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    Un fossile trouvé sur l'Île-du-Prince-

    Édouard serait celui d'un reptile inconnu

     

     

    Si ce reptile, nommé erpetonyx arsenaultorum, était vivant,... (PHOTO LA PRESSE CANADIENNE)

     

    Si ce reptile, nommé erpetonyx arsenaultorum, était vivant, il ressemblerait à la plupart des reptiles actuels, marchant sur quatre pattes équipées de griffes.

    PHOTO LA PRESSE CANADIENNE



    ALY THOMSON
    La Presse Canadienne
     

    Un chercheur néo-écossais affirme qu'un fossile découvert par un garçon sur l'Île-du-Prince-Édouard il y a plus d'une décennie serait celui d'une nouvelle espèce de reptile qui vivait il y a 300 millions d'années.

     

    Sean Modesto, qui est professeur de biologie à l'université du Cap Breton, estime qu'il s'agit là d'un des fossiles les plus complets de l'âge carbonifère. Il ajoute que le spécimen est très rare, qu'il est le seul connu de cette époque précise du carbonifère et qu'il s'agit du seul reptile de cette ère.

     

    Le fossile avait été découvert par un garçon et sa famille sur leur terre agricole de Prince County il y a 14 ans. Il avait été confié au Musée Royal Ontario en 2004 et l'équipe de Sean Modesto a commencé à l'étudier il y a quatre ans.

     

    Selon le chercheur, le fossile, qui est extrêmement bien conservé, démontre que les reptiles étaient plus diversifiés qu'on le croyait jusqu'ici à la fin de l'âge carbonifère.

     

    Si ce reptile, nommé erpetonyx arsenaultorum, était vivant, il ressemblerait à la plupart des reptiles actuels, marchant sur quatre pattes équipées de griffes. Le fossile mesure environ 19 centimètres.

     

    Paléontologie:  Un fossile trouvé sur l'Île-du-Prince-Édouard serait celui d'un reptile inconnu

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    En bref : des œufs fossiles dévoilent la vie grégaire des ptérosaures

     

    En Chine, des chercheurs ont découvert cinq œufs remarquablement conservés, « en trois dimensions », dans une zone comprenant des dizaines de squelettes de ptérosaures datant du Crétacé. Conclusion : ces maîtres du ciel nichaient en colonie.

     

     
     

    Le ptérosaure Hamipterus tianshanensis magnifiquement représenté, avec une crête sur le sommet de la partie avant du crâne. L'un est un mâle et l'autre une femelle, protégeant sa couvée ou s'apprêtant à l'enfouir. Une scène possible de la vie au Crétacé inférieur. © Chuang Zhao

    Le ptérosaure Hamipterus tianshanensis magnifiquement représenté, avec une crête sur le sommet de la partie avant du crâne. L'un est un mâle et l'autre une femelle, protégeant sa couvée ou s'apprêtant à l'enfouir. Une scène possible de la vie au Crétacé inférieur. © Chuang Zhao

     

     
     

    En général, quand des paléontologues découvrent des œufs fossiles, ils sont complètement aplatis. Mais les cinq exemplaires qu’ont exhumés au nord-ouest de la Chine Xiaolin Wang et ses collègues sur un site connu depuis 2005 (le bassin Turpan-Hami) avaient, eux, conservé un peu de leur forme. Ils ont été découverts au milieu de « douzaines, sinon de centaines »d’ossements appartenant à des ptérosaures. Ce grand groupe de vertébrésvolants (qui ne sont pas des dinosaures) a sillonné les airs entre 230 et 65 millions d’années avant notre ère. Leur envergure variait de 12 cm pour les plus petits à 12 m pour le géant Quetzalcoaltus.

     

    Tous ceux présents à Turpan-Hami appartiennent à une même espèce, jamais décrite auparavant et rangée dans un nouveau genre, Hamipterus tianshanensis, par les auteurs de l’étude parue dans Current Biology. Ils vivaient au bord d’un lac il y a 120 millions d’années, au Crétacé inférieur, et leur crâne arborait une crête osseuse sur l’avant de la tête, comme d’autres ptérosaures. Cet apanage est connu comme constituant un caractère sexuel secondaire chez les ptérosaures, présent chez les mâles. Les chercheurs, qui ont pu examiner 40 individus, ont vu une crête sur tous les squelettes. Mais ils en observent deux types, différant par la taille et la forme, et en concluent que les femelles en possédaient une également. Il est donc possible de déterminer le sexe d'un individu.

     

    Les œufs, retrouvés dans un état exceptionnel, ont pu être étudiés au microscope électronique. Ovoïdes et longs d’environ 6 cm, ils étaient souples, avec une membrane épaisse, ressemblant à celle des œufs de serpent actuels, et pourtant entourée d’une très fine coquille externe calcaire de 60 micromètres. Ces ptérosaures devaient les enfouir dans le sable pour les protéger. Leur présence au sein d’ossements nombreux démontre, expliquent les auteurs, que les adultes nichaient ensemble, en groupes importants. De quoi préciser le mode de vie des ptérosaures, qui ont si longtemps dominé le ciel.

     

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    Une vie complexe il y a 2 milliards d’années : l’hypothèse se confirme !

     

     

    Les traces d'une étonnante biodiversité, avec des êtres multicellulaires, datant de 2,1 milliards d'années et repérées au Gabon en 2008, viennent d'être confirmées. La poursuite de l'étude lève le voile sur un écosystème marin complexe, composé d’organismes micro et macroscopiques de formes et de tailles extrêmement variées. Ce biota aurait proliféré durant le premier pic d'oxygène atmosphérique avant de disparaître.

     

     
     

    Des macrofossiles montrant deux morphotypes distincts présents sur le même niveau stratigraphique avec empreinte et contre-empreinte. Le second montre des entités circulaires connectées (en nid d’abeille) et légèrement en dôme, l’ensemble constituant une seule entité, d'environ 8 cm de diamètre. Barre d’échelle 1 cm. © CNRS, Abderrazak El Albani

    Des macrofossiles montrant deux morphotypes distincts présents sur le même niveau stratigraphique avec empreinte et contre-empreinte. Le second montre des entités circulaires connectées (en nid d’abeille) et légèrement en dôme, l’ensemble constituant une seule entité, d'environ 8 cm de diamètre. Barre d’échelle 1 cm. © CNRS, Abderrazak El Albani

     
     
     
     

    La mise au jour en 2008 de 250 fossiles d’organismes pluricellulaires complexes vieux de 2,1 milliards d’années dans un gisement sédimentaire proche de Franceville, au Gabon, une découverte publiée en 2010 dans Nature, a bouleversé le scénario de l’histoire de la vie sur Terre. Jusque-là, les plus vieux fossiles d’organismes complexes remontaient à 600 millions d’années (les vendobiontes d’Ediacara en Australie) et il était communément admis qu’avant cette période, la vie sur notre planète était constituée exclusivement d’organismes unicellulaires (bactéries, alguesunicellulaires...). Avec la découverte de Franceville, la vie complexe a fait un bond de 1,5 milliard d’années en arrière.

    Macrofossiles pyritisés montrant des morphotypes lobés avec des structures périphériques radiales (en haut à droite) et des morphotypes allongées. Les images obtenues par microtomographie à rayons X (micro-CT) sont en transparence ou en volume 3D. Barre d’échelle 1 cm.
    Macrofossiles pyritisés montrant des morphotypes lobés avec des structures périphériques radiales (en haut à droite) et des morphotypes allongées. Les images obtenues par microtomographie à rayons X (micro-CT) sont en transparence ou en volume 3D. Barre d’échelle 1 cm. © CNRS, Abderrazak El Albani

     

    De vrais fossiles de pluricellulaires

     

    Les campagnes de fouilles successives menées depuis 2008 par l’équipe du professeur Abderrazak El Albani, géologue à l’Institut de chimie des milieux et matériaux de Poitiers (CNRS/Université de Poitiers), ont permis d’extraire plus de 400 fossiles. Leur analyse détaillée par cette équipe, en collaboration, avec des équipes de l’université Lille 1, de l’université de Rennes 1, du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’Ifremer, vient d'être publiée le 25 juin 2014 dans la revue Plos One.

     

    L’utilisation d’une sonde ionique destinée à mesurer les différents isotopesdu soufre a confirmé l’origine organique (biogénicité) des spécimens récoltés, tandis que leur analyse au microtomographe à rayons X révélait leur structure aussi bien externe qu’interne et permettait de caractériser leur morphotype. La fossilisation rapide des individus, grâce au phénomène de pyritisation (le remplacement de la matière organique par de la pyrite, du fait de l’activité bactérienne), a permis une conservation exceptionnelle de leur forme initiale.

     

    Macrofossiles très peu ou pas du tout pyritisés montrant des morphotypes avec un aspect circulaire. Les images obtenues par microtomographie à rayons X (micro-CT) sont en transparence ou en volume 3D. Elles illustrent les différences entre les spécimens. Barre d’échelle 1 cm.
    Macrofossiles très peu ou pas du tout pyritisés montrant des morphotypes avec un aspect circulaire. Les images obtenues par microtomographie à rayons X (micro-CT) sont en transparence ou en volume 3D. Elles illustrent les différences entre les spécimens. Barre d’échelle 1 cm. © CNRS, Abderrazak El Albani

     

    Un écosystème marin vieux de plus de 2 milliards d'années

     

    Plusieurs nouveaux morphotypes ont été répertoriés par les chercheurs : circulaires, allongés, lobés..., chacun regroupant des individus de tailles différentes. Leur analyse dévoile des organismes de texture médusaire, molle et gélatineuse. Leur forme est lisse ou plissée, leur texture est uniforme ou grumeleuse, leur matière est massive ou cloisonnée.

     

    La structure très organisée et les tailles variées des spécimens macroscopiques (jusqu’à 17 centimètres) suggèrent un mode de croissance extrêmement sophistiqué pour la période. Cet écosystème marin complet est donc composé d’organismes micro et macroscopiques de formes et de tailles extrêmement variées qui vivaient dans un environnement marin peu profond

    Macrofossiles pyritisés montrant des morphotypes allongés partiellement sinueux (environ 17 cm pour le spécimen du haut), composés de deux parties connectées. Barre d’échelle 1 cm.
    Macrofossiles pyritisés montrant des morphotypes allongés partiellement sinueux (environ 17 cm pour le spécimen du haut), composés de deux parties connectées. Barre d’échelle 1 cm. © CNRS, Abderrazak El Albani

     

    À l’instar du biota d’Ediacara en Australie, dont l’émergence coïncide avec la brusque augmentation du taux d’oxygène dans l’atmosphère il y a 800 millions d’années, l’apparition et la diversité du biota gabonais correspond au premier pic d’oxygène observé entre -2,3 et -2 milliards d’années. Cette biodiversité se serait vraisemblablement éteinte après que ce taux ait brutalement rechuté.

     

    Le biota gabonais ouvre encore bien des questionnements sur l’histoire de la biosphère à l’échelle de notre planète. La diversité et la structure très organisée des spécimens étudiés suggèrent qu’ils sont déjà évolués. Il n’est pas non plus exclu que d’autres formes de vie aussi anciennes existent ailleurs sur la planète.

     

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    La mystérieuse nage des Nothosaures trahie par des empreintes de pas

     

     

    Ressemblant aux Plésiosaures du Jurassique et du Crétacé, les Nothosaures devaient constituer les prédateurs dominants dans les mers du Trias. Mais comment nageaient-ils ? Des traces de locomotion enregistrées dans des sédiments calcaires découvertes en Chine du sud permettent aux paléontologues d'y voir plus clair.

     

     
     

    Le Nothosaurus, signifiant lézard mixte, a donné son nom à la famille des Nothosauridés qui regroupe des espèces semi-aquatiques ayant vécu pendant le Trias, de -250 à -210 millions d'années environ. Ils pouvaient atteindre trois mètres de longueur, avec un long cou, une longue queue aplatie, de courtes pattes palmées et une douzaine de dents pointues qui s'imbriquaient les unes dans les autres. On voit ici une représentation d'artiste d'un de ces Nothosauridés, un Lariosaurus. © Adrian Choo

    Le Nothosaurus, signifiant lézard mixte, a donné son nom à la famille des Nothosauridés qui regroupe des espèces semi-aquatiques ayant vécu pendant le Trias, de -250 à -210 millions d'années environ. Ils pouvaient atteindre trois mètres de longueur, avec un long cou, une longue queue aplatie, de courtes pattes palmées et une douzaine de dents pointues qui s'imbriquaient les unes dans les autres. On voit ici une représentation d'artiste d'un de ces Nothosauridés, un Lariosaurus. © Adrian Choo

     
     
     
     

    Certains lecteurs de Futura-Sciences ont peut-être eu la chance, comme l’auteur de ces lignes, de participer il y a plus de 20 ans à une extraordinaire aventure qui a duré de 1975 à 1995 dans le Bas-Bugey. D'importantes campagnes de fouilles dans la carrière de calcaires lithographiques de Cerin (commune de Marchamp, dans l'Ain) y ont eu lieu sous la direction de l'université de Lyon et du CNRS. Des étudiants et des particuliers s’y sont relayés chaque été pour explorer les archives sédimentaires d’une petite lagune en bord d’un récif corallien de l’époque des dinosaures, plus précisément le Jurassique supérieur, il y a environ 150 millions d'années.

     

    Le travail accompli portait sur la paléoécologie et il a permis la récolte defossiles d'algues, de fougères, de conifères, de mollusques, d’oursins, d’étoiles de mer, de divers crustacés, de reptiles et de poissons, mais aussi de traces de locomotion de tortues et de reptiles. Les fouilles, qui permettaient par exemple de travailler sous la direction d’Éric Buffetaut, le spécialiste français bien connu des dinosaures, se sont arrêtées mais on peut encore visiter le musée consacré au site de Cerin et y visionner le documentaire L'île à remonter le temps (Pavé d'Or, Paris, 1993. Prix du Meilleur Film de vulgarisation scientifique, Festival Oullins, 1992) des géologues Paul Bernier et Christian Gaillard.

     

    Deux couches sédimentaires qui se sont déposées dans une mer du Trias moyen gardent en mémoire une paire d'empreintes laissées par un reptiles marin. Selon les fossiles retrouvés à proximité du site de fouilles, il devait s'agir d'un Nothosauridé.
    Deux couches sédimentaires qui se sont déposées dans une mer du Trias moyen gardent en mémoire une paire d'empreintes laissées par un reptiles marin. Selon les fossiles retrouvés à proximité du site de fouilles, il devait s'agir d'un Nothosauridé. © Chengdu Center of China Geological Survey

     

    Le Nothosaure ne nageait pas comme un manchot

     

    Ceux qui connaissent le musée de Cerin ou qui ont participé aux fouilles se souviennent sans doute bien des pistes attribuées à des tortues et des reptiles, dont certains étaient peut-être des dinosaures, qui ont été dégagées dans la carrière et qui ont même été moulées. Ils éprouveront sans doute un peu de nostalgie et une sensation de déjà vu en découvrant les pistes et les empreintes laissées sur un fond marin il y a environ 245 millions d’années présentées aujourd'hui dans un article de Nature Communications.

     

    Elles ont été trouvées dans le biota fossilisé de Luoping, un site bien connu pour la préservation exceptionnelle de ses fossiles et qui appartient à la formation Guanling, en Chine du sud. On y a trouvé des milliers de fossiles de créatures marines, et occasionnellement de plantes et de petits animaux terrestres en provenance des îles voisines, d’une très grande beauté.

     

    Les traces qui ont été découvertes nous donnent un témoignage de ce qui se passait dans les océans du Trias supérieur, environ 8 millions d’années après la grande crise du Permien-Trias. D’après les paléontologues, elles doivent appartenir à des Nothosauridés, des grands reptiles marins de quelques mètres de longueur qui occupaient alors le sommet de la chaîne alimentaire.

     

    Une reconstitution d'un Lariosaurus dans les eaux peu profondes d'une mer du Trias Moyen. En prenant appui sur le fond boueux, il en faisait probablement sortir des crevettes et autres petits animaux dont il pouvait se saisir avec ses mâchoires pourvues de petites dents pointues.
    Une reconstitution d'un Lariosaurus dans les eaux peu profondes d'une mer du Trias Moyen. En prenant appui sur le fond boueux, il en faisait probablement sortir des crevettes et autres petits animaux dont il pouvait se saisir avec ses mâchoires pourvues de petites dents pointues. © Brian Choo

     

    D’après les squelettes fossilisés associés au biota de Luoping, il pouvait s’agir d’empreintes laissées par un Nothosaurus ou un Lariosaurus. Mais ce qui enchante surtout les chercheurs c’est qu’ils ont maintenant les informations nécessaires pour pouvoir trancher entre plusieurs hypothèses qui faisaient débat quant au mode de natation de ces animaux qui précèdent de peu l’apparition des premiers dinosaures, Eoraptor et Herrerasaurus, des carnivores âgés de 225 à 230 millions d'années.

     

    Certains paléontologues pensaient que les Nothosaures effectuaient des mouvements de va-et-vient avec leurs membres à la façon des rameurs. D’autres les imaginaient plutôt comme des manchots qui donnent l’impression de voler dans l’eau en faisant pivoter leurs courtes nageoires selon plusieurs axes. Or, les pistes trouvées dans les boues calcaires transformées en roche ne correspondent pas à ce dernier cas. On remarque en effet des séries de 10 à 50 paires d'empreintes sur un même axe perpendiculaire à la trajectoire, droite ou courbe, comme celles d'un kangourou avançant par bonds. Mais les Nothosaures vivaient dans l'eau. Ils devaient en quelque sorte ramer, peut-être un peu à la manière d'une tortue, effleurant parfois le fond du bout des pattes.

     

     

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    Un nouveau pré-Néandertalien découvert :

    l’Homme de Tourville-la-Rivière

     

     

    Une équipe d’archéologues de l’Inrap a mis au jour sur le site préhistorique de Tourville-la-Rivière, en Seine-Maritime, les vestiges d’un ancêtre des Néandertaliens. Exceptionnelle, cette découverte vient combler un vide dans nos connaissances sur l'histoire de cette lignée.

     

     

     
     

    Les trois os longs du bras gauche d’un pré-Néandertalien (humérus, cubitus et radius) retrouvés sur le site de Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime) en 2010, comparés à un bras moderne. © Denis Gliksman, Inrap

    Les trois os longs du bras gauche d’un pré-Néandertalien (humérus, cubitus et radius) retrouvés sur le site de Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime) en 2010, comparés à un bras moderne. © Denis Gliksman, Inrap

     
     

    Malgré les nombreux sites très anciens exhumés depuis la fin du XIXe siècle, les fossiles humains du Pléistocène moyen (de -781.000 à -128.000 ans) restent extrêmement rares en Europe du nord-ouest. En effet, hormis les deux crânes fragmentaires de Biache-Saint-Vaast dans le nord de la France, les rares fossiles humains de cette période proviennent de dix sites entre Allemagne et en Angleterre. L’individu de Tourville-la-Rivière constitue une découverte majeure en Europe pour la connaissance de cette lignée humaine.

     

    Les vestiges humains fossiles se composent des trois os longs du bras gauche d’un même individu (humérus, cubitus et radius). L’étude paléoanthropologique et les analyses morphologiques et métriques permettent de les attribuer à la lignée néandertalienne. Les résultats viennent d'être publiés dans la revue Plos One par un groupe de chercheurs du CNRS, de l’Inrap, de l’université nationale australienne, du Centre national de recherche sur l’évolution de l’Homme à Burgos (Espagne) et du département d’Anthropologie de l’université Washington à Saint Louis.

     


    Les restes de l'Homme de Tourville suscitent beaucoup d'intérêt chez les anthropologues car l'histoire de cette lignée humaine en Europe à son époque, environ 200.000 ans avant le présent, est mal connue. Intervenants : Jean-Philippe Faivre, préhistorien (CNRS) - Responsable d'opération Inrap de Tourville; Bruno Maureille, paléoanthropologue, directeur de recherche (CNRS); Céline Bemilli, archéozoologue (Inrap). © Inrap - Tournez S'il Vous Plaît - 2014

     

    Le fossile et l’occupation humaine sur le site de Tourville-la-Rivière sont datés entre 236.000 et 183.000 ans. Cinq échantillons d’os humains ont été analysés par les isotopes radioactifs de la série de l’uranium 238 et huit dents animales par la même méthode et par celle de résonance de spinélectronique (RSE), ou en anglais electron spin resonance (ESR). S’il est impossible de déterminer le sexe de l’individu, en raison des dimensions des diaphyses des trois os, ils pouvaient appartenir à un « grand » adolescent ou à un adulte.

     

    L’absence de preuves d’une intervention humaine ou de carnivores sur les ossements laisse envisager un scénario : le bras entier de ce pré-Néandertalien a été charrié par la Seine avant de se déposer, avec ou sans la main, sur les berges ou sur des bancs de sable au pied de la falaise crayeuse de Tourville-la-Rivière.

     

     

    Un Néandertalien atteint d’enthésopathie ?

     

    L’Homme de Tourville est le premier fossile humain aussi ancien qui révèle, sur son humérus, une crête inhabituelle à l’endroit de l’attache du muscle deltoïde. Cette anomalie résulte, selon toute vraisemblance, de la sollicitation du muscle deltoïde postérieur par un mouvement répétitif – peut-être celui du lancer – qui peut être comparable à celle observée chez certains athlètes professionnels contemporains. Bien que cette anomalie ait eu probablement peu d'influence sur la survie de l'individu, elle pose des questions sur le comportement individuel et collectif, la vie quotidienne deshomininés du Paléolithique moyen.

     

    Site préhistorique et paléontologique, Tourville-la-Rivière  est situé dans un des nombreux méandres de la vallée de la Seine, à 14 km au sud de Rouen. Il offre une imposante séquence, de plus de 30 m de haut, reposant sur la basse terrasse de la Seine. La stratigraphie se compose de nappes d’alluvions qui se sont accumulées entre 350.000 et 130.000 ans avant notre ère. En 2010, la fouille d’un hectare s’est focalisée sur celles riches en vestiges et caractéristiques de la fin d’une période interglaciaire, datant d’environ 200.000 ans.

     


    Un site préhistorique et paléontologique vieux de 200.000 ans a été mise au jour en Seine-Maritime. Cette fouille extensive renoue avec une longue tradition de recherches paléontologiques et préhistoriques menées au XIXe siècle dans les carrières du nord de la France. Intervenants : Jean-Philippe Faivre, archéologue responsable d'opération (Inrap). © Inrap - Tournez S'il Vous Plaît - 2014

     

     

    Des outils particulièrement élaborés et remarquablement

    efficaces

     

    Les espèces animales présentes sont caractéristiques de ce contexte de fin de période interglaciaire : outre le cerf, on trouve l’auroch et deux espèces d’équidés (dont l’hydrontin). Avec ces herbivoresgrégaires, il y a également du sanglier et du rhinocéros. Ils sont accompagnés de plusieurs carnivores : le loup, le renard, l’ours et la panthère. En plus de cette grande faune abondante, le site livre également des petits mammifères (chats sauvages) ou des rongeurs (castor et lièvre). Cette accumulation résulte, pour une large part, de phénomènes naturels : des carcasses animales, entières ou partielles, charriées par le fleuve, viennent se déposer sur les berges ou sur des bancs de sable de Tourville-la-Rivière.

     

    L’industrie en silex est peu abondante au regard de la surface fouillée (500 objets seulement sur un hectare). Ce sont des lames et des éclats produits selon un processus particulier et complexe, la technique Levallois. Par exception, une petite aire de débitage concentre 300 objets sur moins de 3 m2. Elle offre de précieuses informations sur les objectifs de production recherchés par les tailleurs pré-Néandertaliens. Les éclats et lames Levallois, remarquablement performants du point de vue fonctionnel, répondent à des besoins immédiats d’outils spécifiques et permettent de prélever des matières animales (viande, tendons, peaux…) sur la faune déposée naturellement sur les berges de la Seine.

     

    Paléontologie:  Un nouveau pré-Néandertalien découvert : l’Homme de Tourville-la-Rivière avec 2 vidéos

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