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    Sare : l'âme du pays basque

     

     

    Par Philippe Bourget
     

    Les kilomètres de frontière entre la commune et l’Espagne ont valu à Sare la réputation de « village contrebandier ». Si le « travail de nuit » a fait sa bonne fortune, c’est de jour qu’il faut le parcourir. Avec ses quartiers champêtres aux superbes maisons labourdines, ses chemins de montagne, son héritage artisanal et ses traditions vivaces, Sare apparaît, en pleine lumière, comme l’une des communes en pointe dans la défense de la culture basque.

     

    Sare


    Imposante, l’église Saint-Martin avec son clocher massif (il vient d’être rénové pour effacer toute trace de l’incendie qu’il avait subi) date du XIIe siècle. Elle a été agrandie au XVIIe siècle.

     

    Concours de pottocks


    Grand rendez-vous du mois de juillet à Sare : le concours des pottoks. Pouliches et juments de cette race de chevaux primitive et locale sont examinées par un jury : aspect général, morpho- logie... Les éleveurs sont très fiers de leurs bêtes.

     

    Concours de pottocks


    Lors du concours de pottoks, deux catégories de chevaux sont distinguées : le pottok de montagne (toise de 1,15 à 1,32 mètre au garrot), et le pottok de prairie (toise 1,20 à 1,47 mètre). Ces petits chevaux qui vivent en parcours libre dans la montagne basque sont totalement indissociables de cette région.

     

    Photos-Villes du Monde:  Sare : l'âme du pays basque

     

     

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  • Vogüé, l'amphithéâtre ardéchois

    Par Philippe Bourget (Texte original) ; Céline Fion (adaptation web)
    Publié le 02/06/2016

    Irrigué par l’impétueuse Ardèche, Vogüé se blottit contre une barre calcaire. Ce village de caractère offre aux visiteurs ses labyrinthes en gradins et son magistral château. 

    Vue sur l'Ardèche et Vogüé Des canoës sont proposés à la location pour découvrir la beauté des rives de l’Ardèche, de Vogüé à Ruoms. 

    A onze kilomètres au sud d’Aubenas, l’Ardèche vient longer une paroi calcaire à-pic. C’est là que Vogüé s’est étiré entre l’eau et la pierre, excellant dans l’art de concentrer le patrimoine en se pliant à ces deux éléments. Situé sur la route qu’empruntaient les muletiers, entre la vallée du Rhône et Puy-en-Velay, le village profita de substantiels droits de passage. Ils permirent aux seigneurs et notables de s’enrichir et d’offrir son cachet prospère à la cité.

    Chateau de Vogüé Le jardin suspendu du château est le lieu idéal pour jouir d’une vue imprenable sur le village et les falaises.

    Château de famille

    Trônant au cœur de ce dense panorama, le château fut construit à la fin du XIIe siècle par un certain Raymond Ier de Vogüé. Il n’était au départ qu’un simple fort médiéval mais il fut modifié au fil du temps. Il prit son allure quadrangulaire au XVe siècle et s’agrémenta de fenêtres à meneaux, porte à bossages et d'un grand escalier au début du XVIIe. L’édifice passa de mains en mains au gré de l’Histoire mais finit toujours par revenir à la grande famille de Vogüé. Il est aujourd’hui possible de visiter le bâtiment qui mélange présentations historiques et expositions temporaires d’œuvres d’art.

    Vue panoramique sur Vogüé Vogüé a la particularité d'être construit en amphithéatre, dans un enchevêtrement de ruelles étroites.

    Cachet méridional 

    Un agréable parcours médiéval attend les visiteurs qui s’enfoncent dans les ruelles du bourg. Construit en gradins, Vogüé offre nombre des attraits que l’on croise en contrées sudistes : des ruelles jalonnées d’arcades, des escaliers-dédales serpentant entre les maisons, des rues empierrées, des jardins étroits, des passages sous voutes et autres soustets (quand ils se terminent en tunnels ). La palette est riche de maisons en galets de granit et de balcons en pierre.

     

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    Visiter Quito : que faire, que voir ?

    ue faire à Quito, la capitale de l’Equateur ?

     

    Connue dans le monde entier pour être quasiment située sur la latitude 0, Quito, la capitale équatorienne, surprend avec ses majestueux bâtiments architecturaux, datant du 16ème siècle, qui donnent à la ville son air colonial distinctif. En vous promenant dans les étroites rues pavées et escarpées du centre historique, vous pouvez voyager à travers l’histoire du pays dont on retient le nom grâce au parallèle qui porte son nom et qui divise le monde en deux hémisphères: nord et sud.

    En septembre 1978, le centre historique, ou La Ciudad Vieja (la vieille ville) de Quito, fut déclarée par l’UNESCO premier site du patrimoine mondial. Avec 3,2 km², c’est le centre historique le plus vaste et considéré comme le mieux préservé d’Amérique. Le vieux centre dispose de places, de plus de 20 églises, des monastères et couvents, des musées, ainsi que des bâtiments dont les balcons traditionnels sont décorés de pots de fleurs avec élégance.

    En parcourant la ville, vous allez pouvoir découvrir la vie quotidienne des habitants de la capitale équatorienne. Le paysage colonial, avec l’architecture préservée, se confond avec l’agitation d’une grande ville: les hommes en costume pressés se mêlent aux personnes âgées marchant lentement, et vêtues de tissus colorés. Quito compte environ 1,6 millions d’habitants, et si vous comptez visiter la ville le temps de quelques jours, voici les meilleures choses à faire à Quito :

    1. La Plaza de la Independencia

    Place de l'Independance, Plaza de la Independencia, Quito

    C’est en plein cœur de la ville, sur la Plaza de la Independencia (également appelé Plaza Grande) qu’est situé le Palacio de Carondelet, le siège du gouvernement de l’Équateur. En plus d’abriter le centre du pouvoir du pays, la place est entourée de trois autres organes importants: la Cathédrale Métropolitaine, le Palais de l’archevêché et le Palais Municipal. Au centre de la place se trouve le monument de l’Indépendance, construit en 1909, en hommage au premier soulèvement de la guerre d’indépendance du pays survenu 100 ans plus tôt. La structure se compose d’un lion blessé (soulignant la défaite des troupes espagnoles), un condor (oiseau emblématique des pays andins), et la déesse romaine Libertas (qui représente la liberté). C’est un point central idéal pour débuter votre visite de la vieille ville.
      

    2. La Place et l’église San Francisco

    Plaza et  Eglise San Francisco Quito

    Wikimedia – DianGabi

    Sur l’une des plus grandes places de Quito, est située l’une des plus grandes, plus belles et des plus anciennes églises de la ville : San Francisco. Sa construction a commencé en 1535 avec celle du monastère du même nom, et il a fallu 70 ans pour qu’elle soit achevée. Avec sa façade symétrique et son entrée sculptée dans la pierre, l’église de style baroque possède un magnifique autel sur lequel trône l’icône de la ville, celui de la Virgen Alada de Quito (la vierge ailée de Quito), sculptée par Bernardo de Legarda en 1734.

    3. Iglesia de la Compañía de Jesús (église de la Compagnie)

    Eglise de la compagnie des Jésuites, Compañía de Jesús, Quito

    Wikimedia – Maros M r a z (Maros)

    Cette impressionnante église jésuite du 16ème siècle, qui se trouve à l’une des extrémités de la place San Francisco, a pris 163 années pour être terminée et c’est la plus joliment décorée de toutes les églises du pays. Gravement endommagée par le tremblement de terre 1987, elle fut restaurée en 2002. Richement complexe tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, c’est un chef-d’œuvre de l’art baroque et de l’art Quiteño Colonial : ses autels sont couverts de feuilles d’or et les peintures sur son plafond voûté lui ont valu le surnom de « Chapelle Sixtine de Quito ». Les murs sont recouverts de fresques murales de l’école de Quito. Les motifs sur les colonnes à l’intérieur de l’église montrent clairement une influence mauresque, et on dit que celles-ci sont des copies de celles réalisées par le Bernin au Vatican. Elles sont reproduites sur l’autel principal.

     

    4. La Mitad del Mundo (Moitié du Monde)

    Mitad del Mundo, moitié du monde, ligne équateur, Quito

    Flickr – Gary Hans

    Mitad del Mundo est bien sûr très touristique, mais c’est amusant de se dire que vous avez à la fois un pied dans l’hémisphère Nord et un pied dans l’hémisphère Sud. Ce monument est situé à environ 22 kilomètres au nord de Quito, exactement sur la ligne imaginaire de l’équateur, qui sépare le globe en deux. Comme on peut s’y attendre, on trouve ici un faux village colonial avec de nombreuses boutiques et restaurants. Pas forcément super, mais c’est amusant de se demander dans quel sens l’eau s’écoule dans l’évier à cet endroit (dans tous les sens). N’hésitez pas à aller jeter un œil au Musée Inti Nan qui se trouve à 240 mètres de là, supposément à l’endroit « exact » de la ligne de l’équateur

    5. Basílica del Voto Nacional (Basilique du Vœu national)

    Basílica del Voto Nacional, Quito

     

    Flickr – Rinaldo Wurglitsch

    Depuis de nombreux coins de la ville, il est possible de voir la Basílica del Voto Nacional. Avec son majestueux bâtiment de style gothique, inspiré de la cathédrale française de Bourges, c’est le plus grand en son genre de toute l’Amérique latine. C’est sans doute également l’une des plus belles églises de la ville. De l’extérieur, les gargouilles, ces sculptures qui servent à évacuer les eaux pluviales, sont spécialement décorées avec des figures d’animaux de la faune équatorienne comme les tortues, les iguanes, les tatous, les couguars et les dauphins. A l’intérieur, de nombreux vitraux représentent la flore du pays et rappellent des scènes de la vie de Jésus. L’un des avantages que la basilique présente est que l’on peut monter au sommet de l’une de ses tours pour obtenir une vue panoramique à 117 mètres de hauteur. Le prix pour cela est d’environ 2,50€.

    La construction de la Basilica del Voto Nacional a débuté en 1883 et ne fut achevée qu’en 1924. Le Pape Jean-Paul II a visité le site le 30 janvier 1985, ce qui lui a valu une statue en son honneur qui est installée aujourd’hui en face de l’entrée principale de l’église.

    6. La colline d’El Panecillo et la Vierge de Quito

    El Panecillo, vierge de Quito

    Pixabay – 472619

    Divisant le centre et le sud de Quito, la colline du Panecillo (« petit pain » en espagnol) offre l’un des principaux points de vue de la ville. Sa hauteur de 3035 mètres au-dessus du niveau de la mer, lui permet d’être visible de partout à travers la capitale. Le nom Panecillo a été donné par les Espagnols au début du 16ème siècle. Avant cela, la colline avait déjà reçu deux autres noms : Yavirac (signifiant « source d’eau ») à l’époque pré-inca et Shungoloma, comme l’appelaient les Incas.

    C’est sur cette colline que se trouve la sculpture de la Vierge de Quito, munie d’ailes, et conçue par l’artiste espagnol Agustín de la Herrán Matorras. Mesurant 41 mètres de haut (avec le socle), elle est composée de plus de 7000 pièces en aluminium, et fut construite entre le 4 novembre 1955 et le 28 mars 1975, jour de son inauguration. C’est donc la réplique de la vierge de Bernardo de Legarda que l’on trouve dans l’église de San Francisco.

    7. Teleférico Cruz Loma

    Téléphérique de Quito

    Crédit – selectlatinamerica.co.uk

    Le téléphérique de Quito (qu’on appelle ici le « TeleferiQo ») vous permet d’apprécier pleinement le paysage qui entoure cette ville située au milieu des Andes, en vous transportant à 4053 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur les flancs du volcan Pichincha. Au bout de 15 minutes d’ascension, vous pourrez également avoir un aperçu des volcans Cotopaxi (5897 m), Antisana (5704 m) et Cayambe (5790 m), qui sont parmi les quatre plus grands volcans du pays, seulement dépassés par le Chimborazo (6267 m). Petite astuce : quittez le bas du téléphérique en fin d’après-midi pour observer le coucher du soleil. N’oubliez pas de vous vêtir comme il faut, le vent et le froid étant présents tout là haut. Le billet pour le téléphérique est au tarif de 7€ environ.

    8. Le Museo Guayasamín et la Capilla del Hombre

    Musée Guayasamin Quito

    Flickr – Cancillería del Ecuador

    Dans l’ancienne maison du peintre de renommée mondiale Oswaldo Guayasamin (1919-1999), ce merveilleux musée abrite la collection la plus complète de son travail. Guayasamin était aussi un collectionneur passionné, et le musée présente sa collection exceptionnelle de plus de 4500 céramiques, os et morceaux de métal de l’ère précolombienne récupérés à travers l’Equateur. Les pièces sont classées par thème (vases, figurines de fertilité, masques funéraires, etc…), plutôt que par époque ou groupe culturel, et le résultat n’est autre que l’une des collections archéologiques les plus admirablement présentées dans le pays.

    Il est fortement suggéré d’aller visiter ce musée, d’autant qui est situé juste à côté de la Capilla del Hombre, toujours du même artiste, qui est un musée d’art spécialement construit pour être dédié aux peuples d’Amérique latine.

     

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    Bayonne : une ville sérieusement festive

     

    Par Philippe Bourget
     
     

    Irriguée par l’Adour et la Nive, Bayonne est plus cosmopolite et culturelle qu’il n’y paraît. Terrienne, portuaire, conservatrice et 
« identitaire », la grande ville du Pays basque nord bouscule sa routine lors d’événements sportifs et festifs. 

     

    Les fêtes de Bayonne

    Le goût des fêtes de Bayonne vous fera tout voir en rouge et blanc, bichromie essentielle à la bonne tenue des événements. Toute la ville respire au rythme des chants, challenges sportifs, défilés, concerts, bals. Durant cinq jours, et depuis 1932, Bayonne explose de vie, les « festayres » s’en donnent sans réserve, le centre-ville résonne de bonnes vibrations émises par un million de personnes. Ici, en bord de Nive, le quai Jauréguiberry sera-t-il assez large pour contenir toute cette bonne humeur?

     

     

    Quai de la Galuperie

    Le quai de la 
Galuperie (1720-1730),
 au bord de la Nive, entre le 
pont Pannecau et le pont
 Marengo est un ancien
 quartier de pêcheurs. Ses maisons à arcades, hautes,
 étroites, sont bâties sur
 pilotis. Dernière à gauche 
de l’image, la maison
 Dagourette dont la 
présence est attestée 
depuis le XVIIe siècle. Elle abrite, depuis 1922, le
 Musée basque et de la 
tradition bayonnaise.

    Au-delà des édifices connus, la découverte de la face cachée 
des quartiers restitue la personnalité d’une cité où l’on vénère autant le rugby, la pelote et la tauromachie que la « fiesta ».

     

    La Venise du Pays basque ?
    Bayonne serait-elle une Venise qui s'ignore? Le parallèle est osé, mais dû aux deux cours d'eau qui irriguent les quartiers. Voyez le port. La Sérénissime s'envase, les rives de l'Adour s'ensablent. Depuis les quais lustrés par mille marées et courants, les marins bayonnais exportaient le vin de Bordeaux, une exclusivité accordée par les rois d’Angleterre. De même, les notables de Bayonne commerçaient avec la Normandie et les îles anglo-normandes, vers lesquelles ils exportèrent le cidre basque. Tels des marchands vénitiens influents... Une autre comparaison est à tenter : l’art de la fête populaire. Chaque mois de juillet, pendant cinq jours (et cinq nuits), les fêtes de Bayonne deviennent le troisième plus grand rassemblement festif d’Europe, après l’Oktoberfest de Munich et la San Firmin de Pampelune.
     

    Le Château-Vieux

    Le Château-Vieux, quadrilatère de 50 mètres de côté, est une forteresse médiévale qui date de la fin du XIe siècle et a été en partie élevée sur les remparts romains : une courtine et trois tours ont été englobées. Un donjon hexagonal avait pris place dans la cour intérieure, il a été détruit sur ordre de Vauban en 1680 : trop dangereux. La promenade autour de Château-Vieux permet d’admirer son état de conservation, de penser à ses hôtes (Louis XI, Charles XI, Louis XIV) et de remercier Napoléon Ier qui, finalement, a abandonné l’idée de le démolir.

     

    Enceinte romaine du castrum de Lapurdum


    Magnifique vestige de l’enceinte romaine du castrum de Lapurdum : la tour Vieille Boucherie date du IVe siècle. Avec la tour des Deux-Sœurs, des socles de tours disparues, des maisons construites sur le vieux mur romain, les restes de cette époque sont finalement assez visibles entre la rue Tour-de-Sault et la rue du Rempart-Lachepaillet. Ces constructions sont en pierre de Bidache, un matériau local très utilisé à Bayonne.

     

    Le cloître gothique de la cathédrale Notre-Dame


    Le cloître gothique de la cathédrale Notre-Dame est l’un des plus vastes de France. Et, chose rare, il n’était pas réservé au seul clergé, mais avait un rôle de forum : les marchands et édiles s’y réunissaient entre les XIVe et XVIe siècles. Certains y sont même enterrés. Son entrée est libre et le lieu a conservé sa vocation puisqu’il accueille aujourd’hui des expositions.

     

    La rue Argenterie

    La rue Argenterie prend ce nom vers 1650. Elle regroupait les orfèvres et changeurs. Au n° 5, une maison et son escalier du XVIIesiècle.

     

    Les arènes de Lachepaillet

    Les arènes de Lachepaillet ont été inaugurées en 1893. Bayonne est fille de traditions, et la tauromachie est l’une d’elles depuis plus de sept siècles : les lâchers de bovins étaient pratiqués et déjà réglementés. Les arènes néomauresques bayonnaises peuvent accueillir jusqu’à 10 000 spectateurs.

     

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    Découvrir Pau et son influence

    anglo-saxonne

     

    Par Philippe Bourget
     

    La ville de Pau a vécu sous influence anglo-saxonne du début du XIXe siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale. Attirés par les vertus du climat béarnais hivernal, de riches Britanniques puis Américains y séjournent ou s'y installent et importent leur style de vie. Partout, les signes de cette présence sont visibles. Une piste originale pour re-découvrir cette ville.

    pavillon_des_arts_et_funiculaire_de_pau.jpg

    De la gare SNCF à la ville haute : 30 m à gravir en toute beauté - et gratuitement - à travers une palmeraie grâce au funiculaire. En haut, à flanc de coteau, le pavillon des arts : sa terrasse, extrémité de la place Royale, est un belvédère sur la ville basse

    Au début du XIXe siècle, si la ville avait l’habitude de recevoir Espagnols, Prussiens et Russes, elle n’était pas totalement inconnue outre-Manche. On raconte qu’après la bataille d’Orthez, en 1814, alors que les soldats du duc de Wellington pourchassant ceux de Napoléon étaient basés à Pau, deux officiers écossais en kilt s’amusèrent à frapper des balles de golf devant les habitants médusés. Mais la parution en 1842 d’un traité médical va amener de nombreux Britanniques à mettre le cap sur Pau. On the curative influence of the climate of Pau, du docteur écossais Alexander Taylor, vante les bienfaits d’une cure hivernale en Béarn sur les affections nerveuses et pulmonaires. Ce flux de touristes ne se tarira qu’après la Première Guerre mondiale. Dans l’intervalle, la ville se sera anglicisée, au point que son patrimoine en porte encore les traces.

     

    Les codes de l'aristocratie londonienne à Pau

    C’est au cimetière que la touche anglo-saxonne se révèle le mieux. Les croix celtes sur les tombes d’Écossais, Irlandais et Anglais rappellent que Pau
 a été le dernier refuge de nombreux Britanniques. Alexander Taylor lui-même y repose. Mais avant d’entamer leur dernier voyage, les membres de cette petite communauté se réunissent et se divertissent. D’autant plus que quelques-uns s’installent en ville et font construire de somptueuses maisons. Les codes de l’aristocratie londonienne sont rapidement reproduits. En 1826, cette élite fonde le Cercle anglais, association de notables qui s’échangent les derniers potins de la ville et devisent golf et équitation tout en buvant du whisky. Fait unique, ce Cercle existe toujours ! Les Anglais créent en 1840 le Pau Hunt Drag. Dans le sillage de Lord Oxenden, ces cavaliers pratiquent la chasse à courre au renard dans la campagne béarnaise accompagnés de chiens. 175 ans après, l’équipage conduit par un master et un huntsman, le meneur qui dirige les chiens de race foxhound, existe encore ! Et puisque les courses de chevaux font partie de l’ADN anglais, pourquoi ne pas construire un hippodrome ? C’est chose faite en 1839, avec la création de la Société d’encouragement pour l’élevage du cheval. La ville de Pau concède des terrains situés à Pont-Long, au nord de la ville, et les premières courses se disputent en 1842.

     

    pau-ancien-hotel-gassion.jpgL'ancien hôtel Gassion ou les fastes de la station touristique de Pau au XIXe siècle. Il a été bâti par un riche Béarnais pour accueillir la clientèle venue d'outre-Manche

     

    Haras de Pau-Gelos, repaire d'experts

    Aux portes de Pau, ce haras national occupe un site rare. Créé sur décision de Napoléon Ier en 1808, il occupe 13 hectares arborés autour du château Duplaà, belle et grande demeure bourgeoise du XVIIIe siècle. À la différence d’autres haras, il se visite. L’occasion de découvrir les métiers équestres : débourrage, équitation, attelage, maréchalerie... ainsi qu’une intéressante collection de voitures hippomobiles. Le haras héberge une quarantaine d’étalons issus de races différentes mais aussi un atelier de sellerie remarquable. Depuis vingt-sept ans, Patrick Martin y officie au milieu des vieux outils et des odeurs de cuir, couteau demi-lune, griffe, emporte-pièces... Il est l’un des neuf selliers nationaux et fabrique harnais, sangles, licols, sellettes, colliers..., exposés dans la splendide sellerie d’honneur voisine. « Mon grand-père et mon père étaient selliers. Ici, nous n’achetons que du cuir français. Nous travaillons pour les boutiques
 des haras nationaux et de prestigieuses écoles, comme celle du Cadre Noir de Saumur. »

     

    Après l'équitation, le golf

    L’hippodrome est le second en France pour les courses d’obstacles. Le meeting de Pau, organisé chaque hiver de décembre à février, draine des écuries et des parieurs d’outre-Manche. La palette des loisirs anglais serait incomplète sans le golf. Les Britanniques ont inventé ce sport qui se joue sur du gazon. Par chance, il pleut aussi souvent à Pau qu’à Londres, un climat idéal pour garder une herbe bien verte. En 1856 naît ainsi le Pau Golf Club. Pour le créer, le colonel Hutchinson, le major Pontifex et l’archidiacre Sapte se sont inspirés du Royal and Ancient Golf Club of Saint-Andrews, en Écosse, excusez du peu. Le parcours est dessiné par l’architecte écossais Willie Dunn et devient un 18 trous en 1860. Des compétitions sont créées, comme la Hamilton Gold Medal ou la Kilmaine Cup. Le club house et ses tableaux de la Belle Époque ont conservé leur patine British et rappellent cette aventure.

     

    maison_colombages_pau.jpgMaisons à colombages dans la quartier du château de Pau

    Pour voir et être vu : une vie mondaine anglaise de plus en plus présente

    La vie mondaine anglaise se déploie aussi en ville. Pour voir et être vu, il faut des lieux à la hauteur. Ce sera d’abord la promenade des Anglais (aujourd’hui, boulevard des Pyrénées), vaste déambulatoire en balcon de 850 mètres de long tracé entre 1883 et 1899, plein sud face aux montagnes. Quand les flâneurs en ont assez d’admirer les pics pyrénéens et les toilettes des belles ladies, ils s’installent à la terrasse du Café Champagne (aujourd’hui, la brasserie Royale) ou s’invitent au palais Gassion (1872), noble bâtisse de l’homme d’affaires Lafourcade-Caramau, que fréquentait le général anglais Cunningham. En 1908, alors que le chemin de fer est arrivé à Pau depuis presque un demi-siècle, un funiculaire (toujours en service) permet à ces dandys de gravir sans peine le talus séparant la gare de la Promenade. L’autre lieu phare est évidemment le palais Beaumont. Le parc à l’anglaise existe depuis un an déjà lorsque ce vaste bâtiment, nommé alors palais d’Hiver, est inauguré pour accueillir la riche clientèle. Il abrite toujours le casino et maintenant, le palais des Congrès.

     

    boulevard-pyrenees-pau.jpgLe Pic du midi d'Ossau vu du boulevard des Pyrénées

     

    Le cercle anglais

    Cette institution née en 1826 était un club de lecture pour Britanniques en villégiature. Le jeudi, soir de réunion, on y dîne à 20 heures, puis on joue au bridge en buvant de l'armagnac. Depuis bientôt deux siècles, après avoir longtemps accueilli l'élite d'outre-Manche, elle rassemble tout ou partie de ce que Pau compte de notables, notaires, professions libérales, médecins, avocats... "Nous sommes l'émanation d'un cercle anglais créé pour des Anglais et transformé en club français", nous explique doctement le baron Erik de Salettes, président du Cercle, gentleman farmer. Installé villa Lawrance, construite en 1855 par la famille Schlumberger, le Cercle anglais est un lieu de réunions et d'échanges, organisés autour de dîners, conférences et parties de scrabble. François Bayrou en a été membre en 1983 - il est aujourd'hui membre d'honneur en tant que maire de Pau, comme le consul de Grande-Bretagne à Bordeaux. "Mais nous ne parlons ni politique ni religion et avons même refusé autrefois de recevoir un évêque", se défend Erik de Salettes. Aujourd'hui, seuls deux Britanniques et un Américain, résidents palois, sont membres d'un club... anglais où personne ne manie plus la langue de Shakespeare.

     

    De fastueuses villas au quatier Trespoey

    Près de ce palais va pousser le quartier Trespoey. Les plus belles villas de la ville y sont rassemblées. On en dénombre une centaine, les plus célèbres émanant de riches Américains, contemporains des Anglais dans leur attirance pour Pau. La villa Ridgway d'un banquier de Philadelphie, la villa Sainte-Hélène de la famille Prince, le palais Sorrento du banquier Mérillon et de son épouse new-yorkaise, les villas Nitot, Beit Rahat, Saint Basil's, Navarre (devenue hôtel de luxe)... rappellent le faste de la période. Ce cycle culmine en 1908, quand les frères Wright, pionniers américains de l'aviation, lancent à Pau la première école de pilotage, imité quelques mois plus tard par Louis Blériot, tous séduits par les conditions météo hivernales. En mars 1909, Édouard VII d'Angleterre viendra même assister au vol d'un des frères Wright.

     

    pau-palais-beaumont.jpg

    En 1878, le palais d'hiver était construit dans le parc Beaumont. Il arborait alors une superbe coupole de verre et de métal au-dessus d'un palmarium. Très abîmés, le palmarium et sa coupole sont détruits en 1928, remplacés par un casino municipal. Il y a quinze ans, le palais Beaumont a été totalement réhabilité pour accueillir le palais des Congrès.

     

    La présence du passé encore aujourd'hui

    Par-delà ces souvenirs, que reste-t-il d'anglais à Pau ? Il y avait un magasin de vêtements made in England, il a fermé. Du salon de thé so British, il reste seulement ses rayonnages déco. Mais une International School of Béarn a été créée en 2002 à Morlaàs et dispense un enseignement en anglais aux élèves de maternelle et de primaire. Et l'église anglicane Saint-Andrews, de 1887, est toujours là. Passerelle entre les siècles, une scène y représente un panorama de Pau avec le château d'Henri IV.

     

    chateau-de-pau.jpg

    Face aux Pyrénées et au coeur de la ville, le château de Pau : ici naquit le futur Henri IV, un 13 décembre 1553. L'édifice, qui abrite le musée historique du Sud-Ouest, est un superbe assemblage architectural. Le donjon de briques est un souvenir de Gaston Fébus (XIVsiècle), la terrasse et le décor Renaissance datent d'Henri d'Albret (grand-père d'Henri IV), l'aile et la tour Napoléon III et le triple portique sont des apports du XIXe siècle

     

    Photos-Villes du monde:  Découvrir Pau et son influence anglo-saxonne

     

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