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Rio, the place to go

 

Le fondateur de Tudo Bom passe au scanner l’ADN de Rio de Janeiro

 

Sortez vos Havaianas, la cité carioca devient la ville la plus cool de la planète ! Avec son hédonisme tropical et son optimisme viscéral, Rio nous aimante. Jérôme Schatzman,  entrepreneur amoureux du Brésil et fondateur de la marque de prêt-à-porter Tudo Bom, nous explique pourquoi les vibrations de la Cidade maravilhosa nous fascinent tant.

 

Loin devant Paris (qui n’est qu’à la 46e place), Rio surfe en tête des destinations à visiter absolument en 2013, selon le New York Times. Cette année, les JMJ mettent le cap sur la ville du Corcovado, du 23 au 28 juillet. Du 15 au 30 juin, la Coupe des Confédérations servira de prélude à la Coupe du monde de foot qui aura lieu l’an prochain. Et ce n’est qu’un début. Dans les années à venir, la vague Brésil va emporter la planète. La ville fêtera son 450e anniversaire en 2015 et accueillera les Jeux olympiques en 2016. Si Rio de Janeiro fait autant d’émules, c’est parce qu’elle diffuse une énergie incandescente qui n’appartient qu’à elle.

 

Énergie positive

Quand Jérôme Schatzman, diplômé de l’Essec, atterrit à Rio en avril 2002, c’est le coup de foudre : « J’ai été bluffé par la joie de vivre et la capacité des Brésiliens à rencontrer l’autre. Même dans la galère, ils gardent le sourire et ils savent vivre le présent. » Comme lui, de plus en plus d’Européens tentent aujourd'hui leur chance dans la sixième économie mondiale au taux de croissance positif (plus de 4 %). « Mais il y a dix ans, le pari n’était pas gagné. » Bénévole pour l’ONG Viva Rio, Jérôme rencontre un groupe de couturières à Cascatinha, un quartier modeste, et c’est le déclic : « Malgré des conditions de vie et de travail compliquées, ces femmes avaient le désir d’aller de l’avant. Elles m’ont appris un proverbe brésilien qui m’a marqué : “Au final, tout se finira bien. Et si les choses se passent mal… sans doute que l'histoire n’est pas finie.” »

Pressentant le potentiel du pays, Jérôme Schatzman crée Tudo Bom en 2004, pour importer à Paris cette alegria communicative à travers une gamme de T-shirts, de robes et de minishorts colorés. La couleur à Rio, on la trouve partout : sur les graffitis et les façades des quartiers bohèmes, sur les étals des fruits tropicaux, jusque sur les Brésiliens eux-mêmes. En cette terre de métissages par excellence, le portugais du Brésil compte rien de moins que 143 mots pour exprimer les nuances de peaux différentes.

 

Jérôme Schatzman, fondateur de la marque franco-brésilienne Tudo Bom, est tombé amoureux de Rio de Janeiro.

 

“Sans inspiration, pas de solution”

 

Énergie solidaire

À travers son relief, Rio est un damier saisissant où alternent quartiers riches et favelas, parfois à quelques mètres de distance. Malgré l’essor économique, les inégalités restent criantes et les initiatives solidaires jouent un rôle important. Tudo Bom s’est naturellement inscrite dans cette démarche engagée. « Tous nos vêtements sont fabriqués à partir de coton écologique, acheté au prix juste à 152 petits agriculteurs familiaux du Nordeste, une zone particulièrement aride et pauvre du Brésil, explique Jérôme Schatzman. Maintenir un emploi digne à la campagne est un véritable enjeu : 80 % des habitants des favelas viennent du Nordeste. » À Rio, les initiatives locales foisonnent : « Comme le pays manque de structures publiques, les Brésiliens n’attendent pas tout de l’État. La pauvreté rend forcément imaginatif. » En recyclant des ordinateurs usagés, l’informaticien Rodrigo Baggio a ouvert des écoles d’informatique pour lutter contre la fracture numérique et formé plus de 700 000 jeunes. Et l’icône du foot Raí a créé une fondation très active pour aider les enfants des favelas, Gol de Letra.

 

Énergie sensuelle

Ce n’est pas un scoop : au Brésil, le corps est roi, érotisé par ce chaloupé inimitable du bassin associé à la samba. « Sur la plage, que les femmes soient rondes ou minces, elles portent toutes des tangas ou des maillots très échancrés. Elles n’ont pas de complexes. » 

 

Et la chirurgie esthétique est la plus développée du monde : « On peut parler librement de sa dernière liposuccion, même en public. C’est accepté socialement. » Comme au carnaval, montrer son corps est naturel : « La mode brésilienne laisse beaucoup de place au jeu et à la peau. Dans nos collections, les Françaises apprécient de trouver un débardeur avec une épaule nue, un combishort pour dévoiler ses jambes, des broderies qui laissent deviner le dos. »

 

Énergie émotionnelle

Dans ce pays, toute relation est affective : « Impossible d’y travailler si l’on n’a pas compris ce mode de fonctionnement. Quand j’ai annoncé à mes premières équipes que je devais intégrer d’autres couturières, elles ont fait une scène de jalousie, se souvient Jérôme. Ce lien à l’autre est aussi un moteur. » La créativité est foisonnante et se nourrit de l’âme. « Sans inspiration, pas de solution », dit une expression populaire.

 

Énergie arty

Street art, mode, design… Rio est une cité ultra-créative. La musique notamment fait partie de son ADN. Dans les favelas, les bailes funk (soirées clandestines) attirent la jeunesse branchée, et partout dans la ville résonnent des airs de forró, qui se popularise aussi en France. « Au Brésil, j’aime la samba raí et l’électro plus pointue. Et aussi des artistes comme Marcelhino da Lua, Seu Jorge, Flavia Coelho ou encore le collectif de DJs et VJs Criolina, à l’univers graphique déjanté. » En juin, le Festival Encantado, écoconçu et solidaire, est organisé dans une favela. Il est notamment parrainé par le chanteur M. Un Français de plus amoureux de Rio…

 

 

« Ah, le Brésil et son drapeau ! On le trouve partout comme une marque et son logo est l'âme de tout un pays. Il y est écrit : “Ordre et Progrès”, une inspiration du positivisme français d'Auguste Comte. Une manière de penser le monde. Mais heureusement, il y a aussi un peu de désordre au Brésil... »

 

« La vue sur le quartier de Botafogo depuis le Morro da Urca.  Entre montagne, océan et forêt, Rio est une ville à l'urbanisme en plein dynamisme qui se prépare à accueillir la planète lors de la Coupe du monde de foot en 2014 et les JO en 2016. »

 

« La culture de la plage, c'est toute une affaire. Le dimanche, les avenues du bord de mer sont interdites à la circulation et la ville entière s’y précipite. On y fait du sport, on s'y montre, on y déjeune. À chacun sa plage : Copacabana pour les cariocas des favelas, Ipanema pour les beautiful people. »

 

« Et qui dit plage, dit Bikini claro. Incontournable. Plusieurs formes pour tous les goûts et tous les physiques. »

 

« Santa Teresa, le Montmartre brésilien. Au gré de ses graffitis et de ses restaurants bio, le quartier déploie une âme bohème et arty irrésistible. Si son petit tramway jaune ne circule plus suite à un accident, des pétitions circulent pour son retour. J'ai signé ! »

 

« Au Brésil, le design, le street art, la mode... sont en ébullition. La Ville merveilleuse n'a pas peur des couleurs. Je m'en inspire chaque jour pour mes collections. Et j'importe cette énergie contagieuse à Paris. »

 

« J'aime la décontraction et la sensualité décomplexée du Brésil. Il n'y a pas de fausse pudeur. Le corps, l'émotion, les sensations, ça compte dans ce pays. Entre la capoeira, la samba, le football et les gestes d'affection du quotidien, les Brésiliens savent faire parler leurs corps. »

 

« Le vert et le jaune, les couleurs nationales. Vert comme la nature explosive, vibrante, qui ne demande qu'à pousser entre deux maisons ou deux bris d'asphalte. Autour de Rio, on trouve la plus grande forêt urbaine du monde. Jaune, ensuite, comme le soleil du Brésil, présent trois cents jours par an. »

 

« Rio, c'est ça. Un savoureux mélange de classique et de moderne, de passé et de présent. Les racines européennes imprègnent encore l'architecture de la ville. J'aime cette double influence. Dans mon travail aussi, je crée un trait d'union entre Rio et Paris. »

 

« Les bracelets Bonfim. Impossible de revenir du Brésil sans ces porte-bonheur. S'ils sont le symbole de la ville de Salvador de Bahia, Rio n'échappe pas à leurs couleurs et aux superstitions. Faites un vœu, attachez le bracelet en faisant trois nœuds et attendez qu'il s'use pour tomber de lui-même. Vous serez exaucé. »

 

« Le Pain de Sucre, l'incontournable site touristique. Une vue splendide sur Rio et sa baie. À visiter au coucher du soleil pour des couleurs encore plus féeriques, et à coupler avec une visite du paisible et coloré quartier d’Urca. »

 

« À Rio, un million de personnes, soit un tiers de la ville, vivent dans des favelas. »

 

« Souvent décriées pour leur insécurité et leur insalubrité, certaines favelas accueillent aujourd'hui des soirées branchées avec des DJs réputés. La scène musicale s’exprime dans tous les quartiers. »

 

« Quel plaisir que les sourires du Brésil ! Là-bas, l'optimisme est une politesse. On vous sourit avec chaleur. On vous accueille avec bonne humeur. On lève le pouce et on vous demande « Tudo bom ? » (« Tout va bien ? »). Voilà pourquoi j'ai nommé ma marque ainsi. »

 

« Le peuple brésilien est courageux. Ces dernières années, 40 millions de personnes sont sorties de la pauvreté. Le pays est marqué par un dynamisme économique galvanisant. Tout le monde essaye d'améliorer sa situation, des personnes âgées qui font des petits boulots aux jeunes qui suivent des cours du soir. »

 

« Quand les températures dépassent les 40 °C, sur la plage ou en terrasse, rien de mieux que déguster une bonne eau de coco bien fraîche avant de mordre dans la chair croquante du fruit. »

 

du magazine Le Figaro

 

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