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    De minuscules vagues découvertes sur les lacs de Titan

     

    Connus depuis quelques années seulement, les lacs et les mers d’hydrocarbures sur Titan apparaissent extrêmement calmes et lisses sur les données acquises par la sonde spatiale Cassini. Une étude montre cependant que Punga Mare est une région « agitée » avec parfois des vagues de deux centimètres de hauteur. Si leur existence est confirmée, il s'agirait des premières vagues observées à la surface d'un autre monde que la Terre.

     
     

    Le 24 juillet 2012, le spectromètre Vims de la sonde spatiale Cassini photographiait une variation de luminosité dans la région de Kivu Lacus qui pourrait être interprétée comme de minuscules vagues altérant la surface de l'un des nombreux lacs d'hydrocarbures découverts sur Titan. © Nasa, JPL-Caltech, SSI, Jason Barnes

     

    Le 24 juillet 2012, le spectromètre Vims de la sonde spatiale Cassini photographiait une variation de luminosité dans la région de Kivu Lacus qui pourrait être interprétée comme de minuscules vagues altérant la surface de l'un des nombreux lacs d'hydrocarbures découverts sur Titan. © Nasa, JPL-Caltech, SSI, Jason Barnes

     
     
     

    Voici dix ans que la mission Cassini gravite autour de Saturne et explore les mondes qui l’entourent, à plus de 1,4 milliard de kilomètres de nous (9,1 UA). De ses 62 satellites naturels connus, Titan (5.150 km de diamètre) est le plus grand et aussi le plus visité par la sonde spatiale. À ce sujet, la Nasaet l’Esa viennent de célébrer le 100e survol de Titan, début mars 2014. Pour les scientifiques, il s’agit aussi de l’endroit du Système solaire le plus ressemblant avec la Terre. Surtout parce que « c’est le seul corps céleste que nous connaissions à posséder un cycle complexe de constituants solides, liquides et gazeux », rappelle Howard Zebker, professeur de géophysique à l’université Stanford.

    Malgré l’épaisseur de l’atmosphère, le radar de Cassini a révélé ces dernières années l’existence de grands lacs d’hydrocarbures — essentiellement du méthane et de l’éthane liquides —, lesquels sont alimentés par d’importants réseaux de rivières et même des pluies. Parmi ceux-ci, citons le plus grand, Ligeia Mare, qui s’étend sur environ 420 km de long et 350 km de large près du pôle nord. Une étude récente montre que sa surface est anormalement — et extraordinairement — plane, « aussi lisse que la peinture d’une voiture ». Pas une vaguelette, en effet, ne semble venir troubler ce miroir naturel. « La sensibilité du radar de Cassini dans cette expérience est d’un millimètre. Cela signifie donc que s’il y avait des vagues sur Ligeia Mare, elles seraient plus petites qu’un millimètre. Ce qui est vraiment, vraiment lisse », explique le professeur Zebker.

     

    Carte des principaux lacs et mers d'hydrocarbures qui s'étendent près du pôle nord de Titan. Kraken Mare, Ligeia Mare et Punga Mare sont les plus vastes à la surface de cette lune de Saturne.
    Carte des principaux lacs et mers d'hydrocarbures qui s'étendent près du pôle nord de Titan. Kraken Mare, Ligeia Mare et Punga Mare sont les plus vastes à la surface de cette lune de Saturne. © Nasa, JPL, USGS

     

    Minuscules rides à la surface d’un lac géant de Titan

    Ses travaux publiés dans Geophysical Research Letters ont par ailleurs montré que contrairement à ce qui était suggéré jusqu’à présent, les rivages ne seraient pas composés de glace d’eau, mais davantage d’éléments organiques solides. Vraisemblablement les mêmes que l’on trouve à l’état liquide dans ces grands lacs.

    Parallèlement, une enquête menée par le professeur Jason Barnes (université de l’Idaho) et des collègues chercheurs au JPL, à l’université Cornell et au MIT dans la région du lac — ou plutôt de la mer — Punga Mare (380 km de long) suggère cette fois l’existence de vagues minuscules, ou de vaguelettes. L’examen des données acquises entre 2012 et 2013 par l’instrument Vims (Visible and Infrared Mapping Spectrometer) de Cassini a mis en avant une variation importante de luminosité sur quatre pixels. Cela témoignerait à vrai dire d’ondulations hautes de seulement… deux centimètres. Aussi insignifiantes que ces vagues puissent paraître, les scientifiques soulignent qu’il s’agit d’une zone agitée pour Titan… En attendant que ces résultats soient confirmés et que toute la lumière soit faite sur la météorologie de Titan, le calme apparent qui règne à la surface de cette lune glacée (température moyenne : -180 °C) sème le trouble.

     

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    En vidéo : une superbe éruption solaire immortalisée par SDO

     

    Une très belle éruption solaire, d'ampleur modeste, a été filmée par le satellite d'observation solaire SDO, de la Nasa. Avec de fausses couleurs, il montre l'activité à la surface de notre étoile, faite d'éjections de matière de dimensions gigantesques.

     
     


    Le satellite d'observation solaire SDO a filmé durant plusieurs heures le 2 avril 2014 une éruption d'intensité M6.5, c'est-à-dire plutôt modeste. Les couleurs jaune et rouge sont fausses, correspondant en fait à deux bandes dans l'ultraviolet. Les arches et les jets s'étendent sur des centaines de milliers de kilomètres. © Nasa, SDO, Goddard Space Flight Center

     
     

    C’était le 2 avril 2014. Le satellite SDO (Solar Dynamics Observatory) filmait une éruption solaire assez esthétique, diffusée aujourd’hui sur la chaîne YouTube de la Nasa. L’événement n’a rien d’exceptionnel. Le Soleil, qui a connu un pic d’activité en 2013 au cours de son cycle n° 28 (chacun durant environ 11 ans), nous a gratifiés de belles arabesques. La Nasa en a d’ailleurs fait une compilation, où l’on peut admirer les protubérances, les taches et les éjections de masse coronale. La dernière forte éruption a été enregistrée par le même SDO en février dernier. Elle était classée X4.9, c’est-à-dire une intensité très forte. Celle d’avril, visible sur cette vidéo, est bien plus faible, estampillée M6.5. Cette classification repose sur la puissance émise en rayons X quand elle est à son maximum et distingue cinq catégories — A, B, C, M et X —, chacune correspondant à un facteur dix. Ainsi, une éruption X1 est dix fois plus puissante qu’une M1. Le chiffre après la lettre indique un facteur 2, la puissance d'une X2 étant le double de celle d'une X1.

    La modeste éruption filmée ici et qualifiée de « gracieuse » par la Nasa a été enregistrée dans deux domaines de l’ultraviolet, correspondant à deux — fausses — couleurs : jaune et rouge. On y voit se former des jets et des arches de matière ionisée suivant des lignes de champ électromagnétique, pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de kilomètres. La Terre paraîtrait petite, en comparaison… Ces phénomènes peuvent durer plusieurs heures et les mécanismes à l'œuvre restent bien mal compris.

    Les astronomes amateurs, qui observent dans le visible, peuvent profiter de ce genre de spectacle avec des moyens adaptés, par projection ou avec des filtres spéciaux à placer devant l’ouverture du télescope ou de la lunette, et visualisant les taches solaires ou les protubérances. L’utilisation de ces outils nécessite cependant la plus grande prudence et un soin extrême, car la lumière solaire, à travers un instrument grossissant, brûle définitivement la rétine en une fraction de seconde. Utilisateurs novices s'abstenir. La meilleure méthode est de se rapprocher d'un club d'astronomie où des utilisateurs expérimentés seront de bon conseil.

    Une éruption solaire d'intensité M6.5 observée dans deux bandes de l'ultraviolet lointain, le 2 avril 2014. On y voit des jets solaires et des arches, formés par des violents mouvements de matière ionisée. L'observation a été réalisée dans l'ultraviolet et les couleurs sont donc fausses. La couleur jaune corresponde à la longueur d'onde de 131 angströms et le rouge à 171 angströms. © Nasa, SDO, Goddard Space Flight Center

     

    Une éruption solaire d'intensité M6.5 observée dans deux bandes de l'ultraviolet lointain, le 2 avril 2014. On y voit des jets solaires et des arches, formés par des violents mouvements de matière ionisée. L'observation a été réalisée dans l'ultraviolet et les couleurs sont donc fausses. La couleur jaune corresponde à la longueur d'onde de 131 angströms et le rouge à 171 angströms. © Nasa, SDO, Goddard Space Flight Center

     

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    Encelade, lune de Saturne, abrite bien de l'eau liquide

     

    Une étude du champ gravitationnel d’Encelade, petite lune de Saturne, réalisée à partir des données acquises par la sonde spatiale Cassini accrédite l’existence d’une étendue d’eau liquide sous sa surface gelée constituant un réservoir riche des ingrédients nécessaires à l’apparition de la vie. Les astronomes estiment que la recherche de celle-ci ne doit pas se restreindre à la zone habitable de chaque étoile.

     
     

    Illustration de l'intérieur d'Encelade, petite lune de 504 km de diamètre gravitant autour de Saturne. Les données recueillies par Cassini suggèrent l'existence d'un océan d'eau liquide sous une épaisse écorce de glace dans la région du pôle sud, précisément où des jets d'eau sont régulièrement observé depuis 2005. Son noyau rocheux serait relativement peu dense. © Nasa, JPL-Caltech

    Illustration de l'intérieur d'Encelade, petite lune de 504 km de diamètre gravitant autour de Saturne. Les données recueillies par Cassini suggèrent l'existence d'un océan d'eau liquide sous une épaisse écorce de glace dans la région du pôle sud, précisément où des jets d'eau sont régulièrement observé depuis 2005. Son noyau rocheux serait relativement peu dense. © Nasa, JPL-Caltech

     
     

    Dans notre Système solaire, la Terre, bien que située dans la zone dite habitable, n’apparaît pas comme le seul monde où la vie est possible en relation avec de l’eau à l’état liquide. Que ce soit « chez nous » ou ailleurs, parmi les innombrables systèmes extrasolaires de la galaxie (plus de 1.700 exoplanètes confirmées à ce jour), la vie est aussi à rechercher sous la surface gelée des lunes gravitant autour des planètes géantes, estiment les exobiologistes. Europe — autour de Jupiter — et Encelade — autour deSaturne — sont deux cas connus où plusieurs conditions favorables au développement de la vie y sont réunies. Deux terrains impossibles à ignorer, comme en témoignent les recherches de ces dernières années.

    Évoluant dans le giron de Saturne, à environ 1,4 milliard de kilomètres de nous, Encelade est un petit satellite naturel de 504 kilomètres de diamètre. Grâce à la sonde spatiale Cassini, qui explore la planète aux anneaux et son environnement depuis une dizaine d’années, les astronomes découvrirent, non sans surprises, l’existence de geysers dans la région du pôle sud en 2005. Naturellement intrigués, ils ont souhaité étudier le phénomène à travers 19 survols de cette région particulièrement fracturée. Trois passages récents ont communiqué de précieuses données pour mesurer son champ gravitationnel. En effet, en survolant Encelade, la sonde spatiale rencontre de minuscules perturbations de sa vitesse selon les masses accumulées au sol (comme cela peut être le cas avec la gravité terrestre).

    L’observation de geysers près du pôle sud d’Encelade relance le débat sur l’existence d’une étendue d’eau liquide en profondeur.
    L’observation de geysers près du pôle sud d’Encelade relance le débat sur l’existence d’une étendue d’eau liquide en profondeur. © Nasa, JPL, SSI

    L’habitabilité d’Encelade en question

    De cette façon, une équipe emmenée par Luciano Iess (université La Sapienza de Rome) a entrepris de décrire la structure interne de cette lune entièrement recouverte de glace (la température extérieure est en moyenne de -200 °C). Voici ce qu’ils ont observé : « les mesures de Cassini ont montré une anomalie de gravité négative au pôle sud, qui n’est cependant pas aussi grand que la profonde dépression détectée par la caméra à bord », résume le professeur Iess, qui vient de publier les résultats des recherches de son équipe dans la revue Science« La conclusion est qu’il doit y avoir un matériau plus dense en profondeur qui compense la masse manquante : très probablement de l’eau liquide, laquelle est 7 % plus dense que la glace. » Il affirme que « l’ampleur de l’anomalie nous a donné la taille du réservoir d’eau ». Leur enquête a permis de déduire qu’un océan (ou un lac) occupe cette région polaire sous une épaisseur de glace de 30 à 40 km. Sa profondeur atteindrait 10 km.

    À l’instar de Jupiter avec Europe (3.120 km de diamètre), la forte attraction gravitationnelle de la géante Saturne sur Encelade est sans doute à l’origine de cette poche d’eau liquide aussi vaste que le lac Supérieur. Les forces de marée malaxent et chauffent son noyau, de sorte que l’eau est durablement maintenue à l’état liquide. Bien entendu, cela offre de précieux réservoirs à d’éventuelles formes de vie (microbienne ou autre), un abri — ou un havre où y prospérer — de plus, encore inconnus voici dix ans. « La matière éjectée du pôle sud d’Encelade contient de l’eau salée et des molécules organiques, ingrédients chimiques de base de la vie », nous rappelle Linda Spilker, chercheuse au JPL pour la mission Cassini. Ainsi, « leur découverte étend notre vision des "zones habitables" à l’intérieur de notre Système solaire et des systèmes planétaires d’autres étoiles ». La quête ne fait que commencer.

     

     

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    Il y aurait bien un point chaud sous l'Islande

     

    L'existence des points chauds, des panaches mantelliques à l'intérieur de la Terre, fait débat. Mais une nouvelle étude montre que des régions plus chaudes que les autres, à plus de 400 km de profondeur sous les dorsales océaniques, sont bel et bien corrélées à une activité volcanique plus importante, à l'air libre, de ces dorsales. La thèse de l'existence d'un point chaud sous l'Islande en sort renforcée.

     

     
     

    L'Islande est, avec l'Afar, l’une des deux régions au monde où l'on peut voir un rift océanique à l'air libre. La totalité de l'île a été produite par l'activité volcanique, ce qui s'accorde bien avec l'hypothèse d'un point chaud dans le manteau de la Terre. © Allison Gale, University of Wisconsin

    L'Islande est, avec l'Afar, l’une des deux régions au monde où l'on peut voir un rift océanique à l'air libre. La totalité de l'île a été produite par l'activité volcanique, ce qui s'accorde bien avec l'hypothèse d'un point chaud dans le manteau de la Terre. © Allison Gale, University of Wisconsin

     
     

    Selon la théorie de la tectonique des plaques, les volcans et les séismes ne sont pas distribués au hasard sur Terre. On les trouve nécessairement aux frontières des plaques, en particulier au niveau des dorsales océaniques, là où de la croûte fraîche se forme à l’occasion de l’expansion du fond des océans. L’existence de volcans très loin de ces frontières, par exemple à Hawaï ou à l’île de la Réunion, posait problème. Mais selon l’un des pionniers de la tectonique des plaques, le géophysicien Jason Morgan, il suffisait de supposer qu’en plus des courants de convection brassant le manteau et provoquant les déplacements des plaques, il devait exister des panaches faisant remonter de la partie inférieure du manteau du magma particulièrement chaud et fluide. Il introduisait donc l’hypothèse des points chauds.

    Elle a depuis été remise en question à de nombreuses reprises et notamment par un autre géophysicien célèbre, Don Anderson. Lui et certains de ses collègues émettent des doutes sur l’existence des points chauds depuis des années. Malgré tout, l’hypothèse de Jason Morgan est bien pratique pour expliquer d’autres manifestations volcaniques importantes au niveau même des dorsales océaniques. On pense bien sûr à l’Islande, mais on peut aussi citer le volcan de Tristan da Cunha.


    Le volcan Eyjafjöll a été le théâtre d’une spectaculaire série d'éruptions en mars 2010. Plusieurs vidéos prises par des Islandais se sont retrouvées sur YouTube, transformant ce volcan en vedette planétaire. © Ingi25, YouTube

     

    Le débat sur les points chauds vient de rebondir, si l’on en croit une publication récente dans Science. Un groupe de géophysiciens états-uniens y affirment qu’il en existe bel et bien sous certaines régions de la dorsale médio-océanique de l’Atlantique.

     

    Des anomalies thermiques révélées par des ondes sismiques

    Le but initial des chercheurs était de répondre à une question un peu différente. Pourquoi les sommets de la dorsale médio-océaniques, qui constituent la plus longue chaîne de montagnes du monde, se situent-ils parfois à quelques milliers de mètres sous la surface des océans, alors qu’ils émergent ailleurs ? L’exemple de l’Islande est le plus symptomatique. Dans tous les cas, une chose est certaine : pour une raison ou une autre, le manteau sous les parties émergées de la dorsale produit plus de magma que dans les régions où la dorsale reste immergée.

    Il y a deux façons de produire une plus grande quantité de magma dans une région du manteau. Soit sa température y est plus élevée, soit sa composition minéralogique est différente des autres régions, autorisant la production d’un plus grand volume de liquide magmatique.

     

    La vitesse des ondes sismiques dans le manteau permet de révéler des anomalies thermiques sous les dorsales océaniques. Cette carte montre des températures moyennes estimées vers 300 km de profondeur à l'aide des ondes sismiques. Les températures les plus chaudes, supérieures à 1.370 °C, sont clairement associées à des régions volcaniques émergées, comme l'Islande.

    La vitesse des ondes sismiques dans le manteau permet de révéler des anomalies thermiques sous les dorsales océaniques. Cette carte montre des températures moyennes estimées vers 300 km de profondeur à l'aide des ondes sismiques. Les températures les plus chaudes, supérieures à 1.370 °C, sont clairement associées à des régions volcaniques émergées, comme l'Islande. © Brown University

     

    Pour départager ces deux hypothèses, les géophysiciens ont combiné des données de nature différente. Certaines proviennent de la sismologie et elles reposent sur le fait que la vitesse de propagation des ondes sismiques dans des roches ne dépend pas seulement de leur composition minéralogique mais aussi de leur température. Des paquets d’ondes se déplacent plus vite dans des roches froides que dans des roches chaudes. Les enregistrements de plusieurs centaines de séismes ont donc été dépouillés.

     

    Basaltes compatibles avec des points chauds

    La seconde source de données est la composition chimique des basaltes prélevés le long de la dorsale. Les géochimistes ont ainsi fait parler environ 17.000 échantillons qui ont fourni des informations sur les températures et la chimie des roches qui ont partiellement fondu pour donner le liquide magmatique à l’origine des laves en surface.

    Selon les auteurs de l’article de Science, il apparaît clairement désormais et sans ambiguïté que les parties émergées des dorsales océaniques sont bel et bien associées à des régions plus chaudes à plus de 400 km de profondeur dans le manteau. Les variations de températures comprises entre 1.300 et 1.550 °C apparaissent nettement corrélées à la topographie de surface et à l’épaisseur de la croûte dans ses régions. C’est donc bien parce qu’elles sont localement plus chaudes, et non à cause de différences de composition, que les roches de ces régions produisent une plus grande quantité de lave en surface.

    La théorie de l’existence des points chauds, notamment sous l’Islande, en sort donc très renforcée. Les spécialistes en géosciences pourront donc s’appuyer sur elle avec plus d’assurance pour décrypter la géodynamique de notre planète.

     

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    Un disque de matière noire a-t-il tué les dinosaures ?

     

    Certains modèles exotiques de matière noire permettent d'imaginer qu'une fraction des particules la constituant ne forme pas de halos autour des galaxies spirales mais un second disque à l'intérieur. Selon deux chercheurs états-uniens, dont la célèbre Lisa Randall, en traversant périodiquement ce disque, notre Système solaire et surtout son nuage de Oort seraient suffisamment perturbés pour qu'augmente le taux de bombardement cométaire des planètes internes. Tous les 35 millions d'années environ, des comètes causeraient des extinctions importantes, comme celle de la crise K-T.

     

     
     

    Une vue d'artiste de la Voie lactée. La trajectoire du Soleil sur son orbite galactique n'y est qu'approximativement celle du cercle en pointillé jaune. Il s'agit en fait de mouvements plus complexes avec notamment des oscillations périodiques de part et d'autre du plan galactique. Elles sont représentées, avec une amplitude exagérée, par la courbe verte. © Esa, C. Carreau

    Une vue d'artiste de la Voie lactée. La trajectoire du Soleil sur son orbite galactique n'y est qu'approximativement celle du cercle en pointillé jaune. Il s'agit en fait de mouvements plus complexes avec notamment des oscillations périodiques de part et d'autre du plan galactique. Elles sont représentées, avec une amplitude exagérée, par la courbe verte. © Esa, C. Carreau

     
     

    Alors que la thèse de la météorite (ou de la comète) tueuse de dinosaures des Alvarez (père et fils) gagnait lentement en crédibilité pendant les années 1980, elle a conduit plusieurs astronomes et physiciens, dont Richard A. Muller, à proposer plusieurs scénarios pour rendre compte d’une apparente périodicité dans les extinctions importantes ayant frappé la biosphère au cours des derniers 250 millions d’années. En effet, en 1984, les paléontologues David Raup et Jack Sepkoski ont publié un article dans lequel ils affirmaient avoir identifié une telle périodicité, dont la valeur était d’environ 26 millions d’années.

    Muller avait rapidement réagi à l’époque en proposant l’existence d’un corps céleste massif qui se rapprocherait périodiquement du nuage de Oort. En perturbant gravitationnellement ce nuage, ce corps, baptisé Némésis (du nom de la déesse de la juste colère des dieux dans la mythologie grecque), précipiterait un nombre important de comètes vers le Système solaire interne, augmentant le taux d’impact. La nature de ce corps céleste restait indéterminée : il pouvait s’agir d’une compagne lointaine du Soleil, comme une naine rouge très peu lumineuse, une naine brune ou peut-être une planète géante autrefois expulsé du Système solaire lors de sa formation (comme l’hypothétique Tyché).

     


     

    À l'occasion du passage de la comète Hyakutake en 1996, Jean-Pierre Luminet a donné une présentation générale du phénomène des comètes. Documentaire extrait du magazine Cassiopée, émission 8 intitulée « Les comètes ». Texte et voix off : Jean-Pierre Luminet, France Supervision (1996). © Jean-Pierre Luminet, YouTube

    De Némésis à un disque de matière noire

    Aujourd’hui, Wise n’a pas permis de découvrir la Némésis de Muller. Néanmoins, l’idée d’une périodicité dans les extinctions, bien que ne faisant pas encore l’unanimité parmi les paléontologues, continue de susciter de nouveaux scénarios issus de l’astrophysique. L’idée de base est toujours d’obtenir une augmentation périodique du taux d’impact des comètes sur les planètes internes du Système solaire à partir de perturbations du nuage de Oort.

    La dernière théorie en date est celle de deux physiciens théoriciens de l’université Harvard, Lisa Randall et Matthew Reece, que l’on peut lire sur arxiv. L’année dernière, les deux chercheurs et leurs collègues avaient proposé qu’une petite partie de la matière noire était constituée de particules issues d’une physique encore plus exotique que celle des neutrinos stériles. Contrairement aux autres particules de matière noire qui ne peuvent pas interagir entre elles, ou très peu, autrement que par la force de gravité, elles ne formeraient pas un halo autour des galaxies, mais un seconddisque à l’intérieur de celui constitué de matière normale. Certaines théories des cordes prédisent par exemple l’existence d’une sorte de monde miroir du nôtre, constitué d’équivalents de nosatomes, mais qui ne peuvent interagir avec eux que par la force de gravité. La matière noire de ce monde pouvant se refroidir en s’effondrant gravitationnellement, elle pourrait donc former des disques comme la matière normale de notre univers.

    L'orbite oscillante du Soleil à travers la Voie lactée

    Selon Randall et Reece, le disque de matière noire exotique de notre Voie lactée aurait une épaisseur de 35 années-lumière environ, et contiendrait donc l’équivalent d’une masse solaire par année-lumière cube. La raison pour laquelle sa présence conduirait à des perturbations périodiques du nuage de Oort n’a, elle, rien de mystérieux. Les forces gravitationnelles que ressent une étoilecomme le Soleil dans le gaz autogravitant d’étoiles formant le disque et le bulbe de la Voie lactéene sont pas identiques à celles que le Soleil exerce sur une planète dans le Système solaire. Il en résulte que les étoiles ont des orbites ressemblant aux épicycles des planètes dans le modèle dePtolémée, et, de plus, qu’elles effectuent aussi un mouvement d’oscillation périodique de part et d’autre du plan du disque galactique. Dans l’hypothèse où se placent Randall et Reece, le Soleil traverse donc périodiquement le disque de matière noire exotique qui serait présent dans notre Galaxie, et c’est à ce moment-là que le bombardement cométaire augmenterait. Les perturbations que ce disque engendrerait seraient en effet plus importantes avec de la matière noire, assez pour rendre compte des extinctions selon une périodicité de 35 millions d’années.

    L’hypothèse est ingénieuse, mais les deux chercheurs ne cachent pas qu’ils n’ont aucune certitude à son sujet. En effet, il faut garder à l’esprit que la périodicité des extinctions fait encore débat du fait des incertitudes de datation par exemple. Enfin, il est facile de produire un modèle de matière noire exotique précisément défini pour coller à une périodicité donnée. Pour avancer sur toutes ces questions, il faudra probablement démontrer l’existence du disque de matière noire et ensuite en tirer une prédiction précise sur une périodicité des perturbations qu’il engendrerait. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on pourra comparer cette prédiction à des observations plus convaincantes concernant la périodicité des extinctions dans la biosphère. À cet égard, on attend beaucoup des mesures de Gaia.

     

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