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    Les Malouinières : les maisons de

    plaisance des armateurs

     

    Par Dominique Le Brun
     
    source : Détours en France HS - 40 balades pour redécouvrir notre patrimoine
     
     

    Dans le patrimoine immobilier français, les malouinières représentent un cas à part : celui d’un type de maison construit à une époque donnée (la première partie du XVIIIe siècle), dans une région précise (entre Saint-Malo et Cancale), pour une catégorie sociale particulière (les négociants-armateurs) et en respectant un style architectural bien défini. L’Histoire de ces « belles résidences de plaisance » se découvre sur le terrain, certaines d’entre elles étant ouvertes au public.

     

     

    Malouinière Ville Gilles à Saint-Méloir-des-Ondes
     
     
     
    Malouinière Ville Gilles, à Saint-Méloir-des-Ondes. Elle a été construite en 1721 pour les Nouail de la Ville Gilles, une famille d'armateurs faisant le commerce de toiles via la Compagnie des Indes orientales. 

     

     tout début du XVIIIe siècle, Saint- Malo en ses remparts devient invivable. Dans un espace grand d’à peine 800 mètres sur 500, dénué en outre de ramassage d’ordures et de système d’égouts, 15 000 habitants s’entassent. Les ruelles ne possèdent pas de caniveau et leur tracé en chicanes empêche les vents d’évacuer des miasmes inqualifiables. Certes, dans le secteur, les hôtels particuliers des armateurs et des capitaines ne manquent pas de prestige, mais ils se dressent sur des bourbiers putrides… Pour échapper à l’insalubrité de la ville, rêvant d’espace et d’air pur, quitte à se priver des embruns de l’Océan, ceux qui en ont les moyens se font bâtir des propriétés à la campagne. Dorénavant, c’est là que les riches habiteront, ne venant plus à Saint-Malo que pour traiter leurs affaires. Et, comme celles-ci les accaparent beaucoup, le principe posé est que les « belles résidences de plaisance » – selon l’expression d'alors – se trouvent à moins de deux heures à cheval de la ville. C’est pourquoi, à de rares exceptions près, toutes les malouinières sont localisées dans le pays du Clos-Poulet, situé sur la rive droite de la Rance, entre Saint-Malo, Cancale et Châteauneuf-d’Ille-et-Vilaine.

     

     

    112 malouinières répertoriées

     

     La Malouinière* de la Baronnie

     
    La Malouinière de la Baronnie fut bâtie à la fin du XVIIe siècle par les Eon, puissante famille d'armateurs. Elle fut cédée par la suite à Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, un des plus riches négociants et armateur de son époque qui fit fortune grâce au commerce triangulaire avec l'Afrique et les Antilles.
     

    Dans ce triangle, dont chacun des côtés atteint 15 kilomètres environ, l’Inventaire général du patrimoine culturel (ex-Inventaire général des monuments et des richesses de la France) recense 112 malouinières. À l’époque, l’empressement à posséder une propriété hors les murs de Saint-Malo n’est pas motivé seulement par des considérations hygiéniques. Régulièrement sollicités par Louis XIV pour des « prêts » au Trésor royal, les armateurs ne sont pas rémunérés en intérêts (si tant est qu’un remboursement soit envisageable !) mais par des titres nobiliaires… à condition qu’ils possèdent un lieu à accoler à la particule. Une fortune récente et un anoblissement auraient pu inspirer des bâtisses de mauvais goût. Cela n’est pas le cas : les Malouins confient les plans de leur future maison à des architectes éclairés des créations en cours en Île-de-France. La résidence est d’autant plus sobre que le constructeur le plus demandé – et copié – est Jean-Siméon Garangeau, un des ingénieurs de Vauban. D’où cette unité de bâti, entre caserne et château. Non seulement la malouinière est une maison qui répond à des critères très précis, qu’il s’agisse des façades ou de la distribution des pièces, mais l’ensemble du domaine qui l’entoure est également soumis à des normes strictes.

     

     

    Le jardin

     

    Malouinière Le Valmarin

     

    Le Valmarin (1720), à Saint-Servan. La propriété est la seule malouinière-hôtel située au cœur de Saint-Malo, dans sa partie boisée. Son parc arborée de 4 000 m2 est ceint de murs : un havre de paix en pleine ville. 

     

    Paradoxalement, la partie la plus éclatante de la propriété est aussi la mieux cachée ! La grille d’entrée du parc donne sur une longue allée, arrivant au logis entre les communs. Cette façade est toujours austère. C’est l’autre côté de la malouinière, le jardin, qui est le plus élégant ! Celui-ci, à la française, est souvent réparti sur plusieurs niveaux et s’achève sur une pièce d’eau. La seule « fantaisie » consiste parfois en une chapelle avec un accès par l’extérieur. Un colombier est souvent présent.

     

     

    L'aspect extérieur

     

    Le Puits Sauvage au hameau Saint-Étienne (malouinière)

     

    Le Puits Sauvage, au hameau de Saint-Etienne, montre une architecure moins stricte que les autres malouinières. Elle est poutant authentique puisque édifiée en 1720. 

     

    La malouinière est une maison sobre, sévère : un corps de bâtiment rectangulaire à un étage, avec de hautes mansardes, sous un toit à 4 pans, ornés de pots à feu entre 2 cheminées massives. Les façades sont symétriques, à partir d’un axe de composition central, avec des mansardes à l’aplomb de 3 à 7 travées que dessinent de hautes fenêtres à petits carreaux. Elles sont crépies de blanc sur une maçonnerie de moellons (peu coûteuse), tandis que les bandeaux, les encadrements des huis, ainsi que les chaînons, sont en granit des îles Chausey (matériau noble). Côté jardin, la façade possède un avant-corps central qui dote la pièce principale d’une vue sur la verdure.

     

     

    L'intérieur

     

     
     
     
    Intérieur du Colombier, au Petit Paramé, luxueuse malouinière ornée de marbre. Agrandie et transformée au cours du XIXe siècle, elle possédait à l'origine une chapelle privée et un colombier. 

     

    Au premier abord, l’esprit « maison des champs » domine, avec un rez-de-chaussée aménagé de part et d’autre du vestibule au sol dallé. Sur le côté, se trouve l’escalier, toujours en bois. Les pièces à vivre sont habillées d’un plancher dont l’échantillonnage et l’assemblage (clous) sont ceux du pontage d’un navire ! Cette rusticité contraste avec les essences exotiques utilisées pour les boiseries et le marbre d’Italie des cheminées. Les décorations sont somptueuses : porcelaines et laques de Chine.

     

     
     

    Les carreaux de Delft, fréquents, rappellent le commerce avec la Flandre. Les pièces du rez-de-chaussée communiquent entre elles, sans couloir. À l’étage en revanche, une galerie distribue les chambres. Au-dessus, les mansardes et les combles, du fait des toitures à 4 pans et à pente raide, exigent des armatures sophistiquées. Mais dans ce pays de charpentiers marins, on ne manquait ni de bois d’oeuvre ni de savoir-faire.

     

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    Les plus belles maisons de Normandie

     

    Par Marine Guiffray
     
     
     
     

    Le patrimoine naturel de la Normandie n’a d’égal que son patrimoine bâti ! Des charmants villages de l’Eure au front de mer de Deauville, la région réserve à ses admirateurs de jolies surprises d’architecture. Villas luxueuses, chaumières d’antan et jardins fleuris : découvrez ces maisons d’exception dans lesquelles on séjournerait bien un week-end.

     

    Les chaumières typiquement normandes

     

    Sur la route des Chaumières, en vallée de Seine (Eure et Seine-Maritime)

    Maison normande sur la route des Chaumières, à Vieux-Port (Normandie)

     

    La route des Chaumières sillonne le parc naturel des boucles de la Seine en nous plongeant au cœur de la Normandie rurale. Vieux-Port, Aizier, Saint-Opportune-la-Mare, Marais-Vernier... Les villages de charme se succèdent et, avec eux, les habitations traditionnelles de la région. Construites avec des matériaux locaux tels que le bois, la paille, les roseaux, le calcaire ou encore le silex, elles sont reconnaissables à leurs murs en torchis (mélange de paille et de terre) à colombages et aux toits de chaume dont elles tirent leurs noms ; un savoir-faire artisanal perpétué par des générations d’artisans qui constitue l’une des richesses du patrimoine normand.

     

     

    À Veules-les-Roses (Seine-Maritime)

     

    Chaumière en bordure de la Veules à Veules-les-Roses (Normandie)
     
     
     

    Romantique à souhait, cette petite bourgade construite sur les bords de la Veules a attiré l’aristocratie puis la bourgeoisie parisienne dès le XIXe siècle. Situé entre terre et mer sur le plateau de Caux, elle offre à ses visiteurs un paysage binaire, où les villas balnéaires se mêlent aux moulins et maisons pittoresques de ce qui était autrefois un modeste village de pêcheurs. Baptisé Veules-les-Roses en 1897, il attire à cette époque une pléiade d’artistes russes qui immortalisent ce spectacle enchanteur : Alexei Bogoliubov et Alexis Kharlamov consacreront des tableaux entiers à ces chaumières typiques de la campagne normande.

     

     

    Le manoir de Villers et son parc (Seine-Maritime)

     

    Le manoir de Villers, à Saint-Pierre-de-Manneville (Normandie)
     
     
     

    Cette demeure située sur la commune de Saint-Pierre-de-Manneville, en Haute-Normandie, n’a pas toujours eu des dimensions si impressionnantes. Simple maison de maître au XVIe siècle, elle est agrandie au fil du temps par ses propriétaires – elle appartient à la même famille depuis 1764 – pour devenir l’imposant manoir de style néo-normand que nous connaissons. L’intérieur richement meublé et le parc créé au XVIIIe siècle sont ouverts aux visiteurs en été.

     

     

    Le musée Pierre Corneille, près de Rouen (Seine-Maritime)

    Le musée Pierre Corneille, manoir typiquement normand
     
     
     

    Cette demeure normande a vu grandir l’un des plus grands dramaturges français du XVIIe siècle, Pierre Corneille. En 1639, il en hérite de son père et s’y installe pendant plusieurs années avant de quitter Rouen, sa ville natale, pour s’installer à Paris. L’auteur du Cid ne se séparera pas pour autant du domaine familial ; son fils Pierre le fera en 1686, deux ans après la mort de l’écrivain. Depuis, son souvenir n’a cessé d’habiter les lieux. Au lendemain de la Révolution, le descendant du fermier des Corneille rachète la maison aux enchères, puis c’est au tour du Département d’en prendre possession pour y installer un musée dédié à l’écrivain, en 1874. Le site est ouvert toute l’année.

     

     

    Les villas Belle Époque de Deauville (Calvados)

     

    La villa Le Cercle

     

    La villa Le Cercle de Deauville (Normandie)
     
     

    Imaginé en 1873 par l’architecte Desle-François Breney, à l’aube de ce que l’on nommera plus tard la Belle Époque, le chicissime Cercle de Deauville empreinte encore beaucoup au style pompeux du Second Empire (rotonde, niches, larges ouvertures…). Il sert alors d’annexe au Jockey Club créé à Paris en 1836, réunissant des hommes de la haute société triés sur le volet, propriétaires d’écuries et autres férus de courses hippiques. Aujourd’hui, l’espace accueille diverses manifestations et rencontres culturelles, publiques comme privées.

     

     

    La villa Strassburger

     

    La villa Strassburger, à Deauville (Normandie)
     
     

    Cette somptueuse villa aux allures de petit château perpétue le souvenir des heures fastueuses de Deauville, lorsque la station balnéaire accueillait en villégiature l’aristocratie parisienne de la Belle Époque. Le baron Henri de Rothschild en commande la construction en 1907. Il la fait ériger en lieu et place de la ferme du Coteau, qui appartenait à la famille de Gustave Flaubert. Pour la dessiner, Georges Pichereau s’inspire de l’architecture traditionnelle du pays d’Auge et y ajoute des détails coquets tels que tourelles, bow-windows et briques disposées en damiers sur le mur du rez-de-chaussée. Appartenant à la ville de Deauville depuis 1980, la villa (ouverte en été) porte toujours le nom de son dernier propriétaire, l’Américain Ralph Beaver Strassburger. À l’intérieur, le mobilier et la décoration sont d’époque.

     

    Le saviez-vous ?

     

    En 1942, afin de se protéger des bombardements, les Allemands occupant la villa réquisitionnée y font construire un souterrain de 45 mètres de long.

     

     

    La maison de Claude Monet, à Giverny (Eure)

     

     
     
     

    Claude Monet acquiert sa propriété de Giverny en 1890, après s’y être installé avec sa famille sept ans plus tôt. Ne se prétendant bon qu’à peindre et à jardiner, il y aménage tous les éléments extérieurs que l’on connaît : le clos normand, le jardin d’eau d’inspiration japonaise, son étang surmonté d’un pont en bois... Et il plante les nénuphars qui lui inspireront sa série de Nymphéas. Si le jardin est baigné de couleurs, sa maison ne l’est pas moins ! Outre sa façade aux murs rosés et aux volets vert émeraude, le visiteur découvre à l’intérieur une enfilade de pièces au charme ancien : la cuisine recouverte de carreaux bleu et blanc, la salle à manger d’un jaune lumineux, le petit salon bleu, le salon-atelier, la chambre du peintre et son cabinet de toilette, etc.

     

     

    En raison de la pandémie de Covid-19, les sites présentés dans cet article sont fermés jusqu’à nouvel ordre.

     

    Art De Vivre 4:  Les plus belles maisons de Normandie

     

     

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    La Baule : tendance Derbys

     

    Par Philippe Bourget
     
    source : Détours en France N°206
     
     

    Le club est né il y a plus de trente ans : les Derbys de La Baule. Un regroupement d’une trentaine de structures sportives bauloises qui entretient une réputation de performance et d’art de vivre, à coups d’événements de prestige. Le Longines Jumping International, en mai, c’est lui. Le Derby Dragon à la voile, le Derby de golf et celui de polo, lui aussi. Des univers chics qui, vus de loin, paraissent assez exclusifs.

     

     L'hôtel Royal Thalasso Barrière, à la Baule (Loire-Atlantique)

     

    L’hôtel Royal, au milieu d’un parc et avec vue sur l’Océan. La déco de ses 87 chambres s’inspire de l’éclat des cristaux de sel de Guérande. 

     

     

    Le polo et le golf, en vitrine 

     

    Brittany Polo Club, à la Baule
     
     
     
    L’école du Britanny Polo Club propose des leçons d’initiation toute l’année. Pour goûter aux joies d’un sport pratiqué par seulement 1 000 privilégiés en France.

     

     

    Direction le Brittany Polo Club, à Congor. Avec Chantilly, Saint-TropezDeauville et Bagatelle (Paris), il s’agit d’un des cinq grands clubs de polo en France. Trois terrains de jeu, un dévolu à l’entraînement et une arène en cas de pluie, des écuries impeccables et des chevaux au profil d’athlètes. Des conditions d’entraînement rêvées pour public exigeant. « Avant, l’image du polo, c’était celle du prince Charles à cheval. C’est un sport qui coûte cher mais qui s’est quand même démocratisé », assure Thierry Vetois, polo manager du club et un des rares joueurs professionnels français – ils ne sont qu’une quinzaine d’Hexagonaux dans cette discipline que dominent les Argentins. Il n’y aurait en France que 1000 pratiquants. Et chaque joueur de tournoi doit entretenir au moins quatre montures. Le polo ? « Un mélange d’équitation, de golf et de rugby », explique Thierry Vetois. Un sport qui nécessite habileté, mental et stratégie. Le club abrite une école, qui accueille des Baulois et des Parisiens. On y a vu l’acteur Guy Marchand et quelques patrons du CAC 40. La popularisation n’est pas pour demain...

     

    L'hôtel L'Hermitage, à la Baule

     

    L'hôtel L'Hermitage, un autre des trois établissements baulois du groupe de luxe Barrière : un écrin anglo-normand pour les 200 chambres.

     

     

    À quelques kilomètres, se trouve le golf Barrière. Dans la station, le groupe compte aussi les hôtels l’Hermitage, le Royal, le Castel Marie-Louise, ainsi que le Tennis Country Club. C’est le plus grand domaine golfique de France et un des quatre 45 trous de l’Hexagone. Élitiste, le golf à La Baule ? « Nous avons deux types de joueurs. Les 750 membres sont des locaux et des Parisiens qui paient jusqu’à 2150 € de cotisation annuelle. Les visiteurs, eux, viennent pour la qualité et la diversité des installations, en réglant 90 € un green fee 18 trous en haute saison », explique Karine Limouzin, à la direction du club. Soucieux de ne pas renvoyer une image trop sélective, il dispense des cours aux élèves de Saint-André-les-Eaux et accueille trois écoles de La Baule. Heureux bambins qui profitent d’installations impeccables entourées d’un parc de 250 villas, dont certaines dépassent le million d’euros.

     

    La voile, au sommet 

     

    Espace voile Peyron à la Baule (Loire-Atlantique)
     
     
     
    À La Baule, où la baie est protégée, la voile est à portée de tous. L’Espace Voile Peyron accueille le public d’avril à septembre.

     

    La voile est sans doute, avec le tennis, le plus démocratique des « sports Derbys ». Cap sur la grande plage de La Baule et ses 9 km de sable doré. « La station est la seule en France à avoir autant de clubs de voile : au moins une quinzaine », se réjouit Jules, un des moniteurs de l’Espace Voile B. Peyron, fondé il y a vingt-cinq ans. La patrie des frères Peyron, des Pajot, ainsi que des navigateurs Thibault Julien et Erwan Fischer, a formé des champions et permis à des milliers de jeunes de s’initier à la voile. Ce, depuis 1872 et la création du Cercle nautique La Baule-Pouliguen-Pornichet, un des plus anciens de France. « La voile est à la portée de tous. La baie est protégée et le plan d’eau assez ludique, avec des effets d’accélération et des vents thermiques », témoigne Sébastien, de l’Espace Peyron. Une section sport-études voile à la cité scolaire Grand-Air, des leçons accessibles pour les estivants, une place de leader sur la pratique nouvelle du foil (aileron fixé sous une embarcation qui lui permet de s’envoler) : plus que jamais l’élégante La Baule vibre pour le sport.

     

    Art De Vivre 4:  La Baule : tendance Derbys

     

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