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    Troubles anxieux: histoires de peur

     

    Difficile parfois de mettre le doigt sur le problème. Les appréhensions d'un... (PHOTO THINKSTOCK)

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    Difficile parfois de mettre le doigt sur le problème. Les appréhensions d'un enfant sont-elles le fruit d'une crainte passagère ou d'un véritable trouble anxieux? Voici comment deux jeunes ont dompté l'anxiété et, surtout, comment y voir plus clair.

    L'anxiété a de nombreux visages. Elle prend parfois les traits d'une phobie, d'une peur qui prend toute... toute la place. Deux adolescentes et leurs proches ont accepté de nous raconter tout le chemin parcouru pour mettre des craintes irraisonnées à la porte.

    Gabrielle et les poux

    Gabrielle* n'a jamais attrapé un seul pou. Et pourtant, ces bestioles lui ont volé une grande partie de son enfance. La peur incontrôlable d'être en contact avec ces parasites l'a amenée au bord du gouffre.

     

    Assise à la table de la cuisine, l'adolescente raconte sans réserve ce qu'est la vie avec une phobie, accompagnée de sa tante Karina, avec qui elle vit désormais.

    Gabrielle, 16 ans, a toujours été de nature inquiète, mais c'est à l'école que les choses se gâtent. Dès la maternelle, elle craint les microbes. Elle se lave frénétiquement les mains, plusieurs fois par jour. «J'avais la peau gercée jusqu'ici», raconte l'adolescente en se frottant les avant-bras.

    Et comme bien des parents, la mère de Gabrielle craint les poux. Elle multiplie les consignes pour que sa fille s'en tienne loin. Rapidement, toutes les craintes de la fillette se cristallisent dans ces nouveaux ennemis.

    L'anxiété, une histoire de famille

    Plusieurs proches de Gabrielle souffrent de troubles anxieux. Le terreau est donc fertile chez l'enfant, et la peur grandit. Tous les soirs, après l'école, Gabrielle s'arrête chez sa grand-mère et lui demande de fouiller sa tête. Avant d'aller au lit, elle retrace le fil de sa journée et interroge sa mère au sujet de gestes qui pourraient lui amener des poux. Un train ininterrompu de questions... jour et nuit.

    «Si elle ne me répondait pas, je faisais d'énormes crises», raconte l'adolescente. Épuisée, sa mère cède et accepte de répondre aux questions de Gabrielle. La peur prend ainsi une «ampleur démesurée», malgré un suivi psychiatrique.

    «Arrivée au secondaire, je regardais partout dans mes cheveux trois fois par jour. Je me chicanais avec tout le monde. Je voyais des amis, mais je voulais juste qu'ils partent.»

    Gabrielle refuse alors de s'asseoir sur le sofa de la famille, de toucher les vêtements qui tombent sur le sol, d'avoir des contacts physiques, et elle dort même avec un sac de plastique sur son oreiller.

    En guerre ouverte avec sa mère, toujours avec les poux en trame de fond, Gabrielle s'enfonce. Elle tente de se suicider à 15 ans. «C'était vraiment à cause des poux», souffle-t-elle.

    Malheureuse, Gabrielle flirte avec la délinquance. Sa mère n'en peut plus, et Karina lui propose de prendre le relais. Orthopédagogue, elle a elle-même souffert de troubles anxieux dans le passé. Elle déménage chez l'adolescente et laisse son appartement à sa soeur.

    Un défi par jour

    Immédiatement, elle entreprend de donner un défi par jour à sa nièce. S'asseoir sur le sofa deux minutes. Puis cinq. Au bout d'un très long processus, Gabrielle arrive à s'y coucher, puis à mettre un jeté sur sa tête. «Ç'a été très difficile. Elle s'en est même pris physiquement à moi, mais j'avais un but: que sa maison ne soit plus une zone de danger», se rappelle Karina. Elle se montre compréhensive, mais elle tient bon.

    Au fil des mois et des défis, Gabrielle se défait peu à peu de sa peur. Onze mois plus tard, elle fait ce constat: «Je peux maintenant m'aider moi-même. J'avais trop peur, mais j'ai compris que je pouvais faire plein d'affaires aujourd'hui ! Nana [Karina] me l'a montré», confie l'adolescente, tout sourire. Elle accepte désormais les câlins, et même de détacher ses épais cheveux foncés.

    Parallèlement, elle reçoit l'aide d'une travailleuse sociale et participe à un groupe de soutien pour adolescents anxieux, où elle a rencontré un ami de qui elle est très proche. «Mon anxiété a beaucoup diminué», raconte-t-elle.

    Lorsque l'entrevue tire à sa fin, Gabrielle pousse un soupir et sourit. «Je suis en train de réaliser que... eh bien... ça va vraiment bien, maintenant. Je suis heureuse, hein, Nana?»

    *Prénom fictif. Pour protéger son intimité, nous avons accepté de lui accorder l'anonymat.

    Alyssa-Rose et les insectes

    Toute petite, Alyssa-Rose pouvait passer des heures à jouer à l'extérieur au chalet familial. Puis, du jour au lendemain, tout bascule. À 6 ans, une peur incontrôlable des insectes la fige sur place. Plus question pour elle de mettre le nez dehors.

    L'anxiété, qui prend la forme d'une phobie, devient rapidement un réel handicap. «Elle s'est mise à fuir tout ce qui volait et à faire des crises, raconte sa mère, Caroline Émond. Pourtant, elle n'a pas été piquée par un insecte. Rien ne pouvait laisser présager que cette peur ressortirait.»

    Une peur qui envahit toutes les sphères de la vie d'Alyssa-Rose. À la récréation, elle refuse de bouger dans la cour de l'école. La tête calée dans les épaules, elle est terrifiée. «J'avais vraiment très peur que les abeilles me piquent», se remémore l'adolescente, aujourd'hui âgée de 16 ans.

    La peur est irrationnelle, mais l'enfant n'y peut rien. À l'école, elle est appuyée par plusieurs spécialistes, mais les sorties à l'extérieur demeurent pénibles tout le long de son primaire. «Elle ne pouvait plus fonctionner normalement, se rappelle sa mère. Les enfants la montraient du doigt... Ça ne l'a pas aidée à se faire des amis.»

    Un pas à la fois

    À 12 ans, Alyssa-Rose reçoit un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme. Le fait qu'elle exprime peu ses sentiments complique la situation. Caroline privilégie alors l'approche des «petits pas» pour aider sa fille. Au chalet, elle demande à sa fille de s'asseoir près d'elle, sur le balcon: d'abord cinq minutes, puis de plus en plus longtemps. La mère et la fille discutent alors de tout et de rien, pour éviter de mettre l'accent sur la peur.

    «Je ne voulais pas que sa peur gagne sur elle. Je voulais qu'on trouve des solutions pour l'aider à la combattre.»

    Elle sait de quoi elle parle: à l'âge de 19 ans, elle est passée par un épisode d'agoraphobie. Sa peur des endroits publics l'empêchait de poursuivre ses études au cégep, de se rendre au centre commercial et même au restaurant. Comme sa fille, c'est en s'exposant très graduellement à sa peur et en acceptant l'aide d'un psychologue qu'elle est parvenue à surmonter sa phobie, et à reprendre ses études quelques mois plus tard.

    «Quand tu as vécu avec un trouble anxieux, tu as peut-être plus de facilité à aider quelqu'un qui vit une situation semblable», résume-t-elle.

    «Une vraie souffrance»

    Aujourd'hui, Alyssa-Rose parvient à marcher jusqu'à l'école. Une grande victoire sur la peur, souligne sa mère, fière. L'adolescente n'aime toujours pas les insectes, mais elle tolère leur présence. «J'ai appris à fermer la porte de ma peur», explique l'adolescente, consciente du chemin parcouru.

    Une route parfois difficile, qui demande un grand investissement, se rappelle sa mère: «C'est très prenant. Comme parent, tu es vidé de ton énergie après les crises, mais ce qu'il faut savoir, c'est que ce ne sont pas des caprices ou un moyen d'attirer l'attention. C'est une vraie souffrance, et ça peut vraiment arriver à n'importe qui.»

    Difficile parfois de mettre le doigt sur le problème.... (Illustration La Presse) - image 2.0

    ILLUSTRATION LA PRESSE

     

    De l'anxiété à l'optimisme

    Avoir peur, s'inquiéter ou vivre de l'anxiété est normal. Sain, même. Sauf quand ça devient envahissant. Comment repérer l'anxiété malsaine? Que faire pour ne pas la nourrir?

    Un réflexe naturel

    Le mot lui-même a beau faire un peu peur, il y a des situations où il est naturel de vivre de l'anxiété. Comment reprocher à un enfant d'avoir mal au ventre à une semaine de la rentrée? Même les enseignants ont parfois des papillons dans le ventre au moment de se présenter devant une vingtaine de nouvelles paires d'yeux. Si tout le monde traverse ce genre de moments de stress et d'inconfort, tout le monde n'y réagit pas de la même façon. L'anticipation peut facilement se transformer en appréhension: peur de la nouveauté, peur de perdre la face, peur de dormir chez un ami, peur de perdre ses parents, peur de rater un examen... Se projeter dans un avenir inconnu est, pour certains enfants, source d'anxiété.

    Peurs nocives

    «L'adulte qui a peur de quelque chose se fait un film, voit l'événement catastrophique se produire et peut même ressentir les émotions qu'il ressentirait dans une telle situation. Ce n'est pas aussi clair pour les enfants. Leurs pensées sont un peu plus brouillées. Ils vont savoir qu'ils ont des peurs, avoir des espèces de flashs, mais ce n'est pas un film continu», explique Ariane Hébert, psychologue et auteure d'Anxiété - La boîte à outils. Comment savoir si le stress ou la peur de notre enfant sont normaux ou envahissants? «C'est toujours une question de quantité, de fréquence et d'intensité», dit Nathalie Couture, elle aussi psychologue et auteure de guides destinés aux petits, dont Incroyable moi maîtrise son anxiété. Les deux spécialistes s'entendent pour dire que l'anxiété devient problématique si elle empêche l'enfant de participer à des activités (une fête d'amis, par exemple) ou nuit à son développement personnel, social ou scolaire.

    Plus anxieux qu'avant?

    Aucune donnée scientifique ne permet de conclure qu'il y a plus d'enfants anxieux qu'avant. Ariane Hébert signale néanmoins que «la pensée commune» chez les penseurs et chercheurs intéressés par la question incite à croire que, oui, il y en a plus qu'avant, «en raison de notre rythme de vie». Il se peut aussi que les parents d'aujourd'hui favorisent involontairement l'anxiété chez leurs petits... Leurs exigences et leurs attentes seraient «nettement plus élevées qu'autrefois», juge d'une part Ariane Hébert. Entre le programme international, les cours d'arts martiaux et l'apprentissage d'une troisième langue, les enfants subiraient plus de pression. Par ailleurs, les parents actuels étant aussi «très engagés» envers leurs enfants, ils seraient aussi «très peu tolérants à l'inconfort» vécu par leur progéniture.

    Parentalité anxiogène?

    «Un parent qui sent son enfant anxieux va s'activer beaucoup, raconte la psychologue. Souvent, on maintient l'enfant dans l'anxiété parce qu'en essayant de l'apaiser à tout prix, on lui évite d'être confronté à des situations anxiogènes, ce qui lui évite aussi d'apprendre des stratégies pour calmer son anxiété. Ces stratégies-là se vivent dans le malaise et, comme parent, on a du mal à tolérer ça.» Ariane Hébert dit ne blâmer personne, seulement poser un constat. Nathalie Couture, elle, juge d'abord qu'un parent qui essaie de comprendre les émotions de son enfant, «c'est toujours gagnant». Puis, elle nuance: «Si on est présent dans la surprotection, peut-être que ça n'aidera pas. Si un parent ne laisse pas son enfant vivre ses propres expériences de peur qu'il arrive quelque chose, peut-être que l'enfant va se bâtir en étant incertain de ses capacités, dit-elle. Ça fait partie des facteurs de risque de développer de l'anxiété.»

    Guider vers l'optimisme

    Que faire? Rassurer l'enfant, bien sûr. Valider son émotion. Ensuite? «L'important, c'est de lui remettre [le problème] sur les épaules, lui demander: qu'est-ce que tu pourrais faire?», suggère Ariane Hébert. Il est important selon elle que l'enfant comprenne que l'anxiété vient de l'intérieur. Dans son livre Incroyable moi maîtrise son anxiété, Nathalie Couture explique entre autres aux petits qu'ils ont en eux un «Petit Plus» et un «Petit Minus» et que, en gros, quand ils sont anxieux, c'est qu'ils écoutent plus «Petit Minus». Ariane Hébert suggère par ailleurs de «créer un réflexe d'optimisme» chez l'enfant en l'incitant notamment à voir aussi le positif dans toute situation. Pourquoi ne pas demander à notre enfant qui vient soi-disant de passer une mauvaise journée à l'école, de la raconter de nouveau, mais en prenant le temps de se rappeler ce qui s'est bien passé, ce qui a été agréable? Un truc tout simple qui pourrait aussi bénéficier à bien des adultes!

    Un juste degré d'anxiété

    Le niveau d'anxiété qu'on vit a un effet sur nos performances. Trop, c'est comme pas assez. Explications.

    Illustration inspirée de la loi de Yerkes-Dodson, qui établit un lien entre la performance cognitive et le degré de stimulation.

    Optimal

    «Être stressé ou anxieux avant un examen va faire en sorte que je vais mettre des choses en place: je vais étudier, me préparer à l'avance, demander de l'aide à mon professeur s'il y a des notions que je comprends mal. Ça, c'est de l'anxiété normale», dit Nathalie Couture, auteure d'Incroyable moi combat l'anxiété. Dans un cas comme celui-là, le fait d'appréhender un échec augmente la vigilance et suscite des actions constructives.

    Faible

    L'anxiété est orientée vers le futur. Elle est marquée par l'anticipation et implique d'appréhender les conséquences de nos actes, rappelle Ariane Hébert dans Anxiété - La boîte à outils. L'incapacité à se projeter dans l'avenir peut faire qu'un enfant va négliger sa préparation à un examen, par exemple, puisqu'il ne songera pas à la possibilité d'un échec ni à son impact. Dans pareil cas, le niveau d'anxiété est trop faible pour provoquer une réaction qui pourrait être saine.

    Élevé

    Étudier de manière compulsive des notions qu'on maîtrise déjà témoigne d'un niveau d'anxiété hors de la normale. «Ça devient un problème quand il y a une perte de qualité de vie, quand l'enfant se sent envahi par ces émotions-là», dit Ariane Hébert. Elle parle alors de «rupture de fonctionnement», situation où on peut par exemple observer des difficultés de sommeil ou l'incapacité à faire un devoir (ou un examen).

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    Incroyable moi maîtrise son anxiété. Nathalie Couture et Geneviève Marcotte. Éditions Midi Trente, 48 pages.

    Anxiété - La boîte à outils. Ariane Hébert. Éditions de Mortagne, 176 pages.

     

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    Optimisme: mode d’emploi

     

    Santé-Psycho 2:  Optimisme: mode d’emploi


    Deux façons de changer le regard que l’on porte sur son quotidien.


    de Louise Gendron du magazine Châtelaine

     

     

     

    Neuf belles choses

    Cette méthode a été testée de façon scientifique par une équipe de psychologues allemands qui a d’abord créé deux groupes de volontaires (après avoir éliminé les sujets présentant une tendance dépressive). Pendant une semaine, les membres du groupe A devaient prendre 10 minutes tous les soirs pour noter un souvenir d’enfance. Ceux du groupe B, eux, avaient à noter neuf belles choses vues ou vécues pendant la journée. Trois interactions humaines, trois beautés du monde de la nature, et trois autres, de n’importe quel type.


    À la fin de la semaine, les participants du groupe B présentaient une amélioration notable de leur niveau de bien-être. Laquelle s’est maintenue pendant près de deux mois…


    La méthode des neuf belles choses a aussi été testée pas du tout scientifiquement par moi-même. Verdict : juste le fait de devoir trouver neuf choses belles ou agréables change la journée. Parce qu’il faut les chercher, porter attention à ce qui se passe autour de soi. Et on les trouve. Ou on les provoque. En échangeant quelques mots avec la barista qui prépare son café du matin par exemple. Pour se retrouver, au bout d’une semaine, à apprendre d’elle des rudiments de son mandarin maternel.


    Et, oui, ça change la vie…


    Changer son discours intérieur avec ABCDE


    Brûler un feu rouge sans voir le policier qui n’attendait que ça pour coller une contravention. Transporter un sac d’épicerie trop plein qui lâche au milieu du parking… Ça arrive à tout le monde. Avec le même résultat : le monologue qui se déclenche entre les deux oreilles entraîne une belle chute de moral. C’est ce que le psychologue Albert Ellis a baptisé le modèle ABC de l’adversité.


    Voici comment ça fonctionne :

    A pour Adversité : en traversant la rue, je me fais frôler par une voiture.

    B pour Bagarre, ma réaction instinctive (« Bon sang, quel imbécile ! Les gens conduisent comme des pieds ! »)

    C pour Conséquence : j’engueule le chauffard. Ou je peste jusqu’au travail. D’une manière ou d’une autre, je suis de mauvais poil pour le reste de l’avant-midi. Ce qui ne punit en réalité que moi.

    À ce modèle, Martin Seligman, psychologue et vulgarisateur, père de la psychologie positive, ajoute deux éléments pour le transformer en ABCDE :

    D pour Dos de la médaille : cela implique de faire l’effort volontaire d’opposer des contre-arguments à mon discours intérieur négatif. « Il n’avait pas l’air d’un écervelé, juste d’un type distrait. Il avait peut-être un grave problème. Finalement, j’ai eu de la chance, pas une égratignure… »

    Ce qui donne E pour Énergie : à court terme, l’effort de contrer le discours intérieur négatif donne un meilleur état d’esprit, donc une matinée plus agréable. Et le sentiment d’avoir vaincu l’adversité.

     


    Pratiquée de façon régulière, cette métamorphose du discours intérieur réduit à la source le nombre de pensées négatives et a un effet réel sur le bien-être et la façon de voir la vie.

     

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    L’apparence comme une prison

     

     

    Comment se libérer de cette image de la femme jeune, au corps et au visage lisses? La féministe intérieure de Geneviève Pettersen se demande bien si elle pourra sortir de la prison des apparences.

    de Geneviève Pettersen du magazine Châtelaine

     

    Je crois que la première fois que ça m’a frappée, j’étais dans ma voiture. J’écoutais CHOM et j’ai brusquement réalisé que j’avais l’âge de ma mère. Pas l’âge de ma mère en ce moment. Son âge quand j’avais 11 ou 12 ans et que je la trouvais donc vieille. 34 ans. J’écoutais All Apologies de Nirvana. Quand la musique que tu aimais adolescente joue à CHOM, c’est que tu n’es plus jeune pantoute.


    Il est devenu rare qu’on s’adresse à moi en utilisant mademoiselle. On m’appelle madame à tour de bras à l’épicerie, à la SAQ, au garage et à l’école des enfants. Ça ne me dérange pas, remarquez. Longtemps, j’ai eu hâte au moment où on me désignerait ainsi. Dans ma tête, ce serait le signe que j’ai atteint le stade supérieur de l’existence. Quand on nous appelle madame, c’est qu’on est véritablement adulte, qu’on a une vraie carrière, qu’on voyage dans le sud, qu’on a des enfants, des REER, une maison bien décorée. J’étais loin de me douter qu’on m’appellerait madame bien avant que je puisse avoir tout ça. Je n’avais pas anticipé non plus ce petit pincement au cœur quand j’ai compris qu’on me donnait de la mademoiselle que pour me faire plaisir ou me flatter dans le sens du poil.

     

    Santé-Psycho 2:  L’apparence comme une prison

     Photo: iStock


    J’ai toujours trouvé ridicules les femmes qui craignent de vieillir. J’ai juré que je ne me ferais jamais remplir la face avec toutes sortes d’affaires, que je ne m’injecterais jamais de botox dans le front et que je ne me ferais jamais remonter rien. Mais depuis trois ou quatre mois, au rayon cosmétique de ma pharmacie et sur internet, je me surprends à lorgner du côté des crèmes antirides hors de prix, celles qui promettent des résultats sans chirurgie. Oui, ces mêmes crèmes contre lesquelles j’ai pesté, contre lesquelles j’ai écrit plusieurs fois. Et je dois vous avouer que, après trois enfants et trois allaitements, l’envie de passer chez le chirurgien plastique pour un redressement de la boule me titille un peu trop souvent à mon goût. Même que certains matins, quand j’ai trop peu dormi, que j’ai le teint vert et des restes de mascaras de la veille étampés dans la face, j’imagine la douce caresse de la seringue qui viendrait me redonner de la mine dans le crayon.


    Non, je ne suis plus une jeune fille. Et je trouve ça terrible de trouver ça difficile. Je me contredis, et je le sais. Je dis partout qu’il faut s’accepter telle que l’on est. Je vous répète dans cette chronique qu’il faut cesser d’essayer à tout prix de se conformer à cette image de perfection que l’on nous renvoie constamment. Malgré ça, je ne suis pas capable de me sacrer de ma petite joue moins rebondie qu’avant et de mes premières rides dans le front.


    Et cette angoisse face aux changements que mon visage et mon corps subissent est en conflit avec mes valeurs profondes et ma féministe intérieure.


    Je le sais que c’est ridicule d’avoir peur d’être vieille à 34 ans. Mais je ne peux pas m’empêcher de songer que si j’ai cette peur au ventre, c’est que malgré tout ce que j’essaie d’être, je suis encore pognée avec cette représentation de la femme dont j’essaie de me débarrasser. C’est que je suis encore sous l’emprise de cette figure tellurique au corps et au visage lisse. J’espère me libérer bien vite. Pour le moment, ce n’est vraiment pas gagné.

     

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    Mon cerveau est-il plus lent qu'avant?

     

    La quarantaine passée, plusieurs professionnels ressentent un manque d’énergie et ont l'impression que leur cerveau est plus lent et moins créatif, ce qui peut nuire à la confiance en soi en milieu de travail. La neuropsychologue Johanne Lévesque traite un bon lot de professionnels qui disent avoir le cerveau «à plat». Elle nous aide à faire le point.

    Mon cerveau est-il plus lent qu'avant?

    iStock Photo

    Les études démontrent qu’à partir de 40 ans, nous perdons 5% de masse au cerveau tous les dix ans. «Il y a certainement une mort cellulaire qui survient, explique Dre Lévesque. Ça affecte principalement les lobes frontaux où se loge une grande partie des capacités cognitives.» Avec l’âge, nous produisons moins de dopamine, ce qui nous rendra moins attentifs et amènera nos capacités motrices à se détériorer. «La sérotonine, qui est le messager chimique permettant au cerveau de créer des liens, va également être produite en moins grande quantité», ajoute la spécialiste. 

    Autant chez les hommes que chez les femmes, on remarque une diminution des hormones sexuelles, surtout chez la femme. «Comme l’œstrogène se trouve dans un endroit important de la mémoire, l’hippocampe il n’est pas rare que la mémoire des femmes soit affectée», mentionne la docteure.

    Facteurs de protections

    Même si le déclin du cerveau peut difficilement être stoppé, certaines activités au quotidien permettre d’atténuer les effets tangibles de cette condition. «L’exercice physique, entre autres, est bienfaisant pour le cerveau, car il augmente la circulation sanguine, ce qui apporte les nutriments et l’oxygène au cerveau», rapporte Dre Lévesque.

    Côté alimentation, l’apport des antioxydants permet de diminuer la détérioration des tissus, y compris ceux du cerveau. «Une diète peu calorique peut également être bénéfique, conseille-t-elle. Et pour l’alcool, on en boit ou pas! Les études démontrent que les buveurs modérés réduisent les risques cardiovasculaires. Ne pas boire du tout serait nuisible, tout comme boire trop.»

    Stimuler les idées

    Le cerveau qui était florissant d’idées nouvelles semble moins actif désormais? C’est normal! «En vieillissant, on va perdre notre capacité à résoudre des problèmes, soutient la neuropsychologue. On favorise donc des espaces créatifs, on se met dans des contextes qui vont favoriser l’inspiration.» Avec l’âge, un réflex sera souvent de se cantonner dans des activités qu’on sait faire, mais il est recommandé de sortir de sa zone de confort. «Utilisez-le, votre cerveau, clame Dre Lévesque. Rester dans le connu, ça ne favorise pas l’émergence de nouvelles capacités. Sortir de sa zone, ça permet de faire travailler le cerveau.

     

    Sudoku, casse-tête, apprentissage d’une nouvelle langue ou d’un instrument de musique… Bon nombre d’activités permettent au cerveau de s’activer. On s’assure de ne pas le laisser se reposer! 

    Docteure Johanne Lévesque est présidente associée chez neurodezign: neurodezign.com

     

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    La détresse des maîtresses

     


    On perçoit souvent la maîtresse comme une briseuse de couple insensible. Bien sûr, on peut blâmer ces femmes de faire de mauvais choix, mais l’amour est tout sauf rationnel, et s’attacher à un homme engagé peut entraîner de réels déchirements.


    Céline Montpetit du magazine Châtelaine

     

    On connaît déjà la souffrance que vivent les femmes trompées. Mais on s’attarde rarement à celle que vivent les maîtresses. Rose-Marie Charest, clinicienne et ex-présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, nous parle de la détresse de la « méchante » maîtresse. Et une femme nous livre, avec grande générosité, le récit de son histoire passée avec un homme marié. Une relation qui l’a anéantie et dont elle porte toujours les séquelles.

     

    Santé-Psycho 2:  La détresse des maîtresses

     

    Entrevue avec Rose-Marie Charest


    Vous avez déjà mentionné qu’en général, les hommes attachent peu d’importance à leur maîtresse, qu’elle ne tient pas une place significative dans leur vie affective. Croyez-vous que les femmes sont aussi capables de vivre avec leur amant une relation dépourvue de sentiment amoureux?


    Il y en a peut-être, mais je n’en ai jamais rencontré. Bien sûr, si la femme est déjà en couple, il est possible qu’elle s’investisse moins dans sa relation extraconjugale. Mais cela demeure théorique. Car je vois beaucoup de femmes qui, au départ, se disent: «Je vais le prendre pour ce qu’il peut m’apporter.» Mais elles finissent par avoir des attentes, à s’attacher et à souffrir de la non-réciprocité. Elles ont un désir amoureux qui dépasse largement le désir sexuel.


    On juge beaucoup les maîtresses. Pourrait-on aussi les plaindre?


    Elles ont été abondamment jugées. On les considère comme la méchante du trio. Souvent même, la femme qui découvre que son mari la trompe en voudra davantage à la maîtresse qu’à son propre conjoint. Et, pourtant, c’est lui qui a manqué à son engagement, qui était lié par une promesse de fidélité. On fait encore beaucoup porter à la femme la responsabilité de la sexualité de l’homme. C’est de sa faute, c’est elle qui l’a attiré! Bien sûr, elle a sa part de responsabilité. Mais il est très rare qu’un homme séduise une femme en lui avouant d’emblée: «Je suis engagé et je ne laisserai jamais ma femme, je cherche une aventure.» La plupart du temps, il laisse entrevoir un espoir. «Quand les enfants seront grands… on ne sait jamais… ça ne va pas très bien avec ma femme…» On sait à quel point l’imaginaire contribue largement à l’attachement amoureux. Et c’est encore plus vrai dans ce type de relation. Il est facile pour une femme d’imaginer que son amant souhaiterait être plus présent, mais qu’il ne peut pas. Normalement, lorsqu’un homme ne donne pas signe de vie pendant des jours, on prend bonne note de son désintérêt. Mais s’il est engagé, on veut bien attribuer son silence à ses obligations d’homme marié. Facile aussi d’imaginer comme la vie serait donc merveilleuse si l’homme qu’on aime était disponible. Une image forte, qui accentue le sentiment amoureux.


    Beaucoup de femmes préfèrent se contenter du peu qu’elles reçoivent même en sachant que cet amour est impossible. Car les quelques heures passées avec leur amant sont généralement des moments de grâce, intenses et passionnels. Or, dans la vraie vie, une relation de couple n’est pas constituée exclusivement d’ébats passionnels. Il y a aussi le quotidien, les petits tracas, la fatigue, qui finissent par peser sur la relation. Lorsqu’on fréquente un homme à raison de quelques heures par semaine, on peut avoir tendance à l’idéaliser. C’est pour cette raison que ces femmes ont de la difficulté à rencontrer d’autres partenaires. Elles trouvent leur amant tellement extraordinaire que tous les autres ne font pas le poids à côté.

     

    Santé-Psycho 2:  La détresse des maîtresses

     

    Les maîtresses se sentent-elles coupables, jugées? Craignent-elles de se confier à leurs proches?


    Oui. Elles vivent énormément d’isolement et de honte. Elles ont peur d’être découvertes, vivent dans le secret et n’osent pas se confier. Et, le plus souvent, elles ont peur que lui soit découvert. Et que cela mette fin à la relation. Pourtant, elles pourraient aisément prendre le téléphone et dévoiler au grand jour leur secret à l’épouse, ce qui, en principe, devrait leur apporter ce qu’elles désirent le plus : la rupture du mariage de leur amant. Mais elles ne le font pas. On peut penser qu’elles s’abstiennent de passer à l’acte, car cela changerait la dynamique de leur relation. Il y a quelque chose de très particulier dans le fait d’aimer un homme qui est aimé par une autre femme. Cela n’est pas sans rappeler le couple parental, nos parents, qu’on voulait unis. Il y a donc une certaine volonté de ne pas faire éclater le couple.


    Des femmes sont-elles plus enclines que d’autres à s’engager dans une relation interdite?


    Certaines femmes cumulent les relations d’amours interdits. Sur le plan psychologique, il y a une dynamique qui fait qu’on peut être attirée par un homme inaccessible. Ce sont souvent des femmes qui ont peur de l’intimité et de l’engagement. Mais cette peur ne les empêche pas d’avoir un désir amoureux. S’attacher à un homme engagé satisfait ces deux besoins : être dans une relation amoureuse sans intimité ni engagement. Même si, consciemment, la femme désire vivre le quotidien avec cet homme, une relation à temps partiel n’éveille pas sa peur irrationnelle de l’intimité, c’est plus confortable.


    La maîtresse vit dans l’attente que son amoureux devienne libre. Quelles en sont les répercussions sur sa santé psychologique?


    Cela fragilise l’estime de soi. Attendre d’être choisie et ne pas l’être finit par la brimer. C’est toute la vie sociale qui s’en ressent. Le fait de porter un secret, de ne jamais être vue en couple, d’être seule dans les moments difficiles, comme lorsque surviennent la maladie ou les soucis financiers. C’est sans compter qu’elle doit souvent faire le deuil de la maternité. Ne pas être choisie représente beaucoup de pertes et peut entraîner des souffrances importantes, qui peuvent aller jusqu’à la dépression. On a tendance à banaliser la souffrance de la maîtresse. Pourtant, celle-ci vit une réelle et très grande détresse. D’autant plus qu’on sait à quel point la relation amoureuse occupe une place centrale dans la vie des femmes. Celles qui sont aux prises avec une telle relation devraient cesser de se juger et de se culpabiliser. Elles auraient intérêt à entreprendre une démarche pour parvenir à faire des choix plus constructifs.

     

    Une maîtresse témoigne

     

    Santé-Psycho 2:  La détresse des maîtresses

     

    Je l’ai tout de suite reconnu. Un jumeau, une âme sœur, un alter ego. Nous avions le même humour, nous partagions les mêmes valeurs, les mêmes intérêts. Pendant quelques années, notre relation a été platonique. C’était pour moi un frère bienveillant.


    J’ai fini par sentir qu’il s’éprenait de moi, qu’il était sensible à mon charme, tout en se gardant de l’exprimer. J’étais aussi très attachée à lui, mais je ne voulais pas d’une relation avec un homme marié. Par respect pour moi et pour l’autre femme. Puis, un jour, portés par l’ivresse du classique verre de vin, dans une ambiance propice au rapprochement, nous avons laissé nos bonnes intentions de côté. Mon attirance pour lui a eu raison de mes principes. Le barrage a cédé.


    Nous avons vécu une folle passion. Les rendez-vous dans l’ombre, le cœur qui bat la chamade, les courriels enflammés… Nous volions si haut. Au bout de deux mois, j’ai néanmoins voulu rompre. Je souffrais déjà d’être second violon. À mes yeux, notre amour méritait d’être vécu en plein soleil. Je ressentais aussi de la culpabilité envers sa femme, que je ne connaissais pas. Elle s’interposait entre nous tel un fantôme. Quand je lui ai annoncé ma décision, il m’a répété à maintes reprises, les yeux plantés dans les miens, le ton solennel: «Je t’aime profondément, tu es la femme de ma vie. Je ne te laisserai pas tomber. Attends-moi.»


    Je n’ai pas douté une seconde de sa sincérité. J’étais certaine qu’il allait honorer son engagement. Après tout, je le connaissais depuis longtemps. Nous étions en phase sur tous les plans : spirituel, philosophique, sexuel, affectif. Je l’admirais beaucoup. J’étais fière qu’un homme d’une telle envergure s’intéresse à moi. Il correspondait en tout point au compagnon de vie que j’avais dessiné dans ma tête: vif d’esprit, cultivé, drôle, sensible aux autres, tendre.


    Alors j’ai attendu. Longtemps. Les années qui ont suivi m’ont marquée au fer rouge.


    Mon «chum» refusait de me considérer comme sa maîtresse. J’étais son «grand amour». Étais-je naïve? Je ne crois pas. Je continue de penser, encore aujourd’hui, qu’il était sincèrement épris. Il n’était pas le genre à cumuler les aventures et à se jouer des femmes.


    Sauf que la situation a fini par me rendre dingue. Je dormais mal, je mangeais peu, je prenais des médicaments, je pleurais tous les jours. Je lui cachais toutefois mon désarroi, de peur de le faire fuir. Lorsque venait le temps des vacances familiales, il se sentait coupable et me couvrait de cadeaux. Je redoutais ces périodes durant lesquelles il se rapprochait de sa famille. Rongée par l’angoisse, j’étais toujours dans l’attente d’un coup de téléphone ou d’un courriel. Il me racontait les balades en vélo, la vue magnifique, les soupers chez le beau-frère. Je l’imaginais avec les siens et ça m’anéantissait. Je ne supportais plus de ne pas être choisie.


    J’ai fini par le confronter, car je sentais qu’il ne passerait pas à l’acte. C’est durant un week-end à son chalet qu’il m’a annoncé, par courriel, qu’il ne quitterait pas sa femme. Il n’y a pas de mot pour décrire ma douleur. J’ai senti le sol se dérober sous mes pieds. Peu de temps après, on m’a d’ailleurs diagnostiqué une dépression majeure. Selon ma psychiatre, cette rupture amoureuse fut l’équivalent sur le plan psychiatrique d’un arrêt cardiaque. En effet, mon cœur s’était arrêté. J’ai cessé de travailler. Je me suis bercée pendant des mois sur la véranda chez ma mère.


    Nous avons coupé les ponts pendant un bout de temps avant de renouer. Il a fini par me refaire les mêmes promesses, avec la même ardeur. «Les choses ont évolué», disait-il. Je pense qu’il voulait y croire. Moi, en tout cas, j’y ai cru une deuxième fois. Il a d’ailleurs annoncé à sa femme et à ses enfants son intention de quitter le nid familial. Il a pris les services d’un agent immobilier afin de vendre sa propriété. Notre projet de vie commune reprenait forme. Nous allions vivre dans cette jolie petite maison que nous avions repérée, il allait me faire des enfants. J’avais hâte de le présenter à ma famille – la plupart des membres ignoraient ma relation avec lui. Il n’y a pas de fierté à dire qu’on voit un homme qui n’est pas libre. Et puis, je n’avais pas le goût d’entendre: «Ma pauvre fille, tu vas te briser.»


    Quelques semaines après avoir dit à sa femme qu’il la quittait, il est redevenu fuyant. Il s’est mis à espacer nos rendez-vous, son ton changeait. Et il ne faisait toujours pas sa valise… Alors je l’ai à nouveau confronté. Je me souviens parfaitement de la scène: j’étais dans une cabine téléphonique au centre-ville de Montréal. Je cognais sur les parois en hurlant de douleur. Il a promis de venir me voir en personne pour s’expliquer. Il ne l’a jamais fait.


    Je crois que c’est lorsqu’il a été question de vendre sa maison qu’il a reculé. Ses enfants étaient aussi bouleversés par la séparation éventuelle de leurs parents. Il ne supportait pas la perspective d’incarner à leurs yeux le rôle du méchant qui quitte leur mère.


    J’ai le sentiment que ma principale rivale n’était pas tant sa femme que tout ce qu’ils avaient construit ensemble: les enfants, leur maison, le chalet, les amis, le standing, le confort. Les hommes se définissent beaucoup par leur réussite familiale. Ils n’osent pas faire éclater cette cellule, qui symbolise l’aboutissement d’un projet de vie. Je lui en veux encore d’avoir fait passer tout cela avant nous. Il a beaucoup utilisé l’excuse des enfants. Aujourd’hui pourtant, ils sont adultes, ils ont quitté le nid. Mais lui n’est pas parti.


    Comment faisait-il pour vivre sans moi s’il m’aimait autant qu’il le prétendait? Ça reste, à ce jour, un grand mystère. J’étais dans l’illusion qu’il percevait cet amour de la même manière que moi. Dans l’absolu. Mais non. L’autre est toujours un autre que soi. Il a son univers, son jardin secret, sa propre conception des choses. C’est la conclusion que je tire de cet épisode de ma vie, dont je porte toujours les séquelles. Une partie de moi est abîmée à jamais.


    Si je lui en veux d’avoir nourri mon espoir si longtemps, si je lui en veux de m’avoir trahie à mort, je sais aussi que j’ai contribué à mon malheur. J’ai fait un mauvais choix – je l’assume. J’ai gâché ma trentaine.


    C’est un épisode de ma vie dont je parle rarement parce que je supporte mal les jugements à l’emporte-pièce. Notre histoire n’est pas celle d’une fille naïve qui s’est fait avoir par un salaud qui trompait sa femme. Je n’étais pas non plus une «voleuse de mari». Les gens ont tendance à poser des étiquettes pour se rassurer. Il y a le bien d’un côté, le mal de l’autre. Alors qu’il y a un océan de nuances et de subtilités entre les deux. Les êtres sont si complexes.

     

     

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