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    En Chine, le chat aurait été domestiqué il

    y a plus de 5.000 ans

     

    Il y a près de 5.000 ans, des petits félins ont été apprivoisés en Chine. C'est ce que révèle une équipe après avoir identifié l'espèce à laquelle correspondent les restes de chat datant d'environ 3.500 ans avant J.-C. : tous ces ossements appartiennent au chat du Bengale, un cousin éloigné du chat sauvage occidental (ce dernier étant à l'origine de tous les chats domestiques modernes). Un processus comparable à celui ayant eu lieu plus tôt au Proche-Orient et en Égypte s'est donc développé indépendamment dans l'Empire du Milieu suite à la naissance de l'agriculture.

     

    Sans doute attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs, voici plus de 5.000 ans, au début de l’agriculture, le chat du Bengale (Prionailurus bengalensis) fut adopté par la population. © Shvaygert Ekaterina, shutterstock.com

    Sans doute attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs, voici plus de 5.000 ans, au début de l’agriculture, le chat du Bengale (Prionailurus bengalensis) fut adopté par la population. © Shvaygert Ekaterina, shutterstock.com

     
     

    Le chat est aujourd'hui l'animal domestique le plus courant avec plus de 500 millions de représentants. Tous les chats domestiques actuels descendent de la forme africaine et proche-orientale du chat sauvage (Felis silvestris lybica). Selon des travaux publiés en 2004, les débuts du rapprochement entre l’Homme et le chat se sont déroulés au Proche-Orient dès 9.000 à 7.000 avant J.-C., avec la naissance de l'agriculture.

     

    En 2001, des chercheurs de l'Académie des sciences de Pékin ont découvert des ossements de chat dans le nord de la Chine (province de Shaanxi), datés d'environ 3.500 avant J.-C., dans des villages d'agriculteurs. Est-ce la preuve d'un rapprochement entre des petits félins chinois et l’Homme dès le IVe millénaire avant J.-C. en Chine ou est-ce le résultat d'une importation des premiers chats domestiques depuis le Proche-Orient jusqu'en Chine ? Impossible de trancher entre ces hypothèses sans avoir identifié l'espèce à laquelle appartiennent les ossements trouvés. Il existe en effet au moins quatre formes différentes de petits félidés en Chine mais la sous-espèce à l'origine du chat moderne (F. silvestris) n'y a jamais été répertoriée.

     

    Vue latérale du crâne de chat domestique du site néolithique de Wuzhuangguoliang (province de Shaanxi) datant de 3.200-2.800 avant notre ère. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN
    Vue latérale du crâne de chat domestique du site néolithique de Wuzhuangguoliang (province de Shaanxi) datant de 3.200-2.800 avant notre ère. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN

     

    Identification de l’espèce par morphométrie géométrique

    Afin de résoudre cette question, une collaboration de scientifiques (principalement du CNRS, du MNHN, de l'université d'Aberdeen, de l'Académie des sciences sociales de Chine et de l'Institut d'archéologie de la province de Shaanxi) a entrepris une analyse de morphométrie géométrique(celle-ci permet d’étudier et analyser la forme d'une structure, par exemple de comparer des crânesde différentes espèces aux morphologies très proches), seule à même, en l'absence d'ADN ancien, de différencier les ossements de ces petits félins, aux morphologies très similaires et aux différences souvent indiscernables avec les techniques classiques.

     

    Les scientifiques ont ainsi analysé les mandibules de cinq chats du Shaanxi et du Henan datés d'une période comprise entre 3.500 et 2.900 avant J.-C.. Leurs travaux ont été déterminants : ces ossements appartiennent tous au chat du Bengale (Prionailurus bengalensis). Encore très répandu aujourd'hui en Asie orientale, ce chat sauvage, cousin éloigné du chat sauvage occidental (F. silvestris), est connu pour sa propension à fréquenter les zones à forte présence humaine. Tout comme au Proche-Orient ou en Égypte, le chat du Bengale a sans doute été attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs qui profitaient des stocks de céréales.

     

    Mesure, à l'aide de grains de riz, de la capacité du crâne de chat néolithique de Wuzhuangguoliang. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN
    Mesure, à l'aide de grains de riz, de la capacité du crâne de chat néolithique de Wuzhuangguoliang. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN

     

     

    La domestication du chat liée aux débuts de l'agriculture

     

    Les conclusions de ces travaux publiés le 22 janvier 2016 dans la revue Plos One démontrent qu'un processus comparable à celui connu au Proche-Orient et en Égypte s'est développé indépendamment en Chine suite à la naissance de l'agriculture qui y est apparue au VIIIe millénaire avant notre ère. En Orient, c'est le chat du Bengale (P. bengalensis) et non le chat sauvage occidental (F. silvestris), qui s'est engagé dans un rapprochement avec l’Homme. La domestication du chat est donc bien, au moins dans trois régions du monde, étroitement connectée aux débuts de l'agriculture.

     

    Il n'en reste pas moins que les chats domestiques actuels de Chine ne sont pas des descendants du chat du Bengale, mais de son cousin F. silvestris lybica. Ce dernier a donc remplacé le chat du Bengale dans les villages chinois après la fin du Néolithique. Serait-il arrivé en Chine avec l'ouverture de la route de la soie, au moment où les Empires de Rome et des Han ont commencé à établir des liens ténus entre Orient et Occident ? C'est la prochaine question à résoudre.

     

     

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    Un mammifère unique : à poils et à

    épines... vieux de 127 millions d'années

     

    Ce petit mammifère vieux de 127 millions d'années, découvert en Espagne, portait des épines alors que cet apanage semblait apparu bien plus tard. Pour autant, appartenant à un groupe totalement décimé lors de la grande extinction de la fin du Crétacé, qui a vu disparaître aussi les dinosaures, il n'a aucun lien avec nos hérissons. De quoi devoir réécrire l'histoire du poil.

     

     

    Reconstitution de Spinolestes xenarthrosus basée sur le fossile exceptionnellement bien préservé découvert à Las Hoyas. L'animal mesurait environ 25 cm. © O. SanisidroReconstitution de Spinolestes xenarthrosus basée sur le fossile exceptionnellement bien préservé découvert à Las Hoyas. L'animal mesurait environ 25 cm. © O. Sanisidro

     
     

    Un poids entre 50 et 70 g, des dents à trois pointes acérées, une colonne vertébrale et des pattes fouisseuses semblables à celles des tatous, une crinière tout le long du dos et des épines similaires à celles du hérisson : voici à quoi devait ressembler, il y a 127 millions d’années, le mammifèrenommé Spinolestes xenarthrosus, dont le fossile, parfaitement conservé, a été découvert en Espagne par une équipe internationale.

     

    Alors que cet animal possède des caractéristiques classiques de sa famille, comme le pelage, la présence d’épines bien particulières le rend unique en son genre et suggère que l’acquisition de poils épineux ne s’est pas faite progressivement au cours de l’évolution mais indépendamment et de manière distincte dans différentes lignées évolutives. Ces résultats, auxquels a contribué Romain Vullo du laboratoire Géosciences Rennes1 (CNRS, université Rennes 1), ont été publiés le 15 octobre 2015 dans la revue Nature.

     

    Le fossile de Spinolestes xenarthrosus transféré dans une plaque de résine époxy et dégagé à l’acide. Barre d’échelle : 1 cm. © G. Oleschinski
    Le fossile de Spinolestes xenarthrosus transféré dans une plaque de résine époxy et dégagé à l’acide. Barre d’échelle : 1 cm. © G. Oleschinski

     

    Le style de vie des tatous

     

    La découverte a été réalisée sur le site exceptionnel de Las Hoyas, un gisement du Crétacé inférieur(-127 millions d’années) situé en Espagne près de la ville de Cuenca. Ce dépôt sédimentaire, unique en Europe, contient une grande diversité de fossiles, emprisonnés dans un ancien environnement marécageux, semblable aux Everglades, en Floride.

     

    Il est fouillé depuis 1986 et a déjà fourni un grand nombre de fossiles de plantes aquatiques et terrestres, de crustacés, d’insectes, de poissons, mais aussi de crocodiles, de dinosaures et d’oiseaux primitifs. 25 ans plus tard, en 2011, le premier mammifère a enfin été mis au jour, complétant ainsi la structure de cet écosystème.

     

    Ce fossile vient d’être décrit par les paléontologues. Ils en ont conclu qu’il s’agit d’une nouvelleespèce, baptisé Spinolestes xenarthrosus, appartenant à l’ordre des eutriconodontes, une lignée de mammifères disparus à la fin de l'ère Mésozoïque (-252,2 à -66 millions d’années) et à la famille des gobiconodontes. C’est un petit animal de 25 centimètres de long, caractérisé par des dents à trois pointes acérées et des vertèbres du même type que celles des xénarthres.

     

    Les proportions de ses pattes sont proches de celles d’animaux fouisseurs, suggérant un style de vie semblable à celui des tatous modernes, se nourrissant d’insectes et de larves. Les marécages de Las Hoyas permettant à la fois un enfouissement et une minéralisation rapide des corps, de nombreux morceaux de peau avec des poils et des épines ont été parfaitement conservés.

     

    Les calcaires laminés du site de Hoyas où le petit mammifère a été découvert. © R. Vullo
    Les calcaires laminés du site de Hoyas où le petit mammifère a été découvert. © R. Vullo

     

    Un pelage doux, mais aussi des épines

     

    À partir de ces restes, les chercheurs ont déterminé que Spinolestes possédait une crinière dense de poils longs (de 3 à 5 mm) de la tête à l’omoplate, des poils longs et fins sur la région dorsale et sur la majeure partie de la queue, de petites épines et quelques écussons dermiques (de petites plaques ovales sans poils, faites de kératine). Le reste de son corps était couvert par un pelage doux et dense.

     

    L’analyse microstructurale de portions de pelage montre qu’il est composé d’un mélange de poils primaires relativement épais, de poils secondaires plus petits, et d’épines sur la région dorsale. Ces dernières possèdent une surface écailleuse et sont composées de poils primaires et secondaires modifiés, c’est-à-dire plus courts, rigides et en forme de bâtonnet, qui ont fusionné ensemble, un processus similaire à ce que l’on observe chez certains mammifères modernes tels que les hérissons ou les porcs-épics.

     

    Les « proto-épines » de Spinolestes xenarthrosus, situées sur le dos, au niveau de la ceinture pelvienne. Barre d’échelle : 1 mm. © R. Vullo
    Les « proto-épines » de Spinolestes xenarthrosus, situées sur le dos, au niveau de la ceinture pelvienne. Barre d’échelle : 1 mm. © R. Vullo

     

    Un mammifère unique

     

    À partir du cas de Spinolestes, les chercheurs estiment donc que les poils et les épines sont différenciés depuis le Crétacé inférieur. De plus, le fait que plusieurs spécimens d’eutriconodontes possèdent bien une fourrure dense mais dépourvue d’épines, fait de Spinolestes une espèce unique en son genre, dont l’évolution s’est faite indépendamment d’espèces à épines comme les hérissons et a abouti à cette surprenante convergence avec les espèces épineuses modernes.

     

    Par ailleurs, le fossile possédant encore des bronchioles pulmonaires et des restes du foie, les chercheurs ont délimité l'emplacement du diaphragme de l’animal, une première preuve fossile que le système respiratoire unique des mammifères était bien fonctionnel dès le Mésozoïque. Pour les chercheurs, la diversité des fossiles de Las Hoyas représente une clé pour comprendre la révolution évolutive du Crétacé, correspondant à l’émergence de la flore et la faune qui constituent la biodiversité d’aujourd'hui. Ils poursuivent donc leur analyse de Spinolestes xenarthrosus pour mieux comprendre son mode de vie et sa place dans cet écosystème, figé depuis 127 millions d’années.

     

     

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    La plus ancienne plante à fleurs connue

    était... aquatique

     

    Plus ancienne plante à fleurs connue, Montsechia était aquatique et vivait en eau douce il y a 130 millions d'années. C'est beaucoup pour une angiosperme, ce qui oblige à revoir l'histoire de cette lignée de végétaux qui domine depuis les terres émergées du Globe.

     
     

    Les restes fossilisés de Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira que l'on voit sur cette photo, appartenaient à une plante qui vivait en Espagne entre 130 et 125 millions d’années. On sait maintenant que Montsechia est la plus ancienne angiosperme connue. © Bernard Gomez

    Les restes fossilisés de Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira que l'on voit sur cette photo, appartenaient à une plante qui vivait en Espagne entre 130 et 125 millions d’années. On sait maintenant que Montsechia est la plus ancienne angiosperme connue. © Bernard Gomez

     
     

    Certaines phylogénies des plantes à fleurs placent les nénuphars (les Nymphéales) comme les angiospermes aquatiques les plus basales. Cependant, les Nymphéales n’apparaissent pas dans le registre fossile avant 115 millions d’années. Cette nouvelle étude, publiée dans les Pnas, révèle que les angiospermes colonisaient déjà les milieux aquatiques d’eau douce il y a 130 millions d’années. C'est en étudiant une plante fossile à la morphologie atypique, Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira, qui vivait en Espagne entre 130 et 125 millions d’années, qu'une équipe française (laboratoire de Géologie de Lyon-Terre, Planètes, Environnement) a pu montrer que Montsechia est la plus ancienne angiosperme connue.

     

    Montsechia est un fossile de plante localement abondant, trouvé dans des roches calcaires d’âge Barrémien (130 millions d'années), représentant des sédiments d’anciens lacs d’eau douce, dans deux localités bien connues, El Montsec dans les Pyrénées et Las Hoyas dans la Chaîne Ibérique, en Espagne. L’âge très ancien de Montsechia a été déterminé par une analyse biostratigraphique (charophytes corrélées avec foraminifères et ammonites), et démontre que Montsechia est l’une des toutes premières plantes à fleurs connues.

     

    Les restes fossilisés d'un fruit de Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira.
    Les restes fossilisés d'un fruit de Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira. Pour la légende, voir le texte ci-dessous). © Bernard Gomez

     

     

    Une plante aquatique d’eau douce

     

    Montsechia est sans équivoque une angiosperme, ayant une enveloppe protectrice fermée et d’origine foliaire, le carpelle ne s’ouvre jamais pour libérer la graine. Le fruit contient une graine unique qui est portée inversée avec le micropyle (m) pointant vers la zone d’attachement et avec le funicule (f) courant ventralement à partir du placenta (pl) situé tout en bas, le hile (h) étant situé presque tout en haut.

     

    Cette même anatomie est trouvée chez Ceratophyllum, une angiosperme aquatique vivant de nos jours. Les « fleurs » qui se développaient sous l’eau n’ont pas de pièces florales typiques telles quepétales ou glandes excrétant du nectar pour attirer les insectes pollinisateurs.

     

    Une reconstitution de l'aspect probable de Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira.
    Une reconstitution de l'aspect probable de Montsechia vidalii (Zeiller) Teixeira. © Oscar Sanisidro

     

     

    Les fossiles bousculent la phylogénie des angiospermes

     

    Montsechia était une angiosperme aquatique vivant et se reproduisant sous la surface de l’eau pareillement à une autre plante aquatique bien connue, Ceratophyllum. Elle présente des axes flexibles, une cuticule fine, et de rares appareils stomatiques. Le fruit a un pore près de l’apex à travers lequel le tube pollinique peut entrer. Montsechia est plus ancienne ou contemporaine de la plante aquatique Archaefructus de Chine. Ceci indique que les plantes aquatiques étaient localement communes à une étape très précoce de l’évolution des angiospermes et que les habitats aquatiques peuvent avoir joué un rôle majeur dans la diversification de certaines lignées des premières angiospermes.

     

    La morphologie et l’anatomie de Montsechia, incluant plusieurs traits reproducteurs, suggèrent que Montsechia est groupe frère de Ceratophyllum. De plus, son âge très ancien soulève des questions sur la divergence très précoce du clade de Ceratophyllum par rapport à sa position basale comme groupe frère des eudicotes (le groupe de plantes le plus commun ayant des fleurs voyantes) dans beaucoup d’analyses cladistiques récentes. Cette étude ouvre de nouvelles questions sur l’ancienneté et le rôle des plantes à fleurs aquatiques dans la diversité des premières angiospermes et la domination du monde par cette végétation.

     

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    Un réchauffement climatique aurait tué

    les mammouths

     

    Les réchauffements rapides et brefs survenus à la fin du Pléistocène au sein de longues phases glaciaires auraient considérablement affaibli les espèces de la mégafaune, dont les mammouths. C’est la thèse de chercheurs australiens qui ont pu dater, par la génétique, les périodes de déclin de ces grands animaux et les ont corrélées avec les variations du climat. Pour eux, les humains ne sont donc pas les seuls responsables de ces disparitions et un réchauffement climatique serait plus dangereux qu’un refroidissement…

     

     

    La disparition des mammouths, il y a 11.000 ans, serait due, selon cette nouvelle hypothèse, à des périodes de réchauffement rapides survenues en plein climat glaciaire. © Flying Puffin, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.0

    La disparition des mammouths, il y a 11.000 ans, serait due, selon cette nouvelle hypothèse, à des périodes de réchauffement rapides survenues en plein climat glaciaire. © Flying Puffin, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.0

     
     

    Pourquoi de nombreux grands mammifères de la mégafaune, comme les mammouths, les paresseux géants ou les tigres à dents de sabre ont-ils disparu au cours des dernières dizaines de milliers d’années ? L’émergence de la lignée humaine, douée pour la chasse, est souvent invoquée, ainsi que les épisodes de glaciations qui se sont succédé. Une équipe australienne, dirigée par Alan Cooper (université d’Adélaïde, en Australie), apporte de nouveaux éléments venus de la génétique.

     

    Au sein de l’Acad (Australian Center for Ancient DNA), ces chercheurs étudient les restes d’ADNretrouvés sur des fossiles, jusqu’à 60.000 ans avant le présent. Ils en estiment la diversité au sein d’une même espèce et en déduisent l’état des populations au fil du temps. Ces paléontologistes ont ainsi mis en évidence des fluctuations dans les populations, exodes massifs ou disparition de l’espèce. Les données venues de ce travail de longue haleine ont été rapprochées des âges de ces fossiles ainsi que des enregistrements de l’évolution du climat dans les carottes de glace de l’inlandsisgroenlandais et dans les sédiments marins au large du Venezuela sur les derniers 56.000 ans.

     

    La conclusion de ce travail, publié dans la revue Science et résumé dans un communiqué de l’université d’Adélaïde, est que les extinctions coïncident avec les périodes où le climat s’est réchauffé rapidement. À la fin du Pléistocène, dominé par un climat glaciaire, des périodes courtes de réchauffement sont en effet survenues, avec des élévations rapides, jusqu’à 16 °C, suivies d’un retour, brutal également, à des périodes froides. C’est précisément au cours de ces réchauffements rapides, particulièrement il y a 34.000, 30.000 et 28.000 ans, que les populations de grands mammifères semblent avoir été mises à mal. Les changements drastiques de l’environnement (la végétation notamment) seraient la cause première de cette déstabilisation. Les données recueillies expliqueraient bien, en particulier, la disparition du mammouth et du paresseux géant il y a 11.000 ans.

     

    Des paresseux géants vivaient en Amérique (du nord et du sud) au Pléistocène. Le plus grand, représenté ici, Megatherium americanum, pouvait atteindre 6 m de haut et peser jusqu'à 4 tonnes. Tous ont disparu il y a environ 11.000 ans. © Robert Bruce Horsfall, 1913, Wikimedia Commons, DP
    Des paresseux géants vivaient en Amérique (du nord et du sud) au Pléistocène. Le plus grand, représenté ici,Megatherium americanum, pouvait atteindre 6 m de haut et peser jusqu'à 4 tonnes. Tous ont disparu il y a environ 11.000 ans. © Robert Bruce Horsfall, 1913, Wikimedia Commons, DP

     

    La végétation a changé trop vite pour les grands mammifères

     

    Ce n'est donc pas le climat glaciaire qui posait problème à ces animaux mais la hausse des températures et ses effets sur l'environnement. Le fait n'est d'ailleurs pas surprenant pour les mammouths, dont la génétique a montré combien ils étaient efficacement adaptés au froid et à la steppe arctique. De plus, une étude publiée en 2013 avait indiqué que le mammouth laineux avait mal supporté la sortie de l'ère glaciaire du Riss il y a 120.000 ans.

     

    La première déduction des auteurs est de dédouaner les humains qui ne sont pas nécessairement responsables de toutes les extinctions. Selon eux, l’ours à face courte (Arctodus spp.) avait déjà disparu quand les Hommes ont investi les Amériques, tandis qu’en Europe et en Asie, bien des grands mammifères ont longtemps coexisté avec nos ancêtres. La chasse organisée a en revanche pu jouer un rôle sur ces populations déjà fragilisées.

     

    La seconde déduction est de rapprocher ces événements avec le réchauffement climatique en cours et avec la réduction ou la fragmentation des espaces naturels. Focalisée sur les grands mammifères, qui fournissent de beaux fossiles, l’étude mériterait cependant d’être élargie à la biodiversité en général (si tant est que cela soit possible) avec des informations sur les autres espèces animales et végétales, terrestres et marines.

    Paléontologie:  Un réchauffement climatique aurait tué les mammouths

     

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    L'hippopotame et la baleine sont de

    vieux cousins

     

    Une espèce fossile d’ongulés découverte en Afrique se révèle être le chaînon manquant pour affilier les hippopotames et les cétacés. Successivement pensé proche des chevaux, des vaches ou encore des sangliers, l’animal emblématique des rivières africaines serait finalement plus proche du dauphin.

     

     
     

    Les hippopotames (photo) ont eu pour cousin Epirigenys lokonensis, un mammifère 20 fois plus petit, de la taille d’un mouton d’environ 100 kg et qui devait passer également beaucoup de temps dans l’eau. © Cloudzilla, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0

    Les hippopotames (photo) ont eu pour cousin Epirigenys lokonensis, un mammifère 20 fois plus petit, de la taille d’un mouton d’environ 100 kg et qui devait passer également beaucoup de temps dans l’eau. © Cloudzilla, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0

     
     

    Epirigenys lokonensis, tel est le nom donné à une nouvelle espèce apparentée aux anthracothères, un groupe d’ongulés aujourd’hui disparu, d’après l’analyse de dents et d’une demi-mâchoire exhumées de la terre volcanique du Lokone, dans le bassin kenyan du lac Turkana. En outre, les caractéristiques de l’espèce permettent de faire le lien entre les anthracothères et les hippopotames, Epiri signifiant hippopotame en langue turkana, indique un article paru dans Nature Communication.

     

    Les anthracothères partageant eux-mêmes un ancêtre commun avec les cétacés, ces derniers prennent donc la place officielle de cousins éloignés des hippopotames. Ils succèdent ainsi aux équidés, aux ruminants et aux suidés dont font partie les sangliers. De prime abord surprenant, le lien entre une baleine et un hippopotame devient tangible en se remémorant l’apparence et le mode de vie des cétacés d’autrefois : les aïeux étaient des animaux terrestres, à quatre pattes, avant leur colonisation du milieu marin.

     

    Les hippopotames figurent parmi les premiers grands mammifères dont les ancêtres ont colonisé le continent africain à la nage, bien avant ceux des grands carnivores, des girafes ou des rhinocéros qui migrèrent par voie terrestre. © Vogelfreund, Wikimedia Commons, cc by sa 4.0
    Les hippopotames figurent parmi les premiers grands mammifères dont les ancêtres ont colonisé le continent africain à la nage, bien avant ceux des grands carnivores, des girafes ou des rhinocéros qui migrèrent par voie terrestre. © Vogelfreund, Wikimedia Commons, cc by sa 4.0

     

    L’ancêtre commun du dauphin et de l’hippopotame

    serait originaire d’Asie

     

     

    Autre fait remaniant les connaissances au sujet de l’histoire évolutive des hippopotames : l’âge très ancien d’Epirigenys lokonensis. D’après la datation des sédiments contenant les restes fossiles, l’espèce aurait vécu il y a 28 millions d’années. L’ancêtre commun à E. lokonensis et aux hippopotames aurait migré, quant à lui, il y a environ 35 millions d’années de la région correspondant de nos jours à la Birmanie vers l’Afrique, à peu près à la même époque que d’autres petits animaux. Si les rongeurs et les primates ont pu traverser le bras de mer qui séparait alors l’Asie de l’Afrique, l’ancêtre des hippopotames n’a pu parcourir les quelques centaines de kilomètres qu’à la nage. Ce qui remet en cause l’hypothèse qu’il serait venu par les terres bien plus tard, il y a 18 millions d’années, en même temps que d’autres grands mammifères dont sont notamment issus les lions, les zèbres et les antilopes.

     

    « L’origine des hippopotames a été un mystère jusqu’à présent », déclare Fabrice Lihoreau, paléontologiste à l’université de Montpellier et auteur principal de l’article scientifique. « Nous avons comblé un trou dans l’histoire évolutive des hippopotames, nous rapprochant ainsi du point de divergence avec l’actuel groupe des cétacés », ajoute-t-il. Pour remonter encore plus loin dans l’origine des hippopotames, les scientifiques se penchent à présent sur l’identité de l’ancêtre commun des cétacés et des anthracothères qui autrefois vivait en Asie.

    Paléontologie:  L'hippopotame et la baleine sont de vieux cousins

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