•  

    Vosges : sur la route des châteaux

    forts d'Alsace

     

    Par Florence Donnarel
     
     
    source : Détours en France HS 40 balades en France 
     
    Publié le 10/06/2021
     

    De la houle forestière qui submerge le nord du massif des Vosges surgissent des châteaux en ruine, amarrés pour l’éternité à des pitons de grès rose. Depuis les villages de la vallée du Steinbach, nous avons marché vers ces sentinelles de pierres, observé le travail des forestiers et cueilli des morceaux de l’Histoire alsacienne.

     

     

    Le rocher Wachtfels

    Le rocher de Wachtfels qui domine le village d'Obersteinbach.

     

    Nous sommes à la sortie du village de Niedersteinbach et la forêt est partout autour de nous : des hêtres aux troncs lisses, des chênes aux feuillages dentelés, des pins sylvestres aux nuances bleutées, des épicéas à l’ample ramure…

     

     

    L'Alsace médiévale, une mosaïque de seigneuries

     

    rocher du Wachstfels, Obersteinbach
     
     

    Depuis Niedersteinbach, nous avons choisi de nous élever vers les rochers de grès rose qui percent à travers la forêt et se voient parfois couronnés des vestiges d’un château médiéval. Nous commençons notre marche devant l’église catholique Saint-Gall (XVIIIe siècle). Dans ses combles, se cache la plus importante colonie de grands murins d’Alsace : 1 000 spécimens femelles. Les visiteurs peuvent observer les chauves-souris devant la mairie, par écran interposé, alors qu’une caméra infrarouge les filme dans l’édifice. Le sentier longe le Steinbach vers le village en amont. 

     

     

    Obersteinbach
     
     
    Le village d'Obersteinbach.

     

    Très vite, les premières maisons d’Obersteinbach apparaissent. « On reconnaît les plus anciennes à leur base en grès et à leur partie supérieure en pans de bois », nous explique Noémie Thomas, en charge d’un plan de paysage autour du GR®53, entre Saverne et Wissembourg, pour le Parc naturel régional. « Le Club Vosgien a créé, en 1897, un sentier de grande randonnée de 430 kilomètres entre Belfort et Wissembourg, patiemment entretenu. Sa partie Nord, au-delà du Donon, correspond au GR®53.  » L’entretien des points de vue est essentiel. Depuis la maison forestière d’Obersteinbach, nous marchons vers l’un d’eux, en direction du sud. Le sentier plonge vite dans la hêtraie tapissée de feuilles mortes qui craquent sous nos pas.

     

    Les ruines de Wittschloessel
     
     

    Un ronronnement de tronçonneuses accompagne la fin de notre marche vers les ruines de Wittschloessel, 200 mètres plus haut. Un panneau interdit l’accès aux promeneurs, alors que se déroule un chantier d’abattage signalé par le fracas de grands arbres bruns et dénudés s’écrasant au sol. « Nous sécurisons le sentier en coupant des épicéas malades, atteints par des scolytes et susceptibles de tomber ou de propager l’affection », expliquent les bûcherons, mobilisés depuis plus de deux ans contre les coléoptères qui attaquent les résineux fragilisés par la sécheresse. À 444 mètres d’altitude, le fortin de Wittschloessel, dont il ne reste rien, devait être un poste d’observation des châteaux voisins. Au nord, les arbres fraîchement coupés ouvrent la vue sur Obersteinbach et ses forêts, d’où surgissent les squelettes de pierre du Petit Arnsbourg et du Wasigenstein.

     

     

    randonneur sur GR53
     
     

    Les châteaux du Petit Arnsbourg et du Wasigenstein

     

    Un sentier forestier nous ramène vers le village d’Obersteinbach pour reprendre le GR®53 en direction du nord et des châteaux entrevus. Le village-rue se délecte d’un panorama sur trois affleurements rocheux qui émergent parmi les arbres. Sur l’un d’eux, comme une ruine miniature des châteaux que nous allons découvrir, le Petit Arnsbourg et son morceau de tour. « L’Alsace médiévale est une mosaïque de seigneuries avec, à leurs têtes, des princes, des évêques ou des chevaliers qui règnent depuis leurs châteaux. Ces derniers fonctionnent comme des centres économiques et gèrent les espaces agricoles et les forêts environnantes », éclaire Mathias Heissler, architecte du Patrimoine au conseil départemental du Bas-Rhin et guide érudit de notre randonnée.

     

    Le château de Wasigenstein
     
     

    Depuis le village, nous atteignons le château du Wasigenstein après une trentaine de minutes de marche dans le sous-bois. À notre grande surprise, nous débouchons dans un large fossé taillé dans la roche. Sur l’une des extrémités, des restes de constructions en grès rose s’appuient sur le socle en pierre pour s’élever vers le ciel. « Voici l’exemple type du château-rocher. Les bâtisseurs ont choisi un éperon rocheux. Ils l’ont coupé en deux et creusé pour disposer d’un fossé dissuasif, dans lequel prendra souvent place la basse-cour. Sur la paroi mise au jour, des canalisations sont taillées pour recueillir l’eau et l’apporter vers une citerne », explique-t-il en effleurant la pierre. Le château s’échelonne sur une soixantaine de mètres depuis la base du rocher. Un escalier métallique redonne accès aux parties supérieures, avec des pièces troglodytiques qui devaient servir à stocker les récoltes et les impôts en nature. La plateforme sommitale, elle, abritait le logis seigneurial.Côté montagne, un pan encore debout ressemble à un écorché du bastion. À l’opposé, en direction de la vallée, le début d’une tour massive apparaît par-delà un garde-corps.

     

    Un château jumeau s’élève sur le rocher voisin. « Il était destiné à une branche de la famille Wasigenstein. La question de la copropriété s’est vite posée pour ces châteaux habités, pour les plus anciens, pendant des centaines d’années. Ils furent abandonnés au XVIe siècle, quand les seigneurs sont partis vivre dans leurs résidences urbaines. La forêt se referma alors sur les ruines… »

     

     

    Le château-rocher de Froensbourg

     

     Le chateau-rocher de Froensbourg

     

    Nous reprenons notre marche à travers la futaie, songeant à cet ogre végétal qui disloque les constructions et menace, avec le jeu du gel et du dégel, ces vaisseaux de pierre. Dans le vallon suivant, après une heure et demie de randonnée, nous retrouvons, dans le château de Froensbourg, les principes d’architecture du château-rocher avec deux parties autonomes qui percent la forêt.

     

     

    Le chateau-rocher de Froensbourg
     
     

    Et toujours la relique du donjon. « À la fin du XVIIe siècle, les troupes de Louis XIV détruisent les châteaux d’Alsace à l’explosif pour les empêcher de devenir des bastions de rébellion, alors que la région est intégrée à la France. De nombreuses ruines comportent un pan de donjon ou de mur-bouclier. Je suis convaincu qu’il s’agit d’un acte volontaire pour laisser une trace de la destruction et affirmer la puissance royale », confie Mathias Heissler. À Froensbourg, d’après les empreintes de la charpente dans la roche, neuf ou dix niveaux devaient s’étager sur le socle de pierre, dans une sorte de rue verticale.

     

     

    Le château de Fleckenstein, en équilibre

    au-dessus du vide

     

    Le château de Fleckenstein
     
     

    Le plus impressionnant des châteaux nous attend plus à l’est, après une bonne heure de marche rythmée par le balancement grinçant des grands pins. « Pour le Fleckenstein, un château de sommet, nous disposons d’un témoignage rare : une aquarelle, copie d’une tapisserie, qui le représente en 1562 », s’enthousiasme Mathias Heissler. Visible à l’accueil du château, aménagé pour recevoir des visiteurs, l’image montre un village perché et ceinturé de murailles avec une chapelle, des maisons à colombages et deux hautes tours protégeant le puits et un des escaliers.

     

    Le château de Fleckenstein
     
     

    De nos jours, les ruines de la forteresse inspirent le respect. On admire l’ingéniosité des tours – le puits servait aussi de montecharge –, l’escalier troglodytique et la plateforme sommitale, longue de 90 mètres et dominant la forêt. Là-haut, en équilibre au-dessus du vide, un pan de façade avec une fenêtre à coussiège invite à la rêverie.

    Carte : IGN 1/25 000, « Haguenau-Lembach- PNR des Vosges du Nord », 3814 ET.

     

    Patrimoine français - 2:  Vosges : sur la route des châteaux forts d'Alsace

     

    Pin It

  •  

     

    Puisaye : le bocage Bourguignon

     

     

    Par Hughes Derouard
     
    source : Détours en France n°187
     
     
     

    La Puisaye, bocage bourguignon, est l'un des secrets les mieux gardés de Bourgogne. Cette région naturelle composée de bois, de prairies gorgées d’eau, d'étangs, de haies est à mille lieux des routes viticoles. À cheval entre Yonne et Nièvre, La Puisaye, chère à Colette doit une partie de sa richesse à son sous-sol qui en a fait un haut lieu de la tradition potière.

     

     

    def-187-puysaye-puisaye-pausag-08.jpg
     
    À cheval entre Yonne et Nièvre, la Puisaye,  le nom vient de pays humide, est l’un des territoires nuturels les plus secrets de Bourgogne – même si le grand chantier de Guédelon, de renommée internationale, l’a fait sortir de son relatif anonymat.

    Le paysage poyaudin, un pays de bocage 

     

    Le paysage poyaudin ? Ici, pas de rangées de vignes ni de demeures exubérantes coiffées de toits de tuiles vernissées, mais une grasse campagne quadrillée de haies, de champs, d’étangs, de bois. « La singularité surtout, c’est que c’est un pays de bocage et qu’on y retrouve une mentalité de pays de bocage. C’est une région très cloisonnée, avec ses haies, son habitat dispersé »,explique Marcel Poulet, peintre installé à Merry-la-Vallée, dans sa Puisaye natale. Sorciers, jeteurs de  sorts, guérisseurs, « Dame Blanche » vue dans les brumes flottant au-dessus des prairies… Pendant longtemps, il y a eu ici des pratiques étranges, des croyances et des superstitions tenaces. C’est un territoire plus silencieux, plus mystérieux que le reste de la Bourgogne

     

    def-187-puysaye-puisaye-pausag-44.jpg
     
    Le lac artificiel du Bourdon, près de Saint-Sauveur-en-Puisaye, a été mis en eau en 1901 pour alimenter le canal de Briare.
     
     

    Petits villages de charme 

     

    Cette région rurale se découvre, sans balisage, ni GPS, au hasard de ses chemins creux, de ses petites routes départementales tortueuses. Au fil d’une balade buissonnière, vous tomberez sur des petits villages aux toits de tuiles brunes et au patrimoine très riche. Ici, à Saints-en-Puisaye, un moulin à eau, un beau lavoir… Puis loin, un château fort du XIIe siècle, de style philippien (caractérisé par un logis seigneurial adossé à une courtine qui remplace le donjon), domine majestueusement Druyes-les-Belles-Fontaines, 300 habitants, un temps fief des comtes d’Auxerre et de Nevers. Au cœur du charmant village de Treigny, quelques kilomètres plus loin, se dresse une église de style gothique flamboyant si haute, si majestueuse, qu’elle est devenue, dans le langage collectif, la « cathédrale de Puisaye ». Et puis, dans une dizaine d’autres villages, se découvrent de petites chapelles ou églises qui abritent des peintures murales insoupçonnées, chefs-d’œuvre de l’art roman exécutés avec de l’ocre locale.

     

     

    Michel Guyot : le saveur de Saint-Fargeau

     

    La Puisaye est une destination de choix pour assister au spectacle historique au château de Saint-Fargeau racheté par Michel GuyotCet amoureux des arts et des forteresses (il est à l’origine du chantier de Guédelon) et natif de Bourges a repris avec son frère Jacques à la toute fin des années 1970 ce monument emblématique de la Puisaye, alors en très mauvais état. Aidé de nombreux bénévoles il l’ouvre à la visite et y crée un grand spectacle historique qui attire les foules – 600 acteurs, 60 cavaliers. Aujourd’hui, le « Versailles poyaudin » a retrouvé tout son lustre, avec ses hauts murs de brique rose et ses puissantes tours qui dominent la ville.

     

    def-187-puysaye-puisaye-pausag-37.jpg
     
    Au printemps, les sous-bois de feuilles près de Moutiers-en-Puisaye.

    La Puisaye au printemps

     

    La Puisaye s’arpente de préférence au printemps lorsque la végétation explose. « C’est dans ces moments-là qu’elle révèle toute sa sensualité », vante un randonneur habitué des lieux. C’est dans ces moments-là aussi que l’écrivain Colette, née à Saint-Sauveur-en-Puisaye en 1873, fera l’apprentissage des joies de la nature : « J’avais, petite, le loisir de suivre, en courant presque, le grand pas des garçons, lancés dans les bois à la poursuite du Grand Sylvain, du Flambé, du Mars farouche, ou chassant la couleuvre, ou bottelant la haute digitale de juillet au fond des bois clairsemés, rougis de flaques de bruyères… Mais je suivais silencieuse, et je glanais la mûre, la merise, ou la fleur, je battais les taillis et les prés gorgés d’eau en chien indépendant qui ne rend pas de comptes… »

     

     

    Saint-Saveur cultive l'esprit Colette

     

    « C’est un village et pas une ville ; les rues, grâce au ciel, ne sont pas pavées ; les averses y roulent en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c’est un village, pas très joli même, et que pourtant j’adore. » L’écrivaine est née ici en 1873 et y a vécut jusqu’à ses dix-sept ans, la famille fuyant alors l’étroitesse d’esprit des villageois. Colette, jadis méprisée en Puisaye, occupe depuis 1995 la plus belle bâtisse du bourg : le château de Saint-Sauveur abrite aujourd’hui un musée dédié à sa vie et son œuvre. Sa maison d’enfance, acquise par la Société  des amis de Colette, dans la rue Colette, est en cours de restauration. « C’est dans ce jardin, dans cette maison, dont elle fera un personnage de roman à part entière, que va germer le grand écrivain qu’elle deviendra. »

     

     

    La céramique, un trésor de la Puisaye

     

    Le trésor de la Puisaye, c’est d’abord son sous-sol, argileux, imperméable, cette terre souple à modeler, exploitée depuis le XIVe siècle dans la céramique. Partout, en arrivant de Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre) des boutiques et ateliers évoquent cet artisanat. De véritables artistes perpétuent d’ailleurs cette tradition, comme au château de Ratilly, « centre d’art vivant », à Treigny, dans l’Yonne. Jeanne et Norbert Pierlot ont fait revivre ici, dans les années 1950, ce château philippien à l’abandon et ont participé au renouveau de la production de grès dans la région. Leur fille Nathalie y poursuit aujourd’hui avec talent et discrétion la fabrication du fameux « grès de Ratilly ». Et puis, il y a l’historique poterie  de la Bâtisse, à Moutiers-en-Puisaye, dont l’origine remonte au XIIIe siècle et qui a gardé un four couché du XVIIIe siècle. Des générations de potiers s’y sont succédé. « Cette terre argileuse a fait la renommée de la Puisaye. Aujourd’hui encore, notre sous-sol est recherché », vante Louis-Éric Solano,  « 53e potier de la même lignée », propriétaire de la poterie de la Bâtisse. 

     

    Patrimoine français - 2:  Puisaye : le bocage Bourguignon

     

    Pin It

  •  

    Mâconnais : balade poétique sur

    les pas de Lamartine

     

     

    Par Hugues Dérouard
     
    source : Détours en France n°187
     
     
     

    Mâconnais : en avant pour une balade poétique sur les pas de Lamartine. De son modeste « vendangeoir » de Milly à son extravagant château de Saint-Point, Alphonse de Lamartine, né à Mâcon en 1790, a vanté avec passion les paysages et les hommes de sa « terre natale ». Partons pour une escapade contemplative de cette Bourgogne du Sud, attachante région creusée de petites vallées, entre champs et vignobles.  

     

     

    def-187-maconnais-solutre-04.jpg
     
    La roche de Solutré, classée Grand Site de France

     

    Devant l’hôtel de ville de Mâcon, sur l’esplanade Lamartine, une statue du poète contemplatif – un bronze réalisé par Falguières – trône, altière. Une immense mosaïque représentant Lamartine en ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire de 1848, apparaît sur un immeuble du quai Lamartine. Au bord de la Saône, les allées Lamartine reproduisent à même le sol quelques vers du poème Le Lac. En arrivant dans la ville, impossible d’ignorer que l’auteur est né ici… Rue Bauderon-de Senecé, une plaque apposée sur un hôtel particulier signale d’ailleurs la demeure où le poète vit le jour en 1790. Une autre – rue Lamartine – apposée sur l’hôtel d’Ozenay, situe l’emplacement de la résidence de ses parents, issus d’une famille noble, et où le romantique composa un grand nombre de ses Méditations.

     

     

    def-187-maconnais-lamartine-11.jpg
     
    L'hôtel Senecé. Cette maison aristocratique début XVIIIe siècle est élevée pour un haut dignitaire mâconnais au service du roi. Elle est depuis 1896 propriété de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Mâcon. Le musée Lamartine occupe le premier étage du pavillon.
     

    On dirait le sud

     

    Du pont Saint-Laurent, qui enjambe la Saône, les quais alignent des façades aux couleurs pastel, coiffées de tuiles rondes, dites provençales. L’ensemble, superbe, est dominé d’un côté, à notre droite, par les tours asymétriques du Vieux-Saint-Vincent, vestige de l’ancienne cathédrale romane qui, menaçant de s’écrouler, fut en partie détruite en 1799, de l’autre, par les tours néo-romanes de l’église Saint-Pierre, édifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle par André Berthier, un émule de Viollet-le-Duc. Mâcon se résumerait à Lamartine ? Il suffit  de s’engouffrer dans les ruelles du centre pour voir que la ville a beaucoup à offrir, tant par ses beautés architecturales que par son ambiance quasi-méridionale. La préfecture de Saône-et-Loire fleure le sud ! Comme à Lyon d’ailleurs, on teste, rue Carnot ou rue Franche, le réseau de traboules, ces passages couverts qui traversent de vieux immeubles pour passer d’une rue à l’autre et menant généralement à la Saône… À deux pas, sur la place aux Herbes, une halte est indispensable devant l’une des plus belles demeures de Bourgogne, la Maison de Bois (1490).

     

     

    def-187-maconnais-img_9713.jpg
     
    Au 69 de la rue Franche, entrez sans crainte dans cette traboule. Vous passerez sous cette voûte ornée de séraphins, rendus un rien inquiétants par l'usure du temps.
     
     

    Sur les traces de Lamartine dans les monts du Mâconnais

     

    Nous nous engageons dans la rue Sigorgne, commerçante, qui grimpe vers les hauteurs de la ville. Un élégant édifice retient notre attention au numéro 41. L’hôtel Senecé, siège de l’Académie de Mâcon, est un bijou du XVIIIe siècle, style Régence.  Nous rencontrons Guy Fossat, l’un des membres de la vénérable institution, créée en 1805. « Saviez-vous que Lamartine a été plusieurs fois son président ?  De ce fait, l’académie, société des sciences, arts et belles lettres, possède des ressources lamartiniennes sous la forme de la totalité de ses œuvres écrites publiées…» On n’échappe pas au poète ! « Lamartine était très attaché à Mâcon et à la Saône-et-Loire, en témoignent ses nombreux mandats politiques, renouvelés dans une période de dix-huit ans, la plupart du temps comme conseiller municipal, député de Mâcon ou conseiller général ; en tant que député, ses efforts victorieux pour faire passer le chemin de fer sur la rive droite de la Saône et obtenir une gare à Mâcon ; en tant que conseiller général, une aide du conseil général à l’asile agricole de Montbellet (à quelques kilomètres de Mâcon) pour l’instruction d’employés de fermes, garçons et filles ; son éloge de l’agriculture, notamment dans son Discours aux jardiniers… » C’est décidé, nous partons sur les traces de Lamartine dans les monts du Mâconnais. Guy Fossat sera notre guide.

     

     

    def-187-maconnais-img_9839.jpg
     
    Vue sur la Saône, le quai Lamartine et les flèches de l'église Saint-Pierre. Le style homogène et coloré des façades des immeubles évoque le sud.
     
     

    Direction Milly 

     

    Route de Cluny. Nous quittons Mâcon en direction du nord-ouest pour gagner Milly, dix kilomètres plus loin. Les maisons de pierre se blottissent autour d’une petite église du XIIe siècle, sur les versants d’une colline hérissée de vignes.  C’est dans ce bourg champêtre, 350 habitants aujourd’hui, que Lamartine passe auprès de sa mère une enfance et une adolescence heureuses. « Ici, il découvre la campagne, escalade les collines,  nage dans les rivières, vagabonde à travers prés et bois en compagnie de ses amis, fils de vignerons, explique Guy Fossat, c’est là que s’est forgée sa sensibilité, son amour de la nature. » Sa maison d’enfance, dans un domaine viticole, est toujours là,  assez simple, aux murs recouverts de lierre – son  origine remonte au début du XVIIIe siècle. Il acquiert la maison familiale en 1830 avec une cinquantaine d’hectares de vignes. Trente ans plus tard, criblé de dettes, il doit s’en séparer. Un déchirement qui lui inspire l’un de ses plus célèbres poèmes, La Vigne et la Maison : « Puis la maison glissa sur la pente rapide / Où le temps entasse les jours / Puis la porte à jamais se ferma sur le vide, Et l’ortie envahit les cours! » La maison, surnommée le « Vendangeoir », est aujourd’hui la propriété de la famille Sornay qui a pris soin à ce que jamais les orties n’envahissent la cour ! « Quand il l’a léguée à notre ancêtre, Alphonse de Lamartine avait demandé à ce que notre famille préserve de génération en génération cette atmosphère romantique. Une promesse que l’on a tenue et que l’on tiendra ! », affirme Catherine Sornay.

     

    def-187-maconnais-milly-35.jpg
     
    Milly-Lamartine, ce petit village viticole du Mâconnais conserve le souvenir du bonheur qu'un enfant eut à y vivre. 
     
     

    Une maison musée habitée

     

    Loin d’être un musée figé, la maison a l’originalité d’être habitée toute l’année par Catherine et son frère Philippe. Le domicile est resté comme au temps de Lamartine. L’esprit des lieux est là, dans la cuisine ou la salle à manger rustique, ornée de vieux objets et de livres que Lamartine avait pris dans ses mains. Dans le jardin, les grands cèdres que le poète avait ramenés du Liban ont grandi. « La cohabitation au quotidien avec Lamartine se passe très bien, elle est même très agréable, sourit la propriétaire. En vivant ici, où il a écrit quelques-unes des plus belles pages de ses Méditations, on comprend très bien ce qu’il a pu ressentir, son amour viscéral pour Milly. C’est un lieu plein de sérénité et, surtout ce paysage harmonieux – champs, vignobles – n’a quasiment pas changé. »Elle dit que nombre de personnalités politiques sont venues discrètement chercher « l’esprit de Lamartine » ici, comme François Mitterrand. « Les gens viennent pour le poète, découvrent l’homme politique, mais aussi, surpris, un véritable vigneron. C’est d’ailleurs du vin de Milly qu’il déversa du haut du mont des Oliviers lors de son voyage en Orient ». En hommage au grand homme, le village de Milly a pris officiellement le nom de Milly-Lamartine au début du XXe siècle !

     

    def-187-maconnais-milly-36.jpg
     
    Dans la maison d'enfance d'Alphonse de Lamartine, les propriétaires actuels cohabitent en toute sérénité avec le poète.
     
     

    Au château de Pierreclos

     

    Passons le village de Bussières, cher à Lamartine qui s’y rendait à pied depuis Milly pour visiter son professeur et confident l’abbé Dumont, pour gagner Pierreclos et son château. Imposante, cette demeure fortifiée se dresse telle une vigie sur une petite colline au milieu des vignes et champs, dominant la vallée de la Petite Grosne. La forteresse,  elle aussi assidûment fréquentée par le poète (il y puisa l’inspiration pour Jocelyn), a conservé sa physionomie médiévale. L’austérité de l’ensemble est atténuée par un superbe toit de tuiles vernissées, aux motifs savamment travaillés, qui couronne une tour. Le château, qui veille aujourd’hui sur 8 hectares de chardonnay, était en très mauvais état il y a quelques années encore, laissé sans entretien depuis la fin du XIXe siècle. Il a été patiemment relevé par les Pidault, une famille de viticulteurs qui a racheté le château en 1989 pour en faire un domaine viticole. Dans ses caves voûtées, on déguste aujourd’hui du pouilly-fuissé. Après la dégustation, prenez la sortie du village de Pierreclos, pour franchir le col des Enceints. Il culmine modestement à 529 mètres, mais le panorama y est splendide sur les douces collines du Mâconnais et la vallée de la Saône : « Il y aurait de quoi regarder tout le jour devant ce panorama de Dieu », écrivait Lamartine !

     

     

    def-187-maconnais-pierreclos-02.jpg
     
    Le château de Pierreclos a conservé son allure fortifiée. La littérature a gardé trace de son passé mouvementé. Il est aujourd'hui totalement pacifié, propriété d'une famille de vignerons qui y a aménagé des chambres d'hôtes de charme.
     
     

    Le château de Saint Point, version gothique troubadour

     

    Lamartine reçoit de son père, en cadeau de mariage, le château de Saint-Point et s’y installe dans les années 1820. Péristyle gothique, porche à colonnette, donjon moyenâgeux… Le château, dévasté à la Révolution, a été fortement remanié par le poète dans un extravagant style gothique troubadour anglo-saxon. Sa femme Mary-Ann, anglaise, est pour beaucoup dans ce choix décoratif qui confère à l’ensemble une allure de forteresse pour décor de théâtre. Dominant un paisible vallon verdoyant où paissent les charolaises, le château, labellisé Maisons des illustres, est privé mais se visite aux beaux jours. Il est depuis 2006 la propriété de Philippe Mignot, maire de Saint-Point, pas spécialement amateur de Lamartine au départ. Au fil du temps, à force de vivre dans ses murs au quotidien, il s’attache au personnage et anime lui-même des visites guidées érudites, dans l’intimité du poète. Les fantômes lamartiniens semblent encore y être présents à travers le mobilier et les objets du salon, de la salle à manger ou encore du cabinet de travail quasi monacal. Le gentleman-farmer, qui avait vanté le village à travers le roman Le Tailleur de pierres de Saint-Point en 1851, souhaita reposer ici. Son tombeau et celui des membres de sa famille se trouvent dans une petite chapelle néogothique bordant le parc du château. Jouxtant le château, un vieux cimetière, où s’élève une chapelle romane, émouvante de simplicité, abrite deux panneaux peints par la femme de Lamartine.

     

     

    def-187-maconnais-saint-point-16.jpg
     
    Une touche déjà plus "beaujolaise" pour ce château de plaisance de Saint-Point où vécut Alphonse de Lamartine à partir de 1823. Le château, demeure privée mais ouverte à la visite, a reçu en 2011 le label Maison des illustres. Y sont conservées des objets personnels, des oeuvres originales, sa correspondance...
     
     

    Au château de Monceau à Prissé

     

    Nous voici à Prissé. Impossible de manquer le joyau du village : le château de Monceau étire sa longue façade flanquée de deux pavillons, à flanc de colline. Édifié en 1648, le château revint à Lamartine, par héritage de sa tante. Le poète, qui veut fuir Saint-Point où sa fille Julia a été inhumée, y élit même domicile en 1834. Il y produit du vin, reçoit de prestigieux visiteurs, tel Franz List. Dans les vignes, juste à la limite du parc du château, se niche un petit pavillon octogonal. C’est son « pavillon de la Solitude », qu’il a lui-même fait construire. C’est dans l’austérité boisée de ce lieu, dans cette retraite, qu’il a écrit une grande partie de son Voyage en Orient et de son Histoire des Girondins. Plus de cent cinquante ans plus tard, tout semble toujours en place. « De la petite pièce ainsi surélevée, on découvre un paysage magnifique sur le vignoble, les monts et les roches du Mâconnais, vante Guy Fossat, de l’Académie de Mâcon, propriétaire du pavillon. En ce lieu discret Lamartine faisait peut-être fusionner son attachement à ce terroir avec ses souvenirs personnels, et avec ses réflexions philosophiques et sociales qui visaient l’universel. Chacun peut y imaginer le personnage, ses inquiétudes ou ses rêves. L’histoire rejoint la légende. » Le château de Monceau est aujourd’hui une maison de vacances pour personnes âgées.

     

     

    def-187-maconnais-montceau-08.jpg
     
    Le château de Monceau, à Prissé, accueillit un Alphonse de Lamartine dévasté par la mort de sa jeune fille Julia, ne supportant plus de vivre au château de Saint-Point où elle était enterrée. Dans le confort de ce château, il recevait ses amis, comme lui écrivains : Honoré de Balzac, George Sand, Eugène Sue...
     
     

    La forteresse de Berzé-le-Châtel

     

    Trois murs d’enceinte, onze tours, deux donjons… À Berzé-le-Châtel, le décor est encore plus grandiose : ici s’élève une puissante forteresse édifiée à partir du XIIIe siècle pour protéger l’abbaye de Cluny. Pour Lamartine, cette vigie bourguignonne constituait un repère dans le paysage : « Les tourelles d’un vieux château gothique, appelé le château de Berzé, qui était comme la borne du pays [...]. L’œil ne pouvait s’en détacher […]. Cette vue avait la gravité de l’histoire. » À deux pas, à Berzé-la-Ville, sur un éperon dominant les ondulations du vignoble mâconnais, se dresse un petit bijou méconnu : la chapelle des Moines, faisant partie d’un prieuré construit au XIIe siècle par Hugues de Semur (1024-1109), sixième abbé de Cluny. C’était son refuge, loin de l’abbaye-mère. Après la Révolution, le sanctuaire roman servit de grange. C’est en 1887 que l’on a découvert par le plus grand des hasards les peintures murales ornant le chœur, masquées d’un badigeon de chaux. Aujourd’hui, ces fresques colorées, influencées par les arts byzantin et romain, sont les seules aussi bien conservées de la région et constituent un précieux témoignage : elles nous donnent une idée du décor peint disparu de l’église abbatiale de Cluny III. On y admire notamment, dans l’abside, un grand Christ en majesté dans sa mandorle,  les douze apôtres, les martyrs saint Blaise et saint Vincent et une quarantaine de personnages : c’est probablement le plus grand ensemble de fresques romanes en Bourgogne.

     

     

    def-187-maconnais-montceau-05.jpg
     
    La restauration et l'entretien des lieux lamartiniens entretiennent le souvenir de l'homme de lettres. Ici, une dépendance du château de Monceau, à droite de la chapelle.

     

    def-187-maconnais-img_2886.jpg
     
     

    Site de Solutré, haut lieu de la préhistoire

     

    Le site de Solutré, où fut découvert pour la première fois un outillage en pierre (un biface taillé en « feuille de laurier »), a donné son nom à une phase du Paléolithique supérieur : le Solutréen. Au pied de la roche, des fouilles ont mis à jour en 1866 un incroyable ossuaire d’animaux – le « Cros du charnier » - prouvant que le site devait être un haut lieu de chasse de 35 000 à 10 000 ans av. J.-C. Les troupeaux de chevaux sauvages, aurochs, rennes ou cerfs, n’étaient pas précipités par les chasseurs depuis le sommet de Solutré, contrairement à ce que laisse entendre une légende tenace, mais ils devaient être piégés au pied du rocher durant leur migration saisonnière alors qu’ils fuyaient les crues de la Saône. Pour tout comprendre, le Musée de Préhistoire, bâti discrètement dans les entrailles de la Roche, et récemment réhabilité, présente une très riche collection archéologique.

     

    De retour vers Mâcon

     

    Sur la route du retour vers Mâcon, on ne peut qu’être aimanté par le village Solutré-Pouilly et  la silhouette emblématique qui le surplombe : la roche de Solutré. Classé Grand Site de France depuis 2013, cet escarpement de calcaire est reconnaissable à sa forme de navire : « Les éperons calcaires de Solutré et de Vergisson donnent un élan imprévu au paysage si sage des environs  de Mâcon. Comme si de grands navires pétrifiés s’étaient échoués sur l’océan des vignes », écrivait Lamartine. Qu’elle a l’air haute, cette falaise ! Rassurez-vous, malgré une pente assez raide, son ascension est relativement aisée (et rapide, comptez 30 minutes). La récompense est au sommet, à 493 mètres de hauteur : un panorama grandiose vous attend, dévoilant la roche de Vergisson, les monts de Pouilly, la plaine de la Saône, la Bresse, le Jura - et même, par temps clair, le massif du MontBlanc ! « François Mitterrand, dont la belle famille était originaire de Cluny, a certes beaucoup contribué à la notoriété de la roche. Mais c’est un lieu qui a toujours captivé les hommes, par sa forme insolite au milieu du paysage, sa richesse naturelle et son histoire, explique Stéphanie Beaussier, gestionnaire du Grand Site de Solutré. C’est un site archéologique majeur qui a été un lieu défensif au Moyen Âge – le sommet était couronné jusqu’au XVe siècle d’une forteresse médiévale commandant la région. Née à l’ère tertiaire lors de l’effondrement de la plaine de la Bresse, consécutif au soulèvement alpin, la roche fait travailler l’imaginaire : ce sont plusieurs millions d’années qui nous contemplent ! C’est un calcaire composé de récifs coralliens fossilisés, tels que ceux qu’on trouve aujourd’hui dans les mers chaudes. Imaginez que Solutré, il y a des millions d’années, était entouré par la mer ! »La célèbre roche éclipserait presque la beauté du village de Solutré-Pouilly en lui-même, lové, magnifique, au sud. Ses ruelles pentues s’orchestrent autour de sa petite église romane dédiée à Saint-Pierre. Avec ses lavoirs, ses puits à étages, le bourg, 400 habitants, a conservé tout son cachet bourguignon. Vous y découvrirez un nombre très important de belles demeures traditionnelles de vignerons, avec galerie typiquement mâconnaises et caves profondes. En empruntant les routes serpentant dans le vignoble, vous admirerez d’adorables petits hameaux, telle la Grange-aux-Bois et son ancien prieuré du XIIsiècle. Sur le versant de Pouilly, véritable petit village en soi avec sa chapelle, un élégant manoir à tourelle du XVe siècle s’élève au milieu des vignes. Vous pourrez faire halte dans l’une des nombreuses caves qui jalonnent les lieux. Car, l’autre joyau de Solutré-Pouilly, c’est bien son terroir. Sur ces terres argilo-calcaires, s’est épanoui le cépage chardonnay qui a donné naissance au fameux pouilly-fuissé, l’un des grands vins blancs de Bourgogne.

     

     

    def-187-maconnais-cluny-26.jpg
     
    L'abbaye de Cluny fondée en 910. Le clocher de l'Eau bénite de Cluny III (XIIe siècle), les bâtiments abbatiaux et le cloître du XVIIIe siècle.

     

    Patrimoine français - 2:  Mâconnais : balade poétique sur les pas de Lamartine

     

    Pin It

  •  

    Les plus beaux villages d'Alsace à visiter

     

    Par Marine Guiffray
     
     
     

    Aussi charmants en hiver qu’au printemps, les villages d’Alsace sont nombreux à cumuler les titres de noblesse : « Plus beaux villages de France », Village Préféré des Français… Plébiscitées pour leur richesse historique et leur allure pittoresque, ces bourgades typiques de la région séduisent même au-delà de nos frontières. Voici notre top 7 !

     
     

    Mittelbergheim, charmant village autour de Strasbourg

     

    Le vignoble de Mittelbergheim, en Alsace

     

    Les plus beaux villages d’Alsace ne se trouvent pas tout à fait dans la périphérie de Strasbourg. Toutefois, si vous souhaitez partir en excursion une journée dans une charmante bourgade, Mittelbergheim est l’une des plus proches de la capitale alsacienne. Labellisé « Les plus beaux villages de France », le joli bourg se trouve au pied du célèbre mont Saint-Odile. Étape incontournable sur la route des vins d’Alsace, il dévoile sur la colline de Zotzenberg un vignoble classé « Grand Cru » !

     

     

     

    Eguisheim, un village pittoresque autour de Colmar

     

    La place Saint-Léon, dans le village d'Eguisheim (Alsace)

     

    Situé à moins de 10 kilomètres de Colmar, le village fleuri d’Éguisheim vaut le détour pour son architecture pittoresque datant des XVIe et XVIIe siècles. Élu « Village préféré des Français » en 2013 et labellisé « Les plus beaux villages de France », il étonne par sa structure en cercles concentriques qui mène naturellement les visiteurs jusqu’à sa place centrale. Ces derniers peuvent y admirer la grande fontaine Saint-Léon et le château médiéval des Comtes d’Éguisheim.

     

     

    Kaysersberg, un village typique d'Alsace

     

    Maisons traditionnelles au bord de la rivière Weiss, à Kaysersberg (Alsace)

     

    Niché lui-aussi au cœur des vignes alsaciennes, le village très touristique de Kaysersberg égaye le paysage de ses couleurs vives. En 2017, ses maisons à colombages typiques de la région ont d’ailleurs séduit les téléspectateurs de France 2, qui l’ont élu « Village préféré des Français ». En plus du charme de ses rues pavées, Kaysersberg attire pour ses trois monuments emblématiques : le pont fortifié au-dessus de la rivière Weiss, l’église Sainte-Croix et le château impérial de Schlossberg.

     

     

    Ferrette, aux portes du Jura alsacien

     

    Le village de Ferrette, en Alsace

     

    Moins connu que les étapes de la route des vins, le village de Ferrette se situe à l’extrémité sud de l’Alsace, dans le pays du Sundgau, à une dizaine de kilomètres seulement de la frontière suisse. Village médiéval construit à flanc de colline, il est surmonté des ruines d’un château du XIIe siècle ayant appartenu à la lignée des comtes de Ferrette, facilement accessible à pied. Ne rechignez pas à grimper car au sommet, la vue sur le village est incroyable.

     

     

    Ribeauvillé, généreux et festif

     

    Le village de Ribeauvillé, en Alsace

     

    Situé dans le massif des Vosges, Ribeauvillé est un autre village mythique de la route des vins d’Alsace, proche voisin de Riquewihr. L’église Saint-Grégoire, les trois châteaux – le Saint-Ulrich, le Ribeaupierre et le Girsberg –, la Tour des Bouchers du XIIIe siècle, l’hôtel de ville du XVIIIe… Il y a beaucoup à voir ! Et en prime, tous les premiers week-ends de septembre, la cité médiévale s’anime à l’occasion de la fête des Ménétriers (« Pfifferdaj » en alsacien). À partir du XIVe siècle, ces troubadours ont eu pour coutume de se réunir dans le village qui, depuis, perpétue la tradition en musique. Danse, chants et défilés costumés sont au programme.

     

     

    Hunawihr, l'un des plus beaux villages de France

     

    Le village d'Hunawihr, en Alsace

     

    Encore une commune qui peut brandir fièrement son label « Les plus beaux villages de France » ! L'Alsace en compte quatre en tout ; nous en sommes donc à trois. Cerné par les vignes, le petit village d’Hunawihr n’usurpe pas son titre. Il est reconnaissable à son église fortifiée datant du XVe siècle, dont le clocher domine la plaine.

     

     

    Riquewihr, une véritable cité médiévale

     

    La cité médiévale de Riquewihr, en Alsace

     

    Et de quatre. Dernier village de notre sélection – et pas des moindres –, également labellisé « Les plus beaux villages de France », Riquewihr regorge de bâtiments historiques remarquables. Outre les diverses demeures Renaissance, ne manquez pas d’admirer l’ancienne prison aujourd’hui baptisée Tour des voleurs, le musée Hansi ou encore la Tour du Dolder, emblème du village. Anecdote amusante : en  2016, Riquewihr a même été élu plus beau village de France par l’association des agences de voyages et tour-opérateurs japonais.

     

    Patrimoine français - 2:  Les plus beaux villages d'Alsace à visiter

     

    Pin It

  •  

    La montagne corse : un itinéraire à

    couper le souffle

     

    Par Florence Donnarel
     
    source : Détours en France n°216
     
     

    Au centre de la longue dorsale de granite qui la traverse, bat l’âme d’une île à la nature prodigieuse. De Corte, la fière cité de l’intérieur, aux lacs d’altitude sertis de pitons, des forêts cathédrales qui tapissent les hautes vallées aux canyons où s’adonner aux sports d’eau vive, un itinéraire au sommet.

     
     
     
    Corte en Corse

     

    Plus qu’ailleurs, Corte cultive le souvenir de Pascal Paoli. Place, cours, statues... tout résonne ici du nom du père de la patrie corse, qui fit de Corte la capitale de l’Île entre 1755 et 1769. D’ailleurs, le château perché sur un éperon rocheux dominant la ville, nid d’aigle impétueux, ne respire-t-il pas l’insoumission ? Élevé au XVe siècle par Vincentello d’Istria, vice-roi de Corse au nom du roi d’Aragon, l’édifice consacrait déjà la position stratégique de ce bourg du centre montagneux de l’Île, à mi-chemin entre Bastia et Ajaccio.

     

     

    Une cité paoline hors du temps

     

    Corte en Corse

     

    Le belvédère de la vieille ville permet d’admirer le château, bâtisse ventrue enfermée dans une muraille crénelée qui épouse le rocher. On y prend aussi la mesure de l’intérêt militaire de Corte, face aux vallées de la Restonica et du Tavignano qui s’ouvrent à l’ouest. Autour et par-delà le château, s’étend la citadelle, fortification bastionnée élevée en 1769, qui couronne la ville haute et occupe l’espace avec deux grandes casernes aujourd’hui converties en musée et en bâtiments publics.

     

    Ruelle dans Corte en Corse

     

    Mais le charme de Corte est ailleurs : dans le quartier qui dévale de la citadelle. Des maisons hautes qui semblent chercher la lumière, des rues pentues pavées de galets, des jardins au milieu de la ville, et ce sentiment que le temps s’est arrêté. Quelques édifices conservent dans leurs murs les signes de l’Histoire et parfois de la rébellion. La façade de la maison Gaffory, sur la place éponyme, est criblée d’impacts de balles rappelant les attaques commises contre son propriétaire, chef de la révolution insulaire à partir de 1745 et assassiné par les Génois en 1753. Juste au-dessus, le Palais national, monumentale bâtisse carrée au toit en lauze, accueillit le siège du gouvernement et du parlement de la Corse indépendante de Paoli. C’est aussi ici que l’homme fort de l’Île installa en 1765 l’université de Corse. Fermée quatre ans plus tard, après la défaite des patriotes corses à Ponte Novo, elle ne rouvrit qu’en 1981. Aujourd’hui, de septembre à juin, environ 4 700 étudiants (près des deux tiers de la population de la ville) insufflent un vent de jeunesse dans les rues de la ville basse de Corte, écrivant une nouvelle page de l’Histoire.

     

     

    Le cachet glaciaire des lacs d'altitude du Cortenais

     

    Lac de Mélo en Corse

     

    Au sud-ouest de Corte, la route bardée de grands pins qui emprunte les étroites gorges de la Restonica débouche sur une vallée d’altitude, point de départ d’une randonnée vers quelques-uns des plus beaux lacs de montagne corses. C’est le terrain de jeu d’Antoine Orsini, hydrobiologiste et enseignant à l’université de Corte qui nous accompagne au cœur de ce massif de granite. « Nous sommes dans une vallée en U creusée par les glaciers », explique l’expert alors que nous commençons notre marche depuis les bergeries de Grotelle, à 1 370 m.

     

     

    Sur les dalles et les rochers de granite qui ponctuent la montée, il désigne les surfaces polies et les stries en forme de coup de cuillère qui témoignent du travail d’érosion des glaciers. « Plus bas, dans les gorges, là où la fonte des glaces s’est arrêtée, la vallée adopte une forme en V typique d’un creusement par la rivière », poursuit-il.

     

     

    Cette rivière, c’est le torrent de la Restonica, alimenté par les lacs de Melo et Capitello, le fil d’Ariane de notre ascension. Des genêts piquants et des genévriers rampants ondulent au sol tandis que les pampilles rouges des sorbiers des oiseleurs distillent leurs notes colorées dans le paysage. Quelques vaches se promènent encore sur ces pâturages d’été. « Les lacs se sont formés avec le retrait des dernières glaces, il y a 10000 ans, éclaire notre spécialiste. La plupart des lacs corses sont nés du surcreusement des glaciers au moment où ils rencontrent une roche plus dure. » 

     

    Le lac de Mélo en Corse

     

    C’est le cas de Melo que l’on découvre après avoir franchi une barre de granite, à 1711 m. Enchâssé dans la montagne, il scintille des reflets verts des arbustes qui dévalent des pentes. « Les lacs se comblent à cause du gravier et du sable charriés par la pluie et la fonte des neiges, commente Antoine Orsini.

     

    Lac de Nino dans la vallée de Restonica en Corse

     

    L’évaporation provoquée par le changement climatique accentue le phénomène. Des bancs finissent par émerger au bord des lacs, colonisés par la végétation. Ce sont les pozzines. » Sur la rive droite du lac, nous observons ces pelouses de velours vert, imbibées d’eau et criblées d’aulnes odorants.

     

     

    Capitello, un lac de glace

     

    La lac de Capitello en Corse

     

    Le sentier vers le lac de Capitello grimpe avec hardiesse parmi les rochers, à flanc de montagne. Suspendu entre les aiguilles de granite, le plus profond des lacs corses (42 m) brille sous le soleil. « À près de 2000 m, Capitello est gelé plus de la moitié de l’année. En hiver, pour mener nos études, on y pratique la plongée sous-glace», sourit Antoine Orsini. Il a, par exemple, constaté la disparition de la truite dans les deux lacs, suite à l’introduction du saumon de fontaine. C’est toutefois la surfréquentation qui l’inquiète le plus. « Les visiteurs piétinent les pozzines qui ont l’avantage de garder l’eau. » Certaines pelouses sont désormais protégées par des exclos et, en 2017, le massif du Monte Rotondo a été classé réserve naturelle. « La topographie, l’élévation et l’ancienne présence de glaciers font du Cortenais la région corse la plus riche en lacs d’altitude », conclut l’expert. Les sommets environnants sont mouchetés de ces miroirs d’eau : Bellebone, incrusté entre les pentes arides du Monte Rotondo; Creno, cerclé de pins laricio et tapissé de nénuphars ; Nino, souverain, avec ses vastes pozzines et ses chevaux sauvages...

     

     

    L'appel de la forêt corse

     

    La forêt de Verghellu en Corse

     

    Dans le centre de la Corse, entre les villages de Vivario et Venaco, l’épaisse forêt du Verghellu exhale une haleine fraîche, chargée d’humus. Antoine Paolacci, agent forestier à l’Office national des forêts (ONF) en charge du secteur, fait les présentations. « Celui-ci, c’est le pin laricio, explique-t-il en désignant le tronc grisâtre d’un conifère longiligne. Un bois noble, avec un fût solide et bien cylindrique, peu de branches, une belle rectitude...

     

    Futaie de pins laricio

     

    Ce n’est pas pour rien qu’on l’utilisait dans le passé comme mât de navire. » Ce pin noir endémique de Corse peut atteindre jusqu’à 50 mètres de haut et affectionne, au-delà du royaume du chêne vert, l’étage de la forêt situé entre 800 et 1500 m. Le pin maritime, que le néophyte peut confondre avec le pin laricio, se distingue, lui, par son tronc cuivré, ses pommes plus grosses et son terrain d’épanouissement qui ne dépasse pas les 800 m. 

     

     

    Plaisir de l'eau vive dans la vallée de Gravona

     

    Canyon dans la vallée de Gravona

     

    Le col de Vizzavona marque la frontière entre la Haute-Corse et la Corse-du- Sud. Au sud-est du col, dans la vallée de la Gravona, le village de Bocognano est cerné de sommets. Le plus célèbre bandit d’honneur corse du XIXe siècle, Antoine Bonelli dit Bellacoscia, en est originaire. Pendant près de quarante ans, il se plan- quera dans le maquis des alentours, sans être repéré. La place principale du village offre une vue panoramique sur les pics granitiques qui émaillent la barrière montagneuse nord de la haute vallée : Punta Laccione (1 982 m), Punta Miglia- rello (2 254 m), Monte d’Oro (2 389 m)... Sur les pentes de ce massif, le ruisseau Cardiccia a façonné des gorges étroites idéales pour la pratique d’un canyoning ludique et accessible. C’est dans ce canyon de la Richiusa que nous sommes venus goûter à cette activité en eau vive.

     

     

    Une claque au creux des gorges

     

    Canyoning dans le Cortenais

     

    La marche d’approche le long de la rivière parmi les aulnes et les frênes, puis sur les pentes abruptes brûlées par le soleil, échauffe les jambes. C’est l’occasion aussi de contempler le cirque rocheux qui domine le canyon. Sur ces hauteurs, un névé servait autrefois de glacière aux Ajacciens avant de modeler chaque année le canyon par sa fonte. Après quarante-cinq minutes de marche, nous descendons vers la rivière au creux des gorges. Derrière un rideau d’aulnes, l’eau cristalline et fraîche à point (environ 13 °C) marque une pause avant de franchir une série d’obstacles. C’est ici que l’on s’équipe, sur les rochers ronds à moitié immergés, d’une combinaison, de chaussures crantées, d’un casque et d’un baudrier. Départ en fanfare avec un long toboggan qui nous propulse dans l’eau. Une claque revigorante. Nous voici dans une des premières vasques du parcours, surplombée de murailles rocheuses. Frédéric Fresi, notre guide accompagnateur en moyenne montagne, nous invite à les escalader pour sauter, juste pour le plaisir, de quatre, cinq ou six mètres...

     

     

    Une beauté à couper le souffle

     

    Canyon dans la vallée de Gravona

     

    Plus loin, l’adrénaline monte lors de la descente en rappel d’une paroi verticale où l’eau cascade sur près de 14 mètres. Puis ce sont quelques sauts dans le vide, précédés d’une bonne impulsion pour atteindre une piscine naturelle invisible du point de départ. Partout, la beauté du site interpelle. Dans ces vasques de pierre ciselées par l’eau ou entre des falaises hautes de 30 m, où le ciel n’est plus qu’une bande bleue zébrée par les branches des arbres. Les éléments deviennent sensibles : roche polie que l’on effleure des doigts ou douche froide du torrent dans un goulet. Après 1 h 30 du torrent de descente active, nous atteignons la fin du canyon. Il s’ouvre sur une rive ombragée d’arbustes, précieux lieu de baignade. Bientôt, le torrent se jette dans la Gravona. Une cinquantaine de kilomètres plus au sud, elle finit sagement sa course dans le golfe d’Ajaccio, dans une zone humide prisée des oiseaux. Un trait d’union entre la montagne et la mer.

     

    Patrimoine français - 2:  La montagne corse : un itinéraire à couper le souffle

     

    Pin It




    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique