une altération et devint celui de GUICHE à prononciation plus facile”, il semble ignorer que le pays d’origine de Simon Samuel Napoléon KIXTE est Lurey dans la Marne où un acte de naissance officiel avait été établi pour ne retenir que la situation de Samuel GUISCH, alias KISTE, père de Simon Samuel Napoléon, originaire de Hongrie qui s’installa à Esclavolles-Lurey et dont le nom fut transformé en GUICHE “à prononciation plus facile” !

    Cette période de vie commune de Simon Samuel Napoléon KIXTE avec Aurélie BERNARD fut une période funeste marquée par une dérive progressive. Ainsi, lors du recensement de 1872 à Gélannes, si, lui est GUICHE Napoléon, manouvrier, âgé de 62 ans, (en réalité 65 ans) Aurélie BERNARD, âgée de 35 ans, n’est plus que « sa ménagère » et leur fille commune « BERNARD Marie, fille de la ménagère, âgée de 7 ans », comme si plus rien ne les réunissait. Et lorsque, l’année suivante, il décéda à Crancey, le 1 février 1873, à l’âge de 66 ans, dans l’acte de décès, il fut enregistré comme étant« sans domicile, vivant chez ses enfants », FOURIER Magloire et KIXTE Victoire Eugénie.

    Quant à Marie Augustine KIXTE, alias GUICHE, elle semblait poursuivi par son triste destin. Abandonnée par sa mère, elle devint « une enfant assistée », placée dans une famille de bonnetiers à Romilly-sur-Seine où, âgée de 11 ans, elle fut déclarée « apprentie bonnetière ».

    Il semble que sa vie ne connaisse par la suite guère d’amélioration, car en 1887, le tribunal fut contraint de payer les frais pour la rectification de son acte de naissance du fait de son « indigence », cette rectification du nom pouvant correspondre avec son mariage.
    On la retrouve en 1892 à Longueville-sur-Aube mariée, mère de 2 enfants, lui jardinier et elle cuisinière pour finalement tenir un restaurant avec son mari à Romilly-sur-Seine jusqu’à sa mort en 1908, cette dernière période de sa vie officiellement sous le patronyme KIXTE.

    Personne dans la famille ne fit une quelconque allusion à cette parenté. Est-ce que la famille honteuse des fredaines de Napoléon ne vit en elle que « la fille de la ménagère ». Ce qui pourrait se comprendre quand on connaît l’existence menée par la mère après sa séparation d’avec Napoléon. Indigente, sans domicile fixe, elle mena une existence d’errance jusqu’à son décès en 1886. Sa fille, absente à son inhumation, en fut-elle informée ?

    Pour la génération suivante, la quatrième, des huit enfants ayant eu pour père, Simon Samuel Napoléon KIXTE et pour mère Jeanne Anne Elisabeth CADET, le seul à pouvoir perpétuer le nom de famille est le fils, né le 15 mars 1849, Louis Joseph KISTE, le premier enfant, Louis Alexandre KIXTE, étant décédé quelque temps après sa naissance.

    Avec Louis Joseph, toujours les mêmes problèmes administratifs quant au choix du patronyme. Il fut bien enregistré lors de sa naissance à Pont-sur-Seine sous le patronyme de KISTE Louis Joseph, né le 15 mars 1849. 
    Mais, en 1870, lors de son incorporation pour le service militaire, il fut enregistré sous le nom de Louis Emmanuel GUICHE, né le 15 mars 1850 ! Tout faux si ce n’est le premier prénom Louis ! 
    Mais comme il ne savait ni lire ni écrire, ce qui était courant chez les KISTE, il était incapable de rétablir la réalité.
    Cependant, cela ne l’empêchera pas de participer à la guerre de 1870.

    Incorporé le 4 octobre 1870 au 1er Régiment du Train des Équipages militaires, il passe le 7 septembre au 70e Régiment d’Infanterie, puis le 11 janvier 1871 au 78e régiment de « marche » qui venait d’être créé.

    Il combat contre l’Allemagne : son régiment, le 70e« suit la marche de l’armée sur Sedan et va s’anéantir dans la Bataille de Sedan. Pour éviter sa prise, le drapeau sera mis en pièce et enterré. » Son parcours personnel rejoint au jour prêt celui du 78e durant les 4 années suivantes ! Après l’Armistice, Louis Kiste, alias Guiche, est dirigé sur l’Algérie. « Il débarque à Bougie le 21 mars 1871 et pendant 4 années, il parcourt en tous sens la province de Constantine et « pacifie » l’Algérie ! » [9]. Le 7 mai 1875, il rentre en France avec son régiment, puis il est libéré des obligations militaires et enfin regagne sa campagne auboise !

    Imaginez le choc et le dépaysement lors de ses pérégrinations : lui qui ne s’était jamais éloigné de plus de 10 kilomètres de son lieu de naissance, lui qui ne connaissait que le travail de la terre, lui qui n’avait pour seul horizon que la Champagne pouilleuse, comme on l’appelait à l’époque !

    Mais, en signe de reconnaissance de son dévouement, il se vit remettre la médaille commémorative de la Guerre de 1870-1871.

    De retour d’Afrique, il s’installe à Ossey-les-Trois Maisons, rejoignant deux de ses sœurs, Rose Xavérine et Henriette Nathalie, l’une GUICHE, l’autre KISTE, mais connues sous le seul patronyme GUICHE.

    Il se marie avec Céline Sidonie LEGER, le 16 octobre 1876. Les agents municipaux, étrangers à toutes les tergiversations antérieures ne prennent alors en compte que KISTE comme nom de famille, au vu de l’acte de naissance établi à Pont-sur-Seine, et ce d’autant plus facilement que Louis Joseph fut, évidemment, incapable de produire les actes de décès de ses aïeux, tout comme ses oncles depuis la mort de Samuel GUICHE.

    Des six enfants qui naquirent de cette union, toutes des filles, quatre furent nommées KISTE et deux, celles au centre de la fratrie, GUICHE, Albertine Sidonie, née en 1881 et Blanche Rosa, née en 1885. Pourquoi cette subite modification de nom ? Peut-être, par confusion entre le patronyme officiel, KISTE et celui couramment employé dans la commune, GUICHE et que la personne chargée d’établir les actes de naissance a repris, ignorant probablement l’identité officielle du père.

    La dernière fille de cette famille, ma grand-mère, née le 9 janvier 1891, fut officiellement nommée par l’administration d’Ossey-les-Trois-Maisons Hélène Augustine KISTE. Mais, dans la vie courante et tout au long de sa vie, elle s’appellera GUICHE, pour preuve les lettres « M G » brodées sur son trousseau de mariage, M pour MARTINET et G pour GUICHE. Et avec son décès, le 25 avril 1972, s’éteignit avec elle, dernière représentante de cette branche auboise, le patronyme KISTE, sauf que, ultime velléité à titre posthume de la part de Simon Samuel Napoléon, son acte de décès porta bien son patronyme officiel : KISTE, mais elle fut inhumée sous le nom de GUICHE, et c’est lui qui sera gravé sur sa tombe, renouant ainsi avec notre ancêtre commun Samuel GUISCH, déserteur étranger à Valmy.

    Sources principales :

    Généalogie :
    - Archives Départementales de l’Aube :

    • Registres d’État civil
    • Recensements

    - Archives Départementales de la Marne :

    • Registres d’État civil
    • Marne-archive.com
    • Actes d’État Civil du canton d’Anglure

    - Banat :
    - Banater-Aktualität : Heimatort Temeschburg
    - Deutsche Genealogie : Donauschwaben im Banat
    - Flacker-Seiten : Donauschwaben-Seiten
    - Österreichisches Staatsarchiv – Abteilung Kriegsarchiv : 
    - Übersicht über die Werbbezirkseinteilung 1781-1889 (in WREDE, Geschichte der k. und k. Wehrmacht)
    - Temeschburger Blatt : Heimatblatt 2002

    Révolution Française :
    - Archives Départementales de l’Aube :

    • Documents Série L (Période Révolutionnaire)
    • Documents Série K – Bulletin des Lois

    - Archives Départementales de la Marne :

    • Documents Série L (Période Révolutionnaire)
    • Affaires communales (1790-An VIII) Lurey
    • Prisonniers de guerre et déserteurs étrangers.
    • Justice de paix : Marcilly-sur-Seine

    - DUMAS Georges, Recueil de Documents et d’Analyses

    • Documents sur la Révolution de 1789 – 1799
    • Archives de la Marne 
      - MICHELET Jules, Histoire de la Révolution Française, tome 2 p. 878-87

    Photos :
    - Banat : Temesburger Blatt
    - Archives départementales de la Marne Série L
    - Archives départementales de l’Aube Série L
    - Carte : Ferme des Caves : Collection privée de J-L Fontanières.

    Notes

    [1Archives départementales de la Marne série L.

    [2Michelet : Histoire de la Révolution française tome 2 p. 878-879.

    [3La présence de femmes et même d’enfants était courante dans les troupes austro-hongroises ; femmes de soldat, elles devaient assurer l’intendance et soigner les blessés.

    [4Archives départementales de la Marne série L.

    [5Ces deux prononciations possibles pourraient en partie expliquer la transformation en France de Kiste en Guisch, nom porté sur la liste des déserteurs destinés à Esclavolles.

    [6Archives de la Marne : série L.

    [7Archives de la Marne : série L.

    [8Archives départementales de l’Aube.

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    25 avril 1914 : un nouveau gouverneur pour l'Alsace-Lorraine

     

    Ce jour-là, l'Allemagne nomme Johannes Von Dallwitz à la tête de l'Alsace-Lorraine, suite aux incidents de Saverne.
    L'abbé Moreux nous parle de la Lune rousse qui commence le 25 avril. Pour qui voter ? Les souverains anglais sont rentrés à Londres. La guerre au Mexique : état des lieux, le drapeau américain piétiné , une ville du Texas bombardée. Les torpilleurs fantômes.



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    Généalogie:  25 avril 191 : un nouveau gouverneur pour l'Alsace-Lorraine

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    24 avril 1914 : Entente Cordiale et Triple-Alliance, un communiqué officiel

     

    Ce jour-là, le Petit Journal publie le communiqué officiel établi conjointement par Sir Edward Grey et Gaston Doumergue, communiqué qui assure le désir du maintien de la paix entre les grandes puissances Européennes. La bataille des idées. Rebondissement dans l'affaire Cadiou : l'ex-veilleur de nuit de l'usine arrêté. Une femme d'officier et sa fille broyées par un train à Rouen. La dernière journée des souverains anglais. Le meurtrier de l'abbé Desachy arrêté, c'était son cousin. Qui a volé deux torpilleurs ?




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    Généalogie:  24 avril 1914 : Entente Cordiale et Triple-Alliance, un communiqué officiel

     

     

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    23 avril 1914 : l'Entente Cordiale et l'Italie

     

    Ce jour-là, le Petit Journal s'interroge sur les relations entre l'Entente Cordiale et l'Italie : bons ou mauvais ? Intervention américaine au Mexique, notamment à Vera Cruz. Gros article sur la journée de Vincennes, où nos troupes ont montré tout leur savoir-faire militaire devant un public nombreux, de belles et grandes photos illustrent cette journée mémorable. L'assassin d'une fillette incarcéré. Treize légionnaires ont déserté à Aïn-Sefra. L'aviateur  Bider a franchi la Jungfrau en aéroplane. Les impressions du roi George V.

     

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    Généalogie:  23 avril 1914 : l'Entente Cordiale et l'Italie

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